L’année 2017 s’annonce houleuse pour les affrontements entres versions israéliennes et palestiniennes du conflit, avec les anniversaires marquant plusieurs éléments précurseurs dudit conflit.

En septembre, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a demandé à l’Assemblée générale des Nations unies de « déclarer 2017 comme l’année internationale pour mettre fin à l’occupation israélienne de nos terres, car le mois de juin 2017 marquera un demi-siècle d’abominable occupation israélienne ». Dans ses vœux de Noël, le mois dernier, il a répété que le monde « va célébrer 50 ans d’occupation israélienne, la plus longue occupation militaire de l’histoire moderne ».

Les activistes pro-palestiniens du monde entier feront de cette anniversaire l’occasion d’attirer l’attention sur ce qu’ils décriront comme une occupation brutale, illégale d’un peuple indigène par des envahisseurs étrangers qui n’ont aucun droit sur la terre.

En Israël, ils seront nombreux à rendre hommage à ce qu’ils appellent la libération de la Judée et de la Samarie – la désignation biblique de la Cisjordanie et la réunification de Jérusalem. D’autres déploreront le fait que 50 ans après la Guerre des Six jours, Israël poursuit ce qu’ils qualifient d’occupation injuste des territoires palestiniens.

La vice-ministre des Affaires étrangères, Tzipi Hotovely, fait clairement partie du premier clan. Israël devrait faire de 2017 une année de célébrations, et utiliser les anniversaires pour mettre en valeur les droits moraux et juridiques du peuple juif sur la Terre d’Israël et combattre la notion d’occupation illégale de la Cisjordanie, a-t-elle déclaré dans une interview.

« Je veux que cette année soit, d’abord et avant tout, une année de célébration. Je veux que l’on célèbre. Je veux que l’État d’Israël soit fier du fait que, 50 ans après la Guerre des Six Jours, nous avons gravi tant d’échelons dans tant de domaines », a-t-elle déclaré au Times of Israel.

« Cette année ne doit pas pas seulement servir à exposer la beauté de notre histoire et de notre passé, elle doit aussi être tournée vers le futur. »

En 2017, Israël marquera effectivement l’anniversaire de plusieurs événements marquants. Il y a exactement un siècle, la Déclaration de Balfour a affirmé le soutien du Royaume Uni dans la création d’un foyer juif en Palestine. En 1947, l’Assemblée générale des Nations unies a voté la résolution 181, connue comme le Plan de Partition, qui, pour la première fois, a appelé à la création de deux États au sein du mandat britannique, l’un pour les juifs, l’autre pour les Palestiniens.

The UN votes on partition, November 29, 1947 (Courtesy of the Government Press Office, Jerusalem)

Le vote à l’ONU du Plan de Partition, le 29 novembre 1947 (Crédit : Government Press Office, Jerusalem)

Vingt ans plus tard, en 1967, Israël remportait la Guerre des Six Jours et capturait la péninsule du Sinaï, la bande de Gaza, le plateau du Golan, la Cisjordanie et Jérusalem Est. Israël s’est, depuis, retiré du Sinaï et de Gaza et a annexé le Golan et Jérusalem Est.

La célébration de ces événements sera suivie l’année d’après par les festivités du 70ème anniversaire de l’État d’Israël en mai 2018.

« Une grande exposition »

Hotovely a déclaré qu’elle travaille depuis des mois sur la façon de marquer ces événements, notamment en créant une « grande exposition » à propos des liens historiques entre le peuple juif et Jérusalem et la région de Judée et Samarie. Elle imagine que les technologies de réalité virtuelle pourraient dépeindre le passé, le présent et le futur de la présence juive dans ces régions. Située au ministère des Affaires étrangères, cette exposition serait ouverte aussi bien aux diplomates étrangers qu’au grand public.

Mais Hotovely a ajouté que le ministère des Affaires étrangères discute avec le ministère des Finances pour le budget qui sera alloué aux événements prévus. La vice-ministre souhaite que 100 millions de shekels (24 millions d’euros) du budget de l’État soient consacrés aux célébrations des événements des deux ans à venir, mais aucun accord n’a été conclu pour le moment.

Le cabinet a décidé cette semaine d’autoriser le Premier ministre Benjamin Netanyahu à lever des fonds étrangers pour financer ces célébrations mais Hotovely a déclaré qu’elle préférait que les fonds proviennent des caisses de l’État. Pour le moment, seul un des événements, prévu pour Yom Yeroushalayim, la journée qui marque la réunification de la ville en 1967, a été confirmé, a-t-elle déclaré au Times of Israel mercredi.

Le Premier ministre Netanyahu, les députés Tzipi Hotovely (à gauche) et Zeev Elkin (à droite) lors d'une visite de l'organisation Lev HaOlam, à Jérusalem le 3 février 2015. L'organisation promeut l'exportation et la vente de produits des implantations de Cisjordanie (Crédit : Hadas Parush / Flash90 )

Le Premier ministre Netanyahu, les députés Tzipi Hotovely (à gauche) et Zeev Elkin (à droite) lors d’une visite de l’organisation Lev HaOlam, à Jérusalem le 3 février 2015. L’organisation promeut l’exportation et la vente de produits des implantations de Cisjordanie (Crédit : Hadas Parush / Flash90 )

Dans ses discussions avec le personnel ministériel, Hotovely, membre du parti de Netanyahu, le Likud, imaginait une grande exposition permanente qui se focaliserait sur le lien entre Israël et la Cisjordanie, intitulé « Retour à la maison » ou « Retour dans la patrie des juifs ».

S’opposant aux détracteurs d’Israël qui considèrent les implantations comme une expropriation illégale de la terre – et qui marqueront probablement les 50 ans « d’occupation » – Hotovely veut célébrer les implantations comme le retour légitime du peuple juif à sa terre autochtone.

