L’intense session de la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset de mercredi, ponctuée par des éclats de politiciens et de parents endeuillés a servi de rappel des champs de bataille et de la terre brûlée qui sont toujours présent près de trois ans après la guerre de 2014 dans la bande de Gaza.

A travers les émotions et le climat très tendu, un fait crucial est apparu : Israël ne sait pas quoi faire de la bande de Gaza.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu était présent mercredi devant la commission, en apparence pour répondre aux questions concernant un rapport très critique du contrôleur de l’Etat sur la gestion de la guerre, l’opération Bordure protectrice, par son gouvernement.

Cependant, aucune discussion de fond sur la vision stratégique d’Israël pour la bande de Gaza et ses deux millions d’habitants n’a eu lieu pendant la session de trois heures et demi, et la possibilité qu’un tel débat existe dans le futur semble mince.

Les tentatives de débattre du sujet se sont rapidement transformées en affrontements partisans et en discussion pédantes sur les tactiques de l’armée israélienne, et les alternatives non militaires pour la bande de Gaza ont été balayées, jugées comme des rêves naïfs de gauchistes au cœur tendre, la seule option jugée réaliste étant celle de la guerre, ou de s’assurer que les Gazaouis savent qu’une autre guerre n’est pas dans leur intérêt.

Lea Goldin, la mère d'un soldat mort au combat, lors d'une réunion de la commission du Contrôle de l'Etat sur le rapport établi sur l'opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Lea Goldin, la mère d’un soldat mort au combat, lors d’une réunion de la commission du Contrôle de l’Etat sur le rapport établi sur l’opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

L’enclave côtière est depuis longtemps un drôle d’oiseau, d’un point de vue géopolitique.

Occupée par l’Egypte suite à a guerre d’Indépendance d’Israël de 1948, les habitants de la bande de Gaza se sont largement dirigés eux-mêmes dans le cadre du « gouvernement pan-palestinien » jusqu’en 1959, quand le président égyptien Gamal Abdel Nasser a dissout le gouvernement local et appliqué un règne militaire plus classique, assorti d’un gouverneur.

En 1967, Israël a pris le contrôle de Gaza, installé une poignée d’implantations sur le territoire et placé les Palestiniens entre les mains de l’armée israélienne. Les accords d’Oslo et le désengagement unilatéral d’Israël ont laissé l’Autorité palestinienne aux responsabilités en 2005, mais l’équation a rapidement changé quand le Hamas, groupe terroriste, a pris le pouvoir en 2007.

Un résident juif face à une soldate après l'évacuation de sa maison dans l'implantation juive de Ganei Tal, dans le Gush Katif, le 17 août 2005. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Un résident juif face à une soldate après l’évacuation de sa maison dans l’implantation juive de Ganei Tal, dans le Gush Katif, le 17 août 2005. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

L’extension du Hamas dans la bande de Gaza et sa prise de pouvoir totale en 2007 a instillé chez les Israéliens une aversion intense aux décisions unilatérales et une grande méfiance face aux concessions territoriales.

Aujourd’hui, la bande de Gaza est au bord d’une crise humanitaire totale. L’électricité de l’enclave côtière est insuffisante dans les bons jours, et inexistante les autres, en raison d’un conflit entre le Hamas et l’Autorité palestinienne sur le paiement du carburant de la centrale électrique. Le taux de chômage dépasse les 40 %, et l’économie se base principalement sur l’aide étrangère. L’eau de la bande de Gaza devrait être imbuvable d’ici 2020.

Les matériaux de construction destinés à la reconstruction de la bande sont en grande partie détournés par le Hamas et utilisés pour créer l’infrastructure souterraine et les bunkers du groupe terroriste, selon les responsables israéliens.

Et même si Israël s’est ouvertement retiré de la bande de Gaza il y a plus de dix ans, trois guerres, un blocus et des tirs de roquettes sporadiques laissent inextricablement le destin de l’enclave entre les mains de l’Etat juif.

Et pourtant, la discussion de mercredi à la Knesset sur la bande de Gaza s’est mal passée et s’est fini presque exactement là où elle avait commencé : nulle part.

David Bitan, député du Likud et président de la coalition, s'en prend à un père endeuillé pendant une réunion de la commission du Contrôle de l'Etat sur le rapport établi sur l'opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

David Bitan, député du Likud et président de la coalition, s’en prend à un père endeuillé pendant une réunion de la commission du Contrôle de l’Etat sur le rapport établi sur l’opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Les députés du Likud David Bitan et Miki Zohar ont choqué la salle, et le pays, en se disputant avec les parents des soldats qui sont morts pendant le conflit. A un moment, Bitan a traité le père d’un soldat tombé au combat de « menteur ». Et Zohar a accusé la mère d’un soldat dont le corps est toujours détenu par le Hamas à Gaza d’ « exagérer ». (Il n’st pas nécessaire d’être un expert de la société israélienne, et du statut sacré qu’y tiennent les familles endeuillées, pour comprendre que cela a été considéré par beaucoup comme une absence monstrueuse de décence.)

