En Israël, un des plus grand procès criminel en cours, dans la quasi-indifférence
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En Israël, un des plus grand procès criminel en cours, dans la quasi-indifférence

Le procès d'Itshak Abergil, 49 ans, a démarré il y a bientôt un an devant le tribunal de Tel Aviv

Le parrain de la mafia, Yitzhak Abergil, devant un tribunal, le 20 mai 2014. (Crédit photo: Flash90)
Le parrain de la mafia, Yitzhak Abergil, devant un tribunal, le 20 mai 2014. (Crédit photo: Flash90)

Le nom est connu, et entouré d’une aura bien particulière : Abergil, Itshak, 49 ans. L’homme qui comparaît depuis le début de l’année 2017 devant le tribunal de Tel Aviv est accusé de trafic de drogue à très grande échelle, et d’avoir fait liquider quelques concurrents.

Serge Dumont, spécialiste de la mafia israélienne, relate dans la revue Sang-Froid ce procès au long-cours.

« Un an déjà que ces abonnés aux poursuites judiciaires se relaient à la barre – une durée anormale en France, mais qui est courante en Israël dans le cas d’affaires aussi importantes, les audiences se déroulant parfois à plusieurs semaines d’intervalle, explique le journaliste. C’est cet écart temporel, brouillant la lisibilité de ces procédures, qui amène la presse à s’en faire aussi peu l’écho, empêchant l’opinion d’en saisir pleinement les enjeux ».

L’enjeu de ce procès selon Dumont : « décapiter d’un seul coup toutes les grosses structures mafieuses de l’État hébreu ».

En mai 2015, le parrain israélien de la mafia, Yitzhak Abergil, a fait partie des dizaines de suspects interpellés par la police dans ce qui a été décrit comme un coup de filet majeur dans le milieu du crime organisé.

Abergil est soupçonné d’implication dans une tentative avortée – mais qui a provoqué la mort de trois passants – de liquider un autre gangster de haut-vol, Zeev Rosenstein, il y a plus d’une décennie.

Yitzhak Abergil et son frère Meir ont été arrêtés en août 2008 en Israël à la suite d’une demande d’extradition américaine, après qu’ils ont été mentionnés dans un acte d’accusation qui les a accusés d’avoir vendu – avec l’aide d’un gang de San Fernando Valley – un million de pilules de MDMA, plus connues sous le nom d’ecstasy et d’avoir payé une membre d’un gang pour tuer un homme soupçonné d’avoir volé une cargaison de drogue.

Abergil a été extradé aux Etats-Unis en janvier 2011.

En mai 2012, Abergil, ayant plaidé coupable dans le cadre d’un accord face aux accusations portées contre lui, a été condamné à 8 ans et demi de prison, dont il a déjà purgé plus de six (y compris le temps passé en prison avant le procès). Son frère Meir a été condamné à 42 mois et a été libéré depuis. Abergil est retourné en Israël en janvier 2014 pour purger le reste de sa peine dans une prison israélienne.

L’embargo pesant sur l’opération, baptisée « Cas 512 », avait permis la divulgation de nouvelles informations sur ce que le chef de la police de l’époque, Yohanan Danino, avait alors qualifié de « l’une des enquêtes les plus importantes jamais menées contre les organisations criminelles dans la période récente ».

Deux témoins d’État auraient été impliqués dans l’enquête, qui a connu un élan en 2008, lorsque la police a découvert le cas de la tentative d’assassinat ratée contre Rosenstein en 2003, conduisant à des percées dans six autres cas de meurtres et 15 tentatives de meurtre.

Rosenstein, grand rival d’Abergil à l’époque, a été la cible d’une attaque à la bombe dans une rue de Tel Aviv.

Bien que Rosenstein ait survécu à la tentative d’assassinat, trois passants innocents ont été tués et 18 personnes blessées dans l’explosion, qui a eu lieu durant la Deuxième Intifada, quand les Israéliens étaient ciblés par des attentats-suicides répétés perpétrés par des terroristes palestiniens.

Rosenstein, comme Abergil, a fait face plus tard à des accusations de trafic de drogue aux États-Unis. Il a été extradé par Israël et a été condamné en 2007 à 12 ans de prison, qu’il a commencé à purger en Israël.

D’autres crimes seraient liés à Abergil – dont une première tentative d’assassinat contre Rosenstein, la disparition en Afrique du Sud de Micah Ben-Harush, une autre personnalité de la mafia israélienne et la mise en place d’un énorme réseau international de trafic de stupéfiants, a rapporté le site Walla News.

Au total, le « cas 512 » englobe quelque 40 enquêtes sur des crimes commis au cours des 12 dernières années par environ 50 suspects.

Dimanche dernier, plus de 50 suspects avaient été appréhendés à travers Israël à leur domiciles et transportés pour subir un interrogatoire, pendant que la police saisissait des véhicules, des propriétés et des comptes bancaires.

Le raid a été l’aboutissement d’une enquête de plusieurs années menée par l’unité anti-fraude Lahav 433 de la police d’Israël, conjointement avec le district de la police de Tel Aviv.

L’avocat Sharon Nahari, qui représente certains des suspects, a minimisé l’importance des arrestations, rappelant, sur les ondes de la radio de l’armée, que ce n’était pas la première fois que la police faisait des déclarations grandioses concernant des arrestations et le crime organisé.

« Je pense que nous devons attendre et examiner exactement quelles sont les preuves, avant de tirer des conclusions », a-t-il dit.

Les responsables israéliens ont promis au cours des dernières années d’intensifier les opérations contre le crime organisé, suite à une série d’explosions de voitures liées à la mafia qui ont secoué les villes israéliennes.

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