Hodaya a 8 ans et sa couleur préférée est le rose. Elle est petite pour son âge, et sur ​​son petit visage pâle, elle porte un masque chirurgical en papier vert.

Hodaya aurait aimé rejoindre les millions d’élèves israéliens qui sont retournés à l’école le 1er septembre, mais elle ne le pouvait pas. Hodaya souffre d’une forme agressive de cancer des os, et comme des dizaines d’autres enfants à l’hôpital Rambam de Haïfa, elle ne peut pas quitter le bâtiment.

Au lieu de cela, Hodaya va à l’école pendant quelques heures par jour à l’intérieur du bâtiment de l’hôpital. Elle n’a pas le nouveau sac à dos flashy, le casier tout neuf ou les pages de devoirs que les autres élèves en Israël ont tous… Elle a quelque chose qu’aucun d’entre eux n’imagine : des amis de Gaza et de Cisjordanie, hospitalisés à ses côtés et qui étudient dans la même salle de classe.

A Rambam, qui est le plus grand centre médical du nord du pays et l’un des plus célèbres, l’éducation suit le même modèle que dans d’autres hôpitaux du pays : le ministère de l’Education supervise des programmes et des cours auxquels doivent assister les enfants hospitalisés, et définit aussi pour eux un certain nombre d’heures.

Mais quand vous êtes en dialyse à 5 ans et en chimiothérapie à 11 ans, rien n’est vraiment normal, pas même les devoirs de maths. A Rambam, où la moitié des lits de l’aile pédiatrique, en moyenne, sont remplis par des enfants de Gaza et de Cisjordanie, des choses banales comme la lecture, l’écriture et l’arithmétique deviennent presque surréalistes.

« Nous essayons de faire en sorte qu’ils se sentent bien, malgré le fait qu’ils soient hospitalisés » explique Ilana Levy, qui gère l’ensemble des centres éducatifs hospitaliers de Haïfa, y compris celui de Rambam.

« Nous ne nous soucions pas d’où vous êtes. Nous avons ici des Juifs, des Chrétiens, des Arabes. Nous avons des enfants de Gaza. Pendant la guerre, alors que l’on se battait tous les jours, nous avions des enfants de Gaza assis à côté de Juifs religieux en classe. Cela n’a pas d’importance. Nous aimons tous les enfants ici et nous voulons qu’ils aient une vie aussi normale que possible ».

Shilat Levy : une patiente juive originaire de Haifa et âgée de 5 ans (Crédit : Ofer Golan)

Shilat Levy : une patiente juive originaire de Haifa et âgée de 5 ans (Crédit : Ofer Golan)

Les cours dans les hôpitaux israélien ont démarré le 1er septembre, comme dans toutes les écoles du pays. Les salles de classe, qui sont divisées par groupes d’âge, ont toutes un professeur d’arabe et un professeur d’hébreu, et plusieurs assistants spéciaux comme des artistes thérapeutes ou des bénévoles qui font leur service national.

Les cours ont lieu généralement de 8h45 à 14 heures, comme dans toutes les écoles à travers Israël, mais les enfants vont et viennent en fonction de l’emploi du temps que leur réserve leur traitement et leur état…

« Ils viennent et ils apprennent, et nous on devient vraiment attachés à eux » raconte Lila Yahiach, l’une des enseignantes de l’unité de cancérologie. Yahiach est musulmane, et elle partage sa classe avec Yehudit Levy, une Juive religieuse, et Hodaya Toledano, une volontaire du service national.

Yahiach parle en arabe pour les élèves de langue arabe, Levy parle en hébreu pour les enfants juifs – mais les deux insistent sur le fait qu’elles ressentent la même connexion, et la même responsabilité envers leur classe.

Interrogée sur le fait que les enfants apprendraient davantage sur le monde extérieur à l’hôpital que leurs pairs en écoles juives ou musulmanes, Yahiach répond oui immédiatement. « Certains enfants viennent ici, et ils ne parlent que l’arabe, mais, c’est comme partout, ils se font des amis » dit-elle.

« Alors, ils veulent aussi apprendre l’hébreu. Et ils commencent, pour pouvoir parler à leurs copains. Ce sont des enfants. Bien sûr, chacun veut parler à l’autre ».

