Eric Toledano et Olivier Nakache se sont rencontrés en colonie de vacances et pendant 20 ans ils ont été successivement pensionnaires, animateurs et directeurs de centres de vacances, notamment à Yaniv ou aux EEIF.

En 1999 ils écrivent et réalisent le court-métrage remarqué « Les Petits souliers » : la tournée des Pères Noël, le soir du 24 décembre, avec Gad Elmaleh, Atmen Kélif, Jamel Debbouze et Roschdy Zem. A partir de là, trois longs-métrages vont s’enchaîner (« Je préfère qu’on reste amis », « Nos jours Heureux », « Tellement proches ») jusqu’au succès international « Intouchables » qui les rendront incontournables…

Après avoir lancé la carrière de Omar Sy, ils s’entourent pour « Le sens de la fête » d’une galerie d’acteurs aux horizons très différents dont Jean Pierre Bacri, Jean Paul Rouve (pour leur 3ème collaboration), Gilles Lellouch, Judith Chemla (de la Comédie-Française), Vincent Macaigne (également metteur en scène de théâtre) et Alban Yvanov (humoriste).

« Le sens de la fête » sorti le 4 octobre sur 557 copies est en tête du box-office, avec une carrière prometteuse, rappelons que Samba avait réuni 3 millions de spectateurs et « Intouchables » 19 millions en France et 51 millions dans le monde.

Times of Israël : quand votre film sort-il en Israël, dans combien de salles, et viendrez-vous le présenter ?

Olivier Nakache et Eric Toledano : Oui le film est distribué par Lev, il sort dans 25 salles partout dans le pays, et nous viendrons le présenter le 16 novembre à Tel Aviv le 23 novembre dans le cadre de l’ouverture du Festival de comédies françaises.

En Israël, le titre sera « C’est la vie » en français.

Gilles Lellouche dans "Le sens de la fête", le nouveau film d'Eric Toledano et d'Olivier Nakache, sorti en octobre 2017. (Crédit : Thibault Grabherr)

Gilles Lellouche dans « Le sens de la fête », le nouveau film d’Eric Toledano et d’Olivier Nakache, sorti en octobre 2017. (Crédit : Thibault Grabherr)

C’est le musicien israélien Avishai Cohen qui a composé la musique de votre film, pouvez-vous évoquer votre rencontre et comment s’est déroulée la collaboration ?

Quand on se lance dans un scénario avant même d’écrire on pense à des acteurs et à une musique, on a fait ça avec « Intouchables » et « Samba ».

Il y a deux ans, on découvrait l’œuvre d’Avishai Cohen. Cet artiste est 300 jours par an dans le monde en concert, alors quand il est passé à Paris, on est allé le voir, on a discuté pendant une heure à la sortie d’un concert, on a eu un super contact mais il nous a dit qu’il ne composait pas de musiques de films.

Alors on a pris des morceaux existants qu’on savait qu’on garderait au montage, qu’il a re-orchestrés pour le film, il a ajouté quelques morceaux et on a fait un mélange en fait.

Avishai Cohen (Crédit : Esaenzdetejada/Wikimedia commons)

Avishai Cohen (Crédit : Esaenzdetejada/Wikimedia commons)

Pendant le montage, il nous donnait son avis, le film est extrêmement musical et on gardera longtemps en mémoire notre séance d’enregistrement à Tel Aviv avec lui car c’est un génie, un virtuose, c’était vraiment un moment privilégié de le voir travailler avec ses musiciens.

Une belle rencontre humaine qui risque de se poursuivre.

Je crois que vous produisez une pièce de théâtre en Israël, pouvez-vous en parler ?

Il s’agit de l’adaptation de « Intouchables ». La pièce a été adaptée dans 12 pays, ça a été facile de la monter à chaque fois, mais en Israël où on a pourtant essayé de la monter nous-mêmes, on s’est rendu compte que c’était plus compliqué qu’ailleurs.

On a eu des rendez-vous dans les principaux théâtres Habima, Caméri…  on a trouvé des acteurs, on s’est déplacé mais au final ça ne s’est pas fait. Pourtant la culture du théâtre en Israël a l’air très forte, plus que dans d’autres pays mais ici les choses sont plus difficiles à mettre en place.

On lance une annonce, si des théâtres sont intéressés, on est ouvert…

« Intouchables » version US est produit par la Weinstein Company, l’affaire Weinstein aura-t-elle un impact sur la sortie du remake ?

On ne sait pas, on est très éloignés des remakes, il y en a eu en Inde, en Argentine et ailleurs, mais aux US c’est autre chose évidemment, avec des acteurs connus : Nicole Kidman et Brian Cranston. Mais on est assez détaché de ce projet, Weinstein avait acheté le film bien avant sa sortie en France.

