Isaac Herzog ne dépensera probablement pas des centaines de milliers de shekels de fonds publics en plats à emporter s’il était Premier ministre d’Israël. Yair Lapid n’embaucherait presque certainement pas un membre de son parti comme électricien d’urgence aux frais de l’Etat. Les factures de restauration et de nettoyage ne doubleraient assurément pas d’année en année sous un gouvernement Kahlon.

Pourtant, il est peu probable que la liste époustouflante, publiée par le contrôleur de l’État, des dépenses de Netanyahu porte un coup décisif aux perspectives de réélection de Benjamin Netanyahu – même dans un pays où une grande proportion de la population ne peut tout simplement pas joindre les deux bouts, et encore moins espérer s’acheter une maison.

Certaines des caractéristiques de ce dernier épisode de « La vie somptueuse aux frais du contribuable de Benjamin Netanyahu » sont nouvelles et de mauvais goût. Le Premier ministre est un récidiviste, un fumeur de cigares, un consommateur compulsif de crèmes glacées.

Mais ces excès ne l’ont pas condamné jusqu’à présent ; l’opinion publique israélienne, si mécontente et offensée qu’elle soit, paraît prête à les tolérer.

Pourquoi ? Parce que, si Herzog, Lapid et Kahlon pourraient bien être de véritables modèles en matière d’utilisation des fonds publics s’ils occupaient le bureau du Premier ministre, l’électorat n’est pas convaincu qu’ils dépasseront Netanyahu dans l’accomplissement de toutes les autres tâches de chef de gouvernement.

Netanyahu est le Premier ministre israélien qui a servi le plus longtemps, après David Ben Gourion, si bien que les électeurs devraient en avoir assez de lui. Il n’est pas particulièrement bien-aimé.

Une partie des médias est carrément engagée dans un effort quotidien pour empêcher sa réélection. Beaucoup de gens pensent qu’il abîme les relations israélo-américaines avec son prochain discours au Congrès, défiant ouvertement l’administration Obama.

Mais les sondages successifs montrent Netanyahu à plus de 10 %, et parfois 20 %, devant Herzog, et les autres candidats encore plus loin derrière.

Bien sûr, Netanyahu a un large secteur des médias israéliens de son côté – Yisrael Hayom de Sheldon Adelson, le quotidien le plus lu du pays.

Et le président américain Barack Obama – de plus en plus considéré ici comme aveuglé devant la montée de la violence antisémite islamiste, la duplicité iranienne et son ambition nucléaire – est très largement considéré comme une cause perdue.

Peut-être le public israélien connaît-il si bien Netanyahu qu’il ne peut tout simplement pas se résoudre à choisir quelqu’un d’autre. Peut-être cache-t-il une certaine admiration devant ses excès, tel un curieux masochisme politique national. Ou peut-être y aura-t-il encore un changement radical d’ici le 17 mars.

Mais dans la situation actuelle, où les Israéliens se rendront aux urnes le mois prochain et se demanderont si Netanyahu est plus capable que ses rivaux d’assumer la responsabilité des futurs conflits, beaucoup répondront oui. Et lorsqu’ils se demanderont si Herzog est vraiment capable d’éviter ces conflits, peu répondront par l’affirmative.

Ils penseront à ces factures mensuelles, aussi, et à tous ces actes irresponsables à la résidence du Premier ministre. Mais à moins d’une corruption du niveau d’Olmert, qui ferait passer Netanyahu pour un vrai criminel, le rapport de Contrôleur de l’Etat de mardi sera probablement considéré comme une nouvelle histoire mineure d’abus relativement bénins.

Si Benjamin Netanyahu est certainement éloigné de l’électorat israélien s’agissant de son mode de vie personnel, cet électorat, au moment où nous écrivons ces lignes du moins, le considère toujours comme le candidat le plus apte au poste de Premier ministre.