Une interview provocante du Premier ministre Benjamin Netanyahu par la Vingtième chaîne faisait dimanche l’objet d’une enquête du Conseil de la télévision, pour déterminer si elle dépassait le spectre de l’autorisation de la chaîne, car il s’agit d’un contenu informatif.

Pendant l’interview, Netanyahu s’est lancé dans un réquisitoire contre les grands médias, qu’il a accusé de mener une chasse aux sorcières politique contre lui en prétendant informer sur plusieurs enquêtes sur des faits de corruption.

Netanyahu fait directement l’objet de deux enquêtes de la police. Dans l’Affaire 1 000, les enquêteurs se penchent sur des cadeaux très chers qu’aurait reçu le couple Netanyahu de la part de riches hommes d’affaire. L’Affaire 2 000 porte sur un accord de contrepartie que le Premier ministre aurait passé avec le propriétaire du quotidien le plus vendu d’Israël. Netanyahu aurait proposé de réduire la circulation du quotidien rival en échange d’une couverture plus favorable.

Une troisième enquête sur des faits de corruption, l’Affaire 3 000, étudie de possibles faits de corruptions dans le cadre d’un achat d’une valeur de plusieurs milliards de shekels de navires de guerre à un constructeur allemand. Même si Netanyahu n’est pas un suspect dans cette affaire, son avocat personnel David Shimron est l’un des suspects clefs.

David Shimron, l'avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, pendant une conférence de presse du Likud à Tel Aviv, en février 2015. (Crédit : Flash90)

David Shimron, l’avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, pendant une conférence de presse du Likud à Tel Aviv, en février 2015. (Crédit : Flash90)

De plus, Shlomo Filber, directeur général du ministère des Communications, fait l’objet d’une enquête de l’Autorité des titres sur une fusion impliquant le géant des télécommunications Bezeq. La semaine dernière, le contrôleur de l’Etat a publié un rapport accusant Netanyahu de n’avoir pas dévoilé ses relations étroites avec Shaul Elovitz, le président de Bezeq, et a éveillé des soupçons sur la possibilité que le Premier ministre, qui était alors ministre des Communications, et Filber aient pris des décisions en faveur de Bezeq.

« Nous sommes au milieu d’une campagne médiatique sans précédent pour me diffamer avec des accusations vides, dans le but de remplacer le gouvernement », a dit Netanyahu à la Vingtième chaîne au début de l’interview.

Les médias se comportent comme les Soviétiques, a-t-il affirmé. « C’est la méthode des fake news [fausses informations], a-t-il dit. Ils ne savