Dans un long couloir coincé entre d’immenses murs de béton, les enfants d’une crèche israélienne proche de Gaza se frayent un chemin: il ne s’agit pas de jouer dans une sorte de labyrinthe géant mais de se protéger des tirs de roquettes.

Hagar Weiner, 62 ans, qui dirige ce jardin d’enfants dans le kibboutz Yad Mordechai, a pu observer les réactions des petits. « Ils sont le reflet de leurs parents », assure-t-elle.

« Si les parents ont peur, leurs enfants ont peur. S’ils sont sereins, ils le sont aussi ».

Il y a un an, la peur dominait. Durant la guerre, du 8 juillet au 26 août 2014, les groupes terroristes de la bande de Gaza ont tiré des milliers de projectiles (roquettes, mortiers…) vers Israël.

Les habitants vivant à proximité de la frontière avaient alors été contraints à des courses effrénées vers des abris souterrains, sous le sifflement strident des sirènes d’alerte, avec quelques secondes à peine pour s’y ruer.

A ces menaces venues du ciel, s’ajoutent celles liées au passage par les tunnels d’attaques creusés depuis l’enclave palestinienne.

« On sait que la prochaine guerre commencera exactement là où on a laissé la précédente », dit, résigné, Jehan Berman.

Pour ce père de famille de 34 ans qui a lui-même reçu des éclats d’obus l’été dernier alors qu’il fêtait les trois ans de son fils dans un kibboutz proche de Gaza, « on a encore plus ou moins les mêmes joueurs » pour ce nouvel accès de violences que tous anticipent.

Dans ce contexte, les informations concernant des discussions indirectes et plus ou moins informelles entre Israël et le Hamas au pouvoir à Gaza sur une possible trêve de longue durée ne convainquent pas grand-monde de ce côté-ci de la frontière.

‘Ici, c’est comme ça’

De la simple Qassam aux M-302 fabriquées en Syrie, qui peuvent s’écraser à 160 kilomètres du lieu de tir, la portée des roquettes varie grandement. Quant aux obus de mortier, de courte portée, ils provoquent des dégâts car leurs éclats frappent dans toutes les directions.

Si Israël s’est doté d’un système de radar pour alerter les habitants et si son système de défense antimissile du Dôme de fer a intercepté une grande majorité de roquettes, la menace de tirs est loin d’avoir été éliminée.

L’Etat hébreu impose donc de longue date la construction d’abris dans toutes les maisons. Dans un rayon de sept kilomètres autour de l’enclave, voire de 15 kilomètres pour certains sites, ce sont les autorités qui fournissent ces constructions en béton armé, explique à l’AFP un responsable militaire.

A Sdérot, à quelques kilomètres à peine de Gaza, et touchée par de très nombreux tirs, même les arrêts de bus ont leur abri.

Dans le kibboutz Aloumime, des abris jouxtent le terrain de basket et une ferme laitière : alertés par les sirènes, les habitants y sont descendus à de nombreuses reprises pendant la guerre. Mais un seul projectile y est tombé : un missile tiré par erreur par l’armée israélienne qui s’est écrasé près d’une synagogue.

« Personne n’était là. C’était un petit miracle », se rappelle Avi Fraiman, 59 ans, qui dirige la ferme laitière.

En fait, explique Anja Yitzhak du kibboutz Yad Mordechai où se trouve le jardin d’enfants de Mme Weiner, la plupart des habitants avaient quitté la zone durant la guerre.

Mme Yitzhak, elle, est restée. Tous les soirs, elle dormait avec son mari et son chien dans l’abri construit dans sa maison.

« Je ne peux pas dire que je me suis habituée, car je ne m’y ferai jamais. Mais ici, c’est comme ça », dit-elle.