Le rapport numérique entre Juifs et Musulmans est variable, même si les responsables de l’hôpital disent que généralement, la répartition demeure égale. Cette semaine, alors que l’année scolaire s’ouvre, il y a quatre enfants de Gaza, tous hospitalisés à temps plein.

Certains d’entre eux ont été à l’hôpital pendant des années et y vivent avec leurs familles alors qu’ils subissent un traitement intensif. Il y a douze enfants de l’Autorité palestinienne, dont cinq de Jénine.

Dans le passé, l’hôpital a également abrité un certain nombre d’enfants syriens qui ont été amenés à la frontière pour traitement. [Les enfants de Gaza et de l’Autorité palestinienne ont été pris en charge par l’Autorité palestinienne et séjournent à l’hôpital en tant que touristes médicaux. Les frais de scolarité sont couverts par l’hôpital et le ministère de l’Education, qui stipule que tous les enfants dans les hôpitaux israéliens sont scolarisés indépendamment de là où ils vivent].

Dima Chamra, une thérapeute arabe à Rambam, accueille 17 ans Sana Charoob, un patient de Jénine (à gauche), tandis que Amtaz Manfor, un enseignant druze au Rambam, se tient derrière des patients, aussi de Jénine (à droite). (Crédit : Ofer Golan)

Dima Chamra, une thérapeute arabe à Rambam, accueille 17 ans Sana Charoob, un patient de Jénine (à gauche), tandis que Amtaz Manfor, un enseignant druze au Rambam, se tient derrière des patients, aussi de Jénine (à droite). (Crédit : Ofer Golan)

L’un de ces enfants est Mohammed, il a 12 ans et vient de Cisjordanie. Il partage une salle de classe avec Hodaya dans le service de chirurgie, et alors que Hodaya s’applique à écrire en hébreu avec son professeur, Mohammed est assis à côté de Amtaz Manfor, sa professeur qui est druze, et ensemble, ils s’entraînent à lire et écrire en anglais.

« L’anglais est la langue du monde » explique Mohammed, qui porte un masque pour se protéger des risques de contamination. « C’est la raison pour laquelle j’aime apprendre cette langue. Et aussi ma prof qui aime parler ! ».

Manfor, qui porte le voile blanc traditionnel des femmes druzes, étreint Mohammed et s’esclaffe : « Oui j’aime l’anglais, dit-elle, et lui, c’est un bon élève ! ».

Dans la salle de classe, il y a également deux filles de Gaza, qui ont collé des paillettes multicolores sur des morceaux de papier blanc avec Dima Chamra, une Arabe chrétienne qui est une artiste thérapeute qualifiée. « L’art est vraiment utile pour ces enfants. Cela leur donne une porte de sortie. Certains d’entre eux sont ici depuis très longtemps » assure-t-elle.

Dr Rafael Beyar, le directeur général de Rambam, explique qu’à l’intérieur d’un hôpital, il n’y a pas de place pour la politique.

« C’est vraiment une façon pour nous de montrer qu’il peut y avoir une coexistence » déclare-t-il en montrant les salles de classe dans l’aile pédiatrique. « Nous avons des enfants juifs et musulmans, des enfants arabes, des enfants de Gaza, des enfants atteints de cancer, des enfants souffrant de maladies rénales, des enfants qui séjournent très longtemps. L’hôpital devient leur maison. Quand vous vivez ensemble vous apprenez également ensemble ».

Rambam a récemment subi une série d’importantes rénovations. Le nouveau bâtiment pour les enfants « Ruth Rappaport Children’s Hospital », une nouvelle construction aux couleurs chatoyantes, a été ouvert cet été. Les enfants interrogés ici sont encore logés dans l’ancien bâtiment, mais Beyar promet qu’une fois tous les cas pédiatriques déplacés vers la nouvelle unité, les classes seront plus grandes et offriront plus d’occasions aux enfants de la région d’apprendre ensemble et de devenir amis.

De gauche à droite : Ilana Levy, professeur Estie Lauper et professeur Avi Lansky. (Crédit : Ofer Golan)

De gauche à droite : Ilana Levy, professeur Estie Lauper et professeur Avi Lansky. (Crédit : Ofer Golan)

« Une vie est une vie » affirme Beyar. « D’où vient le patient ? Quelle est sa
religion ? Quelles sont ses opinions ? Ce n’est pas le problème. Nous apportons des soins à nos patients, nous éduquons les enfants qui vivent ici à l’hôpital, et nous restons à l’écart de la politique ».