Ido Amin et Michel Kichka sont dessinateurs de presse en Israël.

Depuis les attentats qui ont touché le journal Charlie Hebdo, ils ont laissé tombé leurs crayons quelques instants pour prendre la plume et défendre la liberté d’expression.

Plus que des confrères, ce sont leurs maîtres que les deux caricaturistes israéliens ont perdu début janvier à Paris.

« Georges Wolinski, figure historique de Charlie Hebdo, était parmi les journalistes assassinés dans les attentats terroristes à Paris la semaine dernière. Il était l’un de mes héros culturels quand j’ai commencé à dessiner. Ni Superman, ni Charlie Brown, ni Astérix, pas plus que Les Aventures de Tintin ne m’ont parlé de la façon dont Wolinski l’a fait avec ses croquis en noir et blanc. Juif moitié polonais et moitié tunisien, il possédait un esprit anarchiste qui ne laissait personne indifférent », confie Ido Amin au journal Haaretz.

Quant à Michel Kichka, il revendique le même héritage et la même appartenance.

« Je connaissais Cabu, Wolinsky, Tignous et Honoré. De Charb, je ne connaissais que le travail et cela revenait finalement au même. Avec Tignous et Plantu, nous avions fait un voyage très important à Bogota pour 8 jours de débats avec des dessinateurs d’Amérique Latine et nous avions donc tissé des liens plus personnels. Mais j’ai grandi avec les dessins de Wolinsky et Cabu. Ils étaient mes maîtres », confie-t-il à Actualité Juive.

Alors qu’en France, la liberté de parole est considérée comme un droit universel, en Israël, une loi sanctionne l’offense aux sensibilités religieuses.

Amin explique ainsi que « si Wolinski avait déménagé en Israël pour y ouvrir un journal tel que Charlie Hebdo, il aurait eu un problème. Un héritage du mandat britannique. Elle avait été adoptée pour empêcher de nouvelles émeutes religieuses et raciales dont le pays a fait l’expérience en 1929 ».

Une réalité dont les conséquences sont déplorées également par Kichka. « En Israël, nous n’avons malheureusement pas de journaux satiriques et il convient donc de respecter une certaine retenue dans la mesure où on s’adresse à un lectorat très large. J’aimerais que l’on puisse avoir un journal de ce type car il y a beaucoup de vaches sacrées en Israël. »

Si Michel Kichka n’a jamais fait l’objet de remontrances de la part des institutions israéliennes sur son travail, il admet volontiers que « c’est peut-être parce qu’il est trop gentil dans ses dessins ».

Pour Ido Amin, l’expérience a eu un goût plutôt amer. « Je n’ai découvert la loi que des années plus tard, quand l’une de mes caricatures critiquant une coutume religieuse ayant cours avant Yom Kippour, a été l’objet de discussions à la Knesset. (Et il n’y avait même pas de seins à l’image !). A la tribune, le ministre de l’Intérieur compara mon travail aux caricatures du journal nazi Der Stürmer, et sur les instructions du ministre, mon éditeur et moi-même furent convoqués afin d’être interrogés. Quelque temps, plus tard j’étais écarté du journal. »