En ce jour d’élection, et il n’est pas surprenant que la médisance et les récriminations au vitriol qui ont caractérisé cette campagne de trois mois ait atteint leur paroxysme dans la presse hébraïque alors que le pays se présente dans les bureaux de vote.

L’annonce par la numéro 2 de l’Union sioniste, Tzipi Livni, la veille des élections, de son choix de renoncer à la rotation pour le poste de Premier ministre avec Isaac Herzog domine les manchettes. Haaretz cite Livni qui affirme que cette annonce n’a pas été orchestrée pour la veille du scrutin, mais en même temps ce « n’était pas une nouvelle décision ».

Elle continue en affirmant que rien n’indiquait que la décision augmenterait le soutien électoral pour le centre-gauche.

L’article cite un membre, qui souhaite rester anonyme, du parti centriste Yesh Atid et des membres du parti de droite qui déclarent que cette décision rend la possibilité d’un gouvernement d’union avec le parti Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu et les partis ultra-orthodoxes plus probables.

Pour Israel Hayom, cependant, cette manœuvre de de l’Union sioniste est un « zigzag », et affirme que, malgré le refus du parti d’avouer que cet accord de rotation existait « uniquement que sur le papier », l’accord de partage du pouvoir s’est « dissous avant même qu’un seul vote ne se soit exprimé ».

Naturellement, la réponse de Netanyahu à l’annonce de l’Union sioniste occupe une place centrale dans la couverture électorale du journal. Il qualifie cette décision d’un « exercice de tromperie visant à accroître la marge entre les travaillistes [de l’Union sioniste] et le Likud ».

Pour ne pas changer de sa couverture des élections habituelle, Yediot Aharonot propose une large gamme d’éditoriaux et d’analyses politiques, renonçant à la couverture d’informations.

A l’intérieur de la couverture, le journal a imprimé une énorme image composite d’Herzog et Netanyahu flanquée d’articles de Sima Kadmon et de Nahum Barnea.

Barnea écrit que ce qui caractérise les deux chefs, c’est qu’ils sont tous les deux pris de panique dans cette dernière étape de la campagne – Netanyahu rejette la possibilité que le chef de file du parti Koulanou, Moshe Kahlon, soit le prochain ministre des Finances, ou que le leader de HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, obtienne la position de ministre de la Défense.

Il a aussi renié son attachement à une solution à deux Etats exprimé lors de son discours à l’université de Bar-Ilan en 2009.
Herzog, quant à lui, a abandonné la rotation de Livni comme Premier ministre en cas de victoire de l’Union sioniste, écrit-il.

Plus que cela, il affirme que ces facteurs ont joué un très grand rôle dans les deux campagnes : « toutes les personnes impliquées en politique savent que les garanties de Netanyahu ne sont significatives : elles ont été écrits sur un bloc de glace en une journée chaude.

Toutes les personnes impliquées dans la vie politique, y compris Livni, savaient que l’accord de rotation entre Herzog et elle-même n’avait aucune chance d’aboutir. Le meilleur scénario qu’elle pouvait espérer est que cela reste un souhait, un fantasme. »

L’annulation de cet accord de rotation au sein de l’Union sioniste, prédit-il, n’influencera pas particulièrement le vote : « au final, lorsque l’électeur se tiendra derrière le rideau il va [encore] trouver le nom de Livni écrit sur le bulletin de vote des travaillistes. »

Il conclut par un argument anti-Netanyahu : « j’écoute ce que Netanyahu dit à propos de ma profession, mon lieu de travail. Je ne peux que conclure que quelque chose de mauvais s’est passé dans sa relation avec la réalité. Comme certains de ses prédécesseurs, il en est venu au point où les comptes personnels, ceux qu’il n’aime pas, les craintes sont devenus les principes. Cela n’augure rien de bon pour un autre mandat s’il devait l’emporter. »

Moti Tuchfeld écrit dans Israel Hayom que le « méga-zigzag » d’Herzog et de Livni au sujet du poste de Premier ministre est un « grand coup donné à leur fiabilité » et « jette une ombre sombre sur le jugement et la fiabilité de tous les politiciens ».

Il soutient que cette décision intervient alors que des articles ont été publiés annonçant le rétrécissement de l’écart qui séparait le Likud et l’Union sioniste au cours du week-end, et que « Livni a en effet nui à la campagne [des travaillistes]», comme les stratèges du parti l’ont toujours su. À ce moment-là de la campagne, « ils n’ont pas eu d’autres choix ».

Au lieu d’une campagne qui aiguise les différences entre les camps de droite et de gauche, affirme Tuchfeld, il y a « un tas de manipulations, une lutte d’image, et un agenda bizarre oscillant entre les bouteilles recyclées [un scandale impliquant l’épouse du Premier ministre] et les erreurs des politiciens fatigués pendant les interviews sans fin qu’ils ont accordé aux médias [il se réfère aux dérapages de Netanyahu et d’Herzog sur en direct] ».

Il dénonce « cette campagne de dizaines de millions [de shekels] financée par des fondations [étrangères], des organisations [non gouvernementales] et des généraux mécontents, qui en dehors de slogans vides de sens et arrogants n’apporte rien au débat sur l’écart réel qui sépare les camps ».

Malgré sa critique à peine voilée de la gauche, il encourage tous les électeurs à « se déconnecter momentanément du vacarme crée par les panneaux d’affichage et les médias » et à choisir selon leur conscience.

Haaretz, quant à lui, exhorte ses lecteurs à « [aller] voter pour sortir Netanyahu », comme le dit son éditorial. L’éditorial affirme que le scrutin est une « vraie chance de changer la direction déprimante qu’Israël est en train de prendre ».

Il recense ce qu’il perçoit comme étant les nombreux échecs du gouvernement Netanyahu. Cette liste passe du coût du logement au coût de la vie, du programme nucléaire de l’Iran au Hamas et à l’Etat de droit.

« Avant tout, au cours des années du règne de Netanyahu l’occupation [de la Cisjordanie] a pris racine, le mot paix est devenu un symbole vide et l’avenir de l’État a été abandonnée pour la construction d’implantation. Le temps est venu d’offrir un nouvel espoir aux citoyens d’Israël. »