La police a ouvert une enquête criminelle sur un fabricant de drones israélien qui aurait tenté de bombarder l’armée arménienne au service de l’Azerbaïdjan durant un exercice de démonstration de l’un de ses drones (appareil aérien sans pilote ni passager) kamikazes au début de l’année.

« Une enquête est en cours contre l’entreprise Aeronautics Defense Systems Ltd. concernant un accord passé avec un client significatif », a annoncé la police dans un communiqué diffusé mardi.

L’unité chargée des enquêtes sur les crimes internationaux – connue en hébreu sous l’acronyme de Yahbal – au sein de la police israélienne a pris la tête de l’investigation.

Des informations sur l’enquête ont émergé lundi alors qu’un tribunal israélien a approuvé un embargo dans ce dossier, limitant les informations qui peuvent être publiées à son sujet.

Par exemple, la police n’a pas identifié le « client significatif ».

Dans un communiqué, Aeronautics a fait savoir que l’entreprise « coopérera pleinement aux enquêtes sur tous les sujets et oeuvrera de son mieux de manière à ce que l’investigation se déroule aussi rapidement que possible ».

L’ordonnance de non-publication montre que l’entreprise fait l’objet d’une enquête depuis au moins le 4 septembre, quelques semaines après que des allégations ont émergé concernant un exercice de démonstration qui s’était soldé par des tirs réels contre l’Arménie.

L’entreprise a également passé des accords avec la junte militaire de Myanmar, accusée de nettoyage ethnique pour son traitement de la minorité musulmane des Rohingyas dans le pays.

Un drone de type Orbiter 1K. d’Aeronautics Defense Systems Ltd. (Capture d’écran : YouTube/Practical Information)

Fin août, l’Agence de contrôle des exportations dépendant du ministère de la Défense avait mis un terme au permis d’exportation délivré à Aeronautics pour son modèle de drone Orbiter 1K à un « client significatif », ce que l’entreprise israélienne avait fait savoir sur le marché boursier, comme la loi l’exige.

Selon Aeronautics, l’entreprise était sur le point de passer un accord de 71,5 millions de shekels au cours des deux prochaines années avec ce « client significatif ».

« La compagnie oeuvre à clarifier la question avec le ministère de la Défense », avait fait savoir Aeronautics dans un communiqué à ce moment-là.

L’entreprise avait noté que la décision prise par le ministère de la Défense ne concernait que la vente de son drone à ce « client significatif » et non à ses autres acheteurs étrangers.

En règle générale, les contractants israéliens dans le domaine de la défense s’abstiennent de nommer directement leurs clients. Le communiqué avait toutefois laissé comprendre que le pays en question était l’Azerbaïdjan.

La décision de mettre un terme à cette vente était survenue approximativement deux semaines après le dépôt d’une plainte au ministère qui disait que l’entreprise avait, à la demande des Azéris, lancé un de ses drones de type Orbiter 1K sur les forces arméniennes dans la région disputée de Nagorno-Karabakh.

Le colonel Armen Gyozalian, de l’armée arménienne, avait fait savoir que deux soldats avaient été légèrement blessés dans cette attaque du 7 juillet, selon le journal d’information du ministère arménien de la Défense « Hay Zinvor ».

Une copie de la plainte avait tout d’abord fuité vers le journal Maariv.

Selon les informations transmises, l’entreprise avait envoyé une équipe dans la ville de Bakou, en Azerbaïdjan, pour faire une démonstration du drone, qui peut être chargé d’un petit explosif de un à deux kilos et envoyé contre une cible ennemie lors d’une mission « suicide ».

Selon la plainte, lors d’une démonstration du système Orbiter 1K devant les militaires Azéris, le mois dernier, il a été demandé à l’entreprise de mener un test à tirs réels contre une position militaire arménienne. Les deux pays s’affrontent sporadiquement depuis presque 25 ans. Le conflit s’est renforcé au cours des seize derniers mois autour de la région dissidente de Nagorno-Karabakh.

Un tel test est illégal selon les termes de la loi israélienne, car il nécessite une autorisation – rarement octroyée – de mener des démonstrations contre des cibles réelles. Dans ce cas précis, Aeronautics Defense Systems n’aurait très probablement jamais reçu une telle autorisation, Israël ne considérant pas l’Arménie comme un état ennemi.

Les deux Israéliens qui ont activé les deux drones Orbiter 1K durant le test ont alors refusé de mener à bien l’attaque malgré les menaces proférées par leurs supérieurs, a fait savoir Maariv.

Deux membres de haut-rang de la délégation d’Aeronautics Defense Systems à Bakou ont tenté de réaliser la demande azérie, mais, manquant d’ expérience nécessaire, ils n’ont pas touché directement la cible, a ajouté l’article.

L’entreprise, basée à Yavneh, a tout d’abord nié les accusations lorsque les informations ont émergé, disant qu’elle n’a jamais « mené une démonstration contre des cibles réelles, notamment dans ce dossier ».

Le ministère de la Défense a confirmé qu’il enquêtait sur cette affaire mais a refusé de faire davantage de commentaires.

« Normalement, le ministère de la Défense ne commente aucune question qui concerne les exportations de Défense. Les accusations font actuellement l’objet d’une enquête menée par les personnes appropriées au ministère », a indiqué un porte-parole ce mois-ci.

Un drone Harop fabriqué en Israël, qui aurait été utilisé par l’Azerbaïdjan pour faire exploser un bus dans la région de Nagorno-Karabakh, en avril 2016. (Crédit : Facebook)

Aeronautics Defense Systems, spécialiste dans la technologie des UAVs, fabrique également d’autres drones similaires au modèle Orbiter 1K mais sans ses capacités d’attaque et ne pouvant être utilisés que pour des missions de reconnaissance. Azad Systems, filiale d’Aeronautics Defense Systems dirigée par le ministère de la Défense azéri, confectionne actuellement au moins deux modèles d’Orbiter. L’agence de presse d’Azerbaïdjan a fait savoir que le pays possède également ses propres drones kamikazes de type Orbiter.

L’année dernière, l’Azerbaïdjan avait utilisé un autre drone kamikaze israélien, un modèle Harop des industries aérospatiales israéliennes, lors d’une attaque qui avait tué sept Arméniens.

L’Azerbaïdjan est l’un des plus grands importateurs d’équipements militaires israéliens et il est considéré comme un allié essentiel de l’Etat juif, dans la mesure où il partage une frontière avec l’ennemi juré d’Israël, l’Iran. L’année dernière, le président du pays, Ilham Aliyev, a révélé que l’Azerbaïdjan avait acheté environ 5 milliards d’armes et de systèmes de défense à Israël.

En 2012, Foreign Policy avait fait savoir qu’Israël avait trouvé un arrangement avec l’Azerbaïdjan lui permettant de survoler le pays.

« Les Israéliens ont acheté un champ aérien », avait expliqué un haut-responsable de l’administration américaine au journal, « et ce champ aérien s’appelle l’Azerbaïdjan ».

Israël a essuyé les critiques de la communauté internationale en raison de sa coopération avec l’Azerbaïdjan, un pays accusé de violations aux droits de l’Homme, même s’il est l’un des quelques pays à majorité musulmane avec lequel Israël entretient une relation ouvertement positive.