Les députés de la coalition gouvernementale se sont chamaillés avec les députés de l’opposition sur tous les sujets, de l’audiovisuel public à la récente grève de la faim des prisonniers palestiniens.

Ofer Shelah, député de Yesh Atid et ancien correspondant militaire, a discuté des menus détails avec le secrétaire militaire de Netanyahu, le général de brigade Eliezer Toledano, pour savoir quand exactement l’armée israélienne avait préparé ses plans de destruction des tunnels. Leur discussion, qui a continué dans les couloirs de la Knesset, est allé dans les détails de la nomenclature pour savoir ce qui constitue un « ordre » ou une « directive ».

Les tentatives de certains politiciens de gauche, comme Zehava Galon, qui préside le parti Meretz, de discuter de la possibilité d’une solution diplomatique pour la bande de Gaza ont été descendues par Netanyahu, qui les a jugées « grotesques ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une réunion de la commission du Contrôle de l'Etat sur le rapport établi sur l'opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une réunion de la commission du Contrôle de l’Etat sur le rapport établi sur l’opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Pour le Premier ministre, il ne semble pas exister une solution globale pour la bande de Gaza, mais uniquement le maintien du statu quo.

Israël ne peut pas dire explicitement qu’il apprécie le fait que le Hamas dirige Gaza, à la fois car il est évident que le groupe terroriste a pour raison d’être la destruction de l’Etat juif, et parce qu’un tel aveu renforcerait le Hamas, certain que sa souveraineté sur la bande de Gaza n’est pas réellement en danger.

Israël veut que le Hamas ait peur pour sa survie, qu’il maintienne sa pression sur les groupes terroristes plus radicaux de la bande de Gaza pour éviter les représailles de l’armée israélienne.

Depuis que le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza il y a dix ans, Israël est entré dans un cycle plus ou moins bi annuel de conflits avec le groupe terroriste sunnite. (L’été dernier a brisé cette tendance, ou du moins l’a retardée.)

Aujourd’hui, le Hamas gazaoui est contrôlé par Yahya Sinwar, vu comme un radical même au sein du groupe terroriste.

Frappes aériennes israéliennes sur une position du Hamas dans le nord de la bande de Gaza, après un tir de roquette contre Israël, le 6 février 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Frappes aériennes israéliennes sur une position du Hamas dans le nord de la bande de Gaza, après un tir de roquette contre Israël, le 6 février 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Mais pendant la session de la commission de la Knesset mercredi, Netanyahu n’a donné aucun signe indiquant que la dynamique globale de la bande de Gaza puisse changer dans un futur proche.

La proposition de Yisrael Katz, le ministre des Transports et des Renseignements, pour la construction d’un port à Gaza semble être un doux rêve, et n’a été que rapidement mentionnée pendant la réunion.

La suggestion d’Avigdor Liberman, ministre de la Défense, d’autoriser les Gazaouis à travailler en Israël a été rejetée par Netanyahu, qui a cité un incident survenu le jour même, où une Palestinienne souffrant d’un cancer et sa sœur ont été arrêtées par le Shin Bet en chemin vers Israël, car elles transportaient des explosifs pour le Hamas.

Rejetant la possibilité d’une « alternative politique », Netanyahu a dit que le seul moyen de garder le Hamas calme était la force.

Et militairement, a-t-il dit, Israël a deux options : mener une campagne comme celles de 2008 – 2009, 2012 et 2014, pour « restaurer la dissuasion » et maintenir le statu quo, ou réoccuper la bande de Gaza.

 Yahya Sinwar, à droite, nouveau chef du Hamas dans la bande de Gaza, et Ismail Haniyeh pendant l'enterrement de Mazhen Foqaha, dans la bande de Gaza, le 25 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Yahya Sinwar, à droite, nouveau chef du Hamas dans la bande de Gaza, et Ismail Haniyeh pendant l’enterrement de Mazhen Foqaha, dans la bande de Gaza, le 25 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Le problème de cette dernière option, a dit le Premier ministre, est qu’une fois le territoire réoccupé, il finira à un moment à être rendu à quelqu’un. L’évidente question qui se pose est alors : à qui ?

Aux extrémistes salafistes ? Au Jihad islamique ? A l’impuissante Autorité palestinienne ?

Le statut du Hamas dans la bande de Gaza se résume alors à l’interrogation suivante: il est dissuadé d’une agression, ou il doit être dissuadé.

Pour l’instant, l’armée pense que le Hamas est « dissuadé ».

Si le groupe terroriste devait passer à l’état de « devoir être dissuadé », Netanyahu a assuré à la commission de la Knesset que l’armée avait de nouveaux outils, qui lui permettrait de faire le travail encore et encore.