Dans cette affaire, on découvre des choses immondes qui nous ont choqués comme tout le monde et qui vont impacter les films Weinstein, c’est certain donc on verra.

Dans votre parcours cinématographique vous avez fait des films proches de vous puis vous vous en êtes un peu éloignés avec « Intouchables » et « Samba », de quelle manière « Le sens de la fête » est-il à nouveau un film avec du vécu ?

Oui, tout à fait. Même si ces deux-là ont quand même un ADN proche du nôtre. Mais c’est vrai que « Nos jours heureux » c’était des colonies de vacances qu’on a vécues. Après « Samba » on a eu envie de comédie et de beaucoup d’acteurs. Dans « Intouchables » il y en a deux principaux, « Samba » de 2 à 4, là on avait envie d’une troupe, de retrouver l’humeur, l’atmosphère de « Nos jours heureux », avec un lieu unique, un début et une fin.

On a eu cette idée de vivre un mariage au travers d’une équipe de travail, et avec des acteurs d’horizons très différents tels que [Jean-Pierre] Bacri, ou issus du théâtre contemporain, de cinéma d’auteurs, de stand up, et de tenir un rythme de comédie.

Jean-Pierre Bacri (Crédit : Georges Seguin (Okki)/Wikimedia commons)

Jean-Pierre Bacri (Crédit : Georges Seguin (Okki)/Wikimedia commons)

C’est effectivement quelque chose qu’on a connu : pendant des années on a travaillé dans les métiers de la fête, on a fait serveurs, animateurs…, presque tous les rôles qu’il y a dans un mariage. Ça s’est accumulé dans nos esprits et il en est ressorti ce film.

Bacri faisait partie de l’aventure depuis le départ où vous aviez pensé à d’autres acteurs avant
lui ?

Depuis le début. La motivation, c’était de l’avoir lui. On est allé le voir dans un café pour lui demander s’il était d’accord pour bosser avec nous. Il nous a dit « faites voir le scénario », on lui a dit « on n’en a pas. C’est tout l’intérêt de venir vous voir avant que vous disiez non ». Car il a la réputation de dire non facilement et rapidement.

Il s’est marré et plus tard on lui a présenté une ébauche d’un truc qui faisait 50 pages et qui était mauvais. Mais on lui a demandé de ne pas encore nous jeter.

Et puis, petit à petit, on a commencé une collaboration qui a durée presque un an. On se voyait régulièrement, il a participé à certains dialogues, il a proposé pas mal d’idées et après on lui a dit s’il voulait être mentionné au générique pour l’écriture, il a dit non.

Pouvez-vous nous parler de votre prochain projet qui touche à l’autisme ?

Pour l’instant c’est un projet dont on n’est pas certains d’arriver vraiment au bout. On a toujours été partenaire d’une association (Le silence des justes) qui s’occupe d’enfants autistes.

A force d’aller là-bas, de participer à des évènements, on a repéré à l’intérieur plusieurs histoires qu’on trouve complètement incroyables sur l’échange qu’il peut y avoir entre les encadrants et les autistes. Quel est l’impact d’enfants qui gardent le silence dans une société très bruyante et par le fait de ne pas s’exprimer comme les autres ? Il y a pleins d’histoires qu’on trouve pleines de charme, d’enseignement, d’humour, de folie et d’intelligence.

C’est un film qui va prendre du temps mais qui on espère verra le jour, c’est un sujet qui nous fascine.

Vous avez l’habitude de présenter vos films dans le monde entier, quelle est la particularité de la sortie israélienne ?

On mange très bien à Tel Aviv, mieux qu’à Berlin mais les taxis sont moins sympas. La partie qu’on préfère c’est le voyage avec la présentation des films. Cette semaine on était à Moscou, la semaine prochaine Olivier va à Montréal, moi à Prague et Rome, puis on se retrouve à Tel Aviv le 16 novembre pour se re-séparer pour Berlin et ailleurs.

A chaque fois c’est une aventure différente et il y a moins de pression une fois que le film est sorti en France. On est venu présenter quasiment chacun de nos films en Israël (la première fois avec Gérard Depardieu pour « Je préfère qu’on reste amis ») et lors d’ « Intouchables », avec le public et la presse on avait beaucoup parlé du handicap par rapport aux attentats.

Et puis on aime beaucoup le cinéma israélien qui est très dynamique.

La particularité cette fois-ci sera liée au compositeur Avishai Cohen qui est israélien. Depuis le début, on voit le film dans des salles avec lui et là on a envie de voir sa réaction dans une salle ou c’est sa langue et sa culture, on est curieux de voir quel va être le regard des Israéliens.