« Nous sommes souvent perçus comme un pays avec des racines, un nouveau pays qui représente un ancien peuple, mais dont les racines dans cette terre sont très courtes. L’idée, c’est de nous ramener au centre du tableau général », a déclaré Hotovely. « C’est l’histoire profondément belle d’une nation qui est restée attachée à sa terre durant toutes ces années, et nous voulons raconter cette histoire au grand public, par des moyens visuels novateurs. »

Qui « occupons » nous en Cisjordanie ?

Quant à savoir si les diplomates du ministère des Affaires étrangères, dont certains sont plus pacifiques que la vice-ministre, seront satisfaits de ces projets, Hotevely n’en a pas grand-chose à faire. C’est elle la boss.

« La question n’est pas de savoir si les responsables sont d’accord avec moi. Leur travail, c’est d’exécuter les politiques que je détermine », dit-elle. « Je n’ai pas besoin de les convaincre. J’ai été élue pour représenter une politique qui conçoit l’activité dans les implantations comme une entreprise morale, juste et légitime, et j’ai été élue pour protéger cette vision. »

La vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely à l'ONU. (Crédit : MFA)

La vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely à l’ONU. (Crédit : MFA)

Fervente opposante à la création d’un État palestinien, en faveur de l’annexion de la Cisjordanie par Israël, Hotovely a déclaré que l’an prochain, le ministère des Affaires étrangères devra combattre la notion d’occupation israélienne sur les territoires palestiniens dans les mentalités internationales.

Le terme « occupation » est inexact, d’un point de vue juridique, argumente-t-elle. « Qu’est-ce que l’occupation ? Qui occupons-nous en Cisjordanie ? Ça n’a jamais été sous souveraineté palestinienne. Il est impossible de dire qu’il s’agit d’occupation, au sens classique du terme. »

Le mois dernier, le Conseil de Sécurité des Nations unies a adopté la résolution 2334, qui a affirmé que les implantations israéliennes n’ont « aucun fondement en droit » et qu’elles constituent « une violation flagrante du droit international ». Mais cela ne l’a pas fait changer d’avis.

« Plus le monde dit que les implantations sont illégales, plus nous dirons qu’elles le sont », a-t-elle affirmé mercredi.

Depuis les accords d’Oslo en 1990, les diplomates israéliens n’ont fait aucun effort pour parler des droits historiques, légaux et moraux d’Israël sur la Cisjordanie, a-t-elle déploré.

« Pendant des années, au lieu de prouver que ce terme est erroné, nous avons dit que les deux parties résoudront la question par des négociations. Ce n’est pas ça qui va nous aider à déclarer que cette [terre] est la mienne, que j’appartiens à cette terre, que c’est une terre sur laquelle j’ai des droits », dit-elle.

Mais dans le climat actuel, les négociations israélo-palestiniennes ne sont pas près de redémarrer, et encore moins de donner lieu à un accord de paix durable, a ajouté Hotovely. Les Palestiniens ne sont pas intéressés par des négociations bilatérales parce qu’ils peuvent atteindre leurs objectifs en faisant appel à la communauté internationale pour que celle-ci force Israël à faire des concessions, a-t-elle postulé.

Par conséquent, dit-elle, la seule réponse à la tactique palestinienne, c’est de créer « un nouveau paradigme », des idées novatrices qui, selon elle, n’impliquent plus d’État palestinien en Cisjordanie.

Au vu du l’agitation dans la région, « de plus en plus de personnes dans le monde » comprennent qu’aucun État palestinien n’est au programme, dit-elle. « Et cela inclut les pays qui étaient impliqués dans les accords d’Oslo. Ce qui s’est passé au Moyen-Orient ces 5 dernières années remet au cause les fondements du processus de paix ».

Les dignitaires étrangers qu’elle rencontre en tant que vice-ministre des Affaires étrangères « ont honte » quand elle leur demande ce qui remplacera les implantations israéliennes – l’État islamique et le Hamas -, raconte-t-elle. « Ils n’ont pas de bonne réponse à me donner. »

Mais pour changer leur position, dominante au sein de la communauté internationale, selon laquelle les implantations sont illégales, les diplomates israéliens doivent être prêts à défendre leur légitimité, et pas à simplement dire que la question sera réglée dans le cadre de futures négociations, dit-elle.

« Ce n’est pas parce que la mission est difficile que nous ne devons pas nous y atteler. »

Tôt ou tard, le monde croira à la légitimité des implantations, assure Hotovely. L’Europe a traversé des décennies de conflits meurtriers avant d’atteindre la paix, et c’est pour cela que les Européens ne doivent pas chercher une « solution pansement » pour le Moyen-Orient, où les juifs sont des indigènes.

« Les puissances coloniales européennes sont allées à l’étranger pour étendre leur territoire et régner sur d’autres nations. Nous ne sommes pas venus ici en tant que colonialistes, ce pays est le seul pays des juifs. Je ne pense pas qu’ils ont le droit, moralement parlant, de venir et de se plaindre. Tout ce que nous faisons, c’est nous installer chez nous. »

S’excusant de la comparaison, elle ajoute que durant la Seconde Guerre mondiale, le monde libre a aussi eu besoin « de temps pour comprendre » ce que les nazis faisaient avant de lutter contre eux. « Les nazis conquéraient les pays d’Europe les uns après les autres. Ils ont brandi un drapeau blanc, sans essayer de se battre pour leurs droits », analyse-t-elle.

« Avec tout le respect que je leur dois, le fait que le monde pense d’une certaine façon ne veut pas dire que c’est juste, ni intelligent. L’histoire a montré maintes et maintes fois qu’on peut avoir des positions indépendantes. »