NEW YORK – Fidèle à lui-même, Donald Trump a livré à l’Assemblée générale des Nations unies un premier discours inhabituel.

Il n’est après tout pas fréquent qu’un président américain utilise son discours annuel pour affirmer qu’il est prêt à « détruire totalement » un autre pays (la Corée du Nord). Il n’est pas fréquent qu’il se moque d’un autre dirigeant mondial, quel que soit son degré de dangerosité, en faisant allusion à une chanson d’Elton John (le président de la Corée du Nord Kim Jong-Un, « Rocket man » pour Trump). Et il n’est pas non plus fréquent, mais pas sans précédent, de ne pas mentionner le conflit israélo-palestinien.

Trump a fait de la résolution du conflit l’une de ses « premières priorités » de sa présidence, comme l’ont indiqué des cadres de la Maison Blanche ces derniers jours. Et même s’ils ont dit au Times of Israël que l’administration remettrait le sujet au premier plan cette semaine, son exclusion du discours de Trump devant les Nations unies était frappante.

Cela n’aurait pas été le cas si Trump n’avait pas lui-même placé la résolution du conflit israélo-palestinien à la première place de son agenda de politique étrangère, une erreur selon certains.

« Même si vous passiez tout votre temps dessus, vous ne pourriez pas le résoudre », avait souligné Richard Haass, président du Conseil des relations étrangères, dans un entretien accordé l’année dernière. « Ce n’est pas un sujet qui est prêt à être résolu. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump au Palace Hotel de New York, le 18 septembre 2017. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump au Palace Hotel de New York, le 18 septembre 2017. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

Mais surtout, avait ajouté Haass, ancien conseiller spécial du président George W. Bush, d’autres crises bien plus graves se déroulent dans le monde et demandent plus d’attention du président.

Au Moyen Orient seulement, ces préoccupations plus urgentes sont les activités régionales malveillantes de l’Iran et sa quête constante pour se procurer l’arme nucléaire, la situation en Syrie, l’effondrement de certains états arabes et le groupe terroriste Etat islamique.

Et cela ne prend même pas en compte les autres crises mondiales, comme les provocations sans cesse croissantes de la Corée du Nord. Trump a, pour sa part, dédié de grands passages de son discours aux problèmes de la Corée du Nord et de l’Iran.

Mais, étant donné le fait qu’il a investi beaucoup de son capital sur la question israélo-palestinienne, son omission totale du sujet pendant son discours de 40 minutes mardi était étrange, et s’éloignait des choix de ses prédécesseurs.

Historiquement, même pendant des crises plus urgentes, les présidents américains ont généralement accordé un peu de place à la lutte pour la paix.

George W. Bush, pour son premier discours devant les Nations unies, qui avait eu lieu après les attentats du 11 septembre, avait consacré quatre phrases au sujet : « le gouvernement américain […] maintient son engagement envers une paix juste au Moyen Orient. »

« Nous travaillons pour le jour où deux états – Israël et la Palestine – vivront pacifiquement ensemble, au sein de frontières sûres et reconnues, comme l’ont demandé les résolutions du Conseil de sécurité [des Nations unies], avait-il poursuivi. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour rapprocher les deux parties des négociations. Mais la paix ne viendra que quand tous auront abandonné pour toujours l’incitation [à la haine], la violence et le terrorisme. »

Le président américain Barack Obama s'adresse à la 71e Assemblée générale des Nations unies à New York, le 20 septembre 2016. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)

Le président américain Barack Obama s’adresse à la 71e Assemblée générale des Nations unies à New York, le 20 septembre 2016. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)

L’année dernière, alors que Barack Obama avait décidé de consacrer moins de temps au conflit que les années précédentes, il a tout de même dédié 37 mots à la question. Il avait appelé les Palestiniens à « rejeter les incitations [à la haine] et à reconnaître la légitimité d’Israël », tout en implorant Israël de « reconnaître qu’il ne peut pas occuper et coloniser de manière permanente la terre palestinienne. »

Ce genre d’attention, même minimale, est généralement la norme.

« Habituellement, quand des présidents prononcent un discours devant l’Assemblée générale des Nations unies, ils mentionnent au moins le conflit », a indiqué Aaron David Miller, négociateur historique de la paix au Moyen Orient pour sept administrations, démocrates et républicaines. « Ils n’en discutent généralement pas les détails, même si Obama l’a fait à un moment. »

En effet, Obama a parlé du conflit israélo-palestinien dans tous ses discours devant l’Assemblée générale des Nations unies sauf un, et Bush dans tous sauf deux.

Que Trump ne cite pas le sujet dans son discours ne change cependant pas grand-chose, même s’il organise des réunions – séparées – avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, puisque le rassemblement international a rarement été la scène d’action importante pour des efforts de paix.

La dernière fois qu’il a servi de forum à un acte diplomatique entre Israéliens et Palestiniens c’était en 2010, quand Obama a rassemblé Netanyahu et Abbas pour une réunion. « L’Assemblée générale des Nations unies est généralement une scène pour présenter un argument, pas pour faire un geste », a dit Miller.

Selon la Maison Blanche, les négociations qui ont commencé entre une délégation américaine et les Israéliens d’une part et les Palestiniens d’autre part, doivent rester entre les parties, et pas faire l’objet d’intervention du reste de la communauté internationale. La discrétion de ces discussions est aussi vue comme un moyen de construire la confiance nécessaire à une possible avancée.

L'envoyé spécial de Trump, Jason Greenblatt, à Ramallah, le 14 mars 2017. (Crédit : Flash90)

L’envoyé spécial de Trump, Jason Greenblatt, à Ramallah, le 14 mars 2017. (Crédit : Flash90)

L’envoyé spécial de Trump pour la paix au Moyen Orient, Jason Greenblatt, a expliqué cela lundi pendant la réunion annuelle du Comité de liaison ad hoc.

« Au lieu de travailler à imposer une solution depuis l’extérieur, nous donnons aux parties la place de prendre leurs propres décisions sur leur futur », a-t-il dit.

« Ce n’est pas un secret que notre approche pour ces discussions s’éloigne de l’orthodoxie habituelle, a-t-il ajouté, car après des années de tentatives bien intentionnées de négocier la fin de ce conflit, nous avons tous appris quelques bonnes leçons. »

Après que les trois derniers présidents américains ont tenté de négocier un accord final entre Israéliens et Palestiniens, sans jamais y parvenir, il n’est pas surprenant qu’un nouveau président, qui veut réussir là ont d’autres ont échoué, essaie quelque chose de différent, même si cela implique de prendre du temps et de parfois sembler mettre le sujet de côté.

« La folie, c’est faire la même chose encore et encore et de s’attendre à un résultat différent », dit l’adage.

En n’abordant pas le conflit israélo-palestinien dans son discours mardi, Trump a réaffirmé encore une fois que son approche « peu orthodoxe » pour conclure « l’accord ultime » nécessite de s’éloigner des habitudes de ses prédécesseurs.

Et s’il pense vraiment que la paix « peut arriver », comme il l’a dit lundi aux côtés de Netanyahu, il pense aussi probablement que cela sera dans très, très longtemps.