JTA — Défendant son ordre exécutif pour la construction d’un mur le long de la frontière américaine avec le Mexique, le président Donald Trump a cité Israël comme un modèle, affirmant qu’un « mur protège ».

D’un autre trait de stylo deux jours plus tard, le 27 janvier, Trump a mis en place une interdiction d’entrée du territoire ciblée. A première vue, cet ordre exécutif, qui a depuis été suspendu par un juge fédéral, a au moins des similarités superficielles avec les règles d’immigration d’Israël.

« Officiellement, nous sommes comme Trump, a déclaré Amnin Rubenstein, un professeur de Droit au Centre Interdisciplinaire d’Herzliya et ancien ministre israélien de l’Education. Mais la réalité est un petit peu différente ».

Pendant des années, Israël a maintenu une semi-interdiction comme Trump pour l’entrée de citoyens de plusieurs pays arabes et demandeurs d’asile. La différence est que la loi n’est pas souvent appliquée.

L’interdiction de voyage de Trump bloquait l’entrée aux Etats-Unis aux immigrants de sept pays à la majorité musulmane, l’Iran, l’Iraq, la Libye, la Somalie, le Soudan, la Syrie et le Yemen, pendant 90 jours. Elle bloquait aussi tous les réfugiés pendant 120 jours, et les réfugiés fuyant la guerre civile en Syrie de manière indéfinie.

Depuis 2007, Israël a légalement refusé l’entrée à la plupart des citoyens de trois de pays sur la liste de Trump, l’Iran, l’Iraq et la Syrie, tout comme du Liban. Ces « états ennemis » ont été ajoutés à une loi d’urgence de 2003, passée en réponse à la seconde intifada, qui a largement empêché les Palestiniens de la Cisjordanie et de la bande de Gaza de vivre en Israël.

Des migrants africains manifestent devant le centre de détention de Holot, le 17 février 2014 (Crédit photo: Flash90)

Des migrants africains manifestent devant le centre de détention de Holot, le 17 février 2014 (Crédit photo: Flash90)

Israël a également adopté une ligne assez dure sur les demandeurs d’asile qui, dans son cas, viennent principalement d’Erythrée et du Soudan. L’état a généralement considéré ces immigrants comme des « infiltrés » cherchant du travail, même si beaucoup ont fui des persécutions et des abus de droits de l’Homme chez eux, selon des groupes de défense de droits de l’homme. Entre 2009 et début 2015, Israël a accordé le statut de réfugié à seulement 5 personnes des 3 500 demandeurs. Cela tranche avec les 84 % d’Erythréens et de 56 % de Soudanais demandeurs d’asyle qui ont reçu le statut de réfugié ou une protection étendue dans d’autres pays en 2014, selon le haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

Dans le même temps, Israël a découragé plus de migrants africains à venir et a expulsé ceux qui étaient déjà arrivés. Comme le Premier ministre s’est vanté dans un tweet répondant à une dédicace de Trump, Israël a achevé en 2014 une barrière le long de sa frontière du Sinaï contrôlé par l’Egypte.

L’année précédente, Israël a construit un centre de détention dans le Negev uniquement pour les migrants, et l’état a donné des incitations financières à des centaines de milliers de personnes pour retourner au Soudan du sud ou pour aller dans d’autres pays avec lesquels Israël a signé des accords.

« Israël, comme les Etats-Unis actuellement, viole ses obligations pour les réfugiés, a déclaré Tally Kritzman-Amir, un expert en droit d’immigration dans une Université de Droit et d’Affaires en dehors de Tel Aviv et le superviseur académique de Droits de la Clinique pour les Migrants.

« Selon moi, une partie de l’identité juive est de se souvenir de ce que notre peuple a vécu dans le passé, et peut-être d’être fier du fait que nous puissions fournir une certaine protection maintenant ».

Le président américain Donald Trump et son directeur de cabinet Reince Priebus dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 23 janvier 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Le président américain Donald Trump et son directeur de cabinet Reince Priebus dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 23 janvier 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Mais alors que l’interdiction de voyage de Trump n’autorise que peu d’exceptions, les lois d’immigrations d’Israël sont pleines de vides juridiques et sont parfois simplement totalement ignorées.

« Israël est tout d’abord un pays de rapatriement juif. L’immigration non-juive est supposée être très limitée, a déclaré Alexander Yakobson, historien à l’Université hébraïque de Jérusalem. Et pourtant, le nombre d’immigrants non juifs est ici incroyable. Cela se produit en raison de la non-application des lois d’immigration ».

La loi ciblant les Palestiniens de Cisjordanie ou de Gaza et des citoyens des quatres pays arabes permet au ministre de l’intérieur ou aux commandants militaires régionaux de faire quelques exceptions. Cela inclut différentes options comme accorder la résidence à des époux palestiniens plus vieux ou la citoyenneté à de jeunes enfants.

La citoyenneté, ou un statut moins fort, peut aussi être accordée à quelqu’un « d’intérêt spécial à l’état » ou « qui a effectué une action importante pour promouvoir la sécurité, l’économie ou d’autres questions importantes de l’Etat ». Une telle personne, dont la famille peut être incluse, doit s’identifier avec « Israël et ses objectifs ».

Un poète gay de 30 ans qui avait fui la persécution pour sa sexualité en Iran et affirmait être « amoureux » d’Israël a été autorisé à entrer dans le pays l’année dernière et à y rester en vertu d’une extension de visa exceptionnellement accordée.

Pour ceux qui ont besoin d’entrer en Israël pour le travail ou des soins médicaux, des visas temporaires peuvent être accordés. Les médecins de l’armée israélienne ont apporté plus de 2 600 Syriens dans le pays pour les soigner, même si l’état ne les reconnaîtra pas comme des réfugiés, et des dizaines de milliers de Palestiniens de Cisjordanie ont l’autorisation de travailler en Israël, avec de milliers supplémentaires entrant illégalement.

Un garçon syrien hospitalisé en Israël en train de goûter son premier matza, le mardi 7 avril 2015 (Crédit : Autorisation de l'hôpital Ziv)

Un garçon syrien hospitalisé en Israël en train de goûter son premier matza, le mardi 7 avril 2015 (Crédit : Autorisation de l’hôpital Ziv)

Même des migrants africains ont été accueillis à travers de nombreuses manières différentes. Israël en a expulsé peu, et on estime que plus de 45 000 sont restés dans le pays. Il y a quelques années, l’état a annoncé qu’il n’appliquerait pas les lois du travail qui les empêchent de travailler.

A Tel Aviv, où la plupart des migrants se sont installés, ils travaillent derrière des comptoirs de bars et des restaurants sur presque chaque avenue, parlant hébreu avec des serveurs et de serveuses israéliens.

L’interdiction de voyage de Trump a été considérée par une cour de justice amércaine comme discriminatoire, et des avocats ont souligné que son appel, lors de la campagne, pour une « interdiction de musulmans » constituait une preuve.

Israël a aussi été accusé par sa Cour Suprême de priviligier les Juifs et de discriminer les possibles immigrants Palestiniens et réfugiés africains lorsqu’il s’agit d’immigration. Les arguments sécuritaires du pays ont pris le dessus sur les autres considérations, et les tribunaux ont seulement demandé des ajustements dans ces politiques.