#JenesuispasCharlie, est un hashtag qui est apparu sur Twitter, symbolisant la non-adhésion d’une frange de la population aux marques de soutien qui ont traversées la France ces derniers jours.

Le journal Le Monde, qui s’est rendu en Seine-Saint-Denis, rapporte des témoignages non équivoques de collégiens et de lycéens.

« Moi, la minute de silence, je ne voulais pas trop la faire, je ne trouvais pas juste de leur rendre un hommage car ils ont insulté l’islam, et les autres religions aussi », explique Marie-Hélène.

Mais si certains ont respecté la minute en hommage aux victimes, les commentaires n’en sont pas moins controversés : « Je l’ai fait pour ceux qui ont été tués, mais pas pour Charlie [Charb], le mec qui a dessiné. Je n’ai aucune pitié pour lui. Il a zéro respect pour nous, les musulmans. Mais ce n’était pas la peine de tuer douze personnes. Ils auraient pu ne tuer que lui », lance Abdel, un collégien de 14 ans. Dans un lycée du quartier, Yacine affirme « Je ne suis pas d’accord avec le contenu [des caricatures], mais je suis contre l’attentat. Mais les dessinateurs, ils ne sont pas blancs dans cette affaire. »

Au fil des discussions, il s’avère à de nombreuses reprises que la liberté d’expression se heurte à l’exercice de la foi religieuse. « C’est dangereux. S’ils ont tué Charlie, c’est parce qu’il ne respectait pas la religion. Ils ont attaqué l’islam, et là, ils voient un autre aspect de l’islam, la colère. Si Charlie continue, les jeunes ici vont bouger », explique Allende.

Les débats qui ont lieu dans les classes n’apportent guère plus de sérénité : « Madame, on ne va pas se laisser insulter par un dessin du prophète, c’est normal qu’on se venge. C’est plus qu’une moquerie, c’est une insulte ! » conclut un élève.

Au ministère de l’Éducation, on semble minimiser la portée de ces commentaires, les réduisant à des cas particuliers.

« Dans la très grande majorité des cas, tout s’est bien déroulé lors de la minute de silence, jeudi 8 janvier à midi. Les personnels ont été à l’écoute des élèves. Néanmoins, certains cas de perturbation de la minute de silence par des élèves nous ont été signalés. Ils ont été traités localement par les équipes éducatives, de manière proportionnée à la gravité des faits. »

Mais au lycée Paul-Eluard de Saint-Denis, c’est un colis suspect qui a été découvert la semaine dernière dans la salle des professeurs avec à l’intérieur des câbles et un détonateur ainsi qu’un mot : « Je ne suis pas Charlie ».

Toutefois la ministre de l’Éducation française, Najat Vallaud-Belkacem, a fermement répondu aux questions au gouvernement, mercredi. Elle a assuré que l’école était au combat contre les fauteurs de trouble qui ont entravé la bonne organisation de la minute de silence.

Surtout, elle a précisé qu’une quarantaine de cas de comportements de jeunes qui ont soutenu voire encouragé l’apologie du terrorisme, ont été signalés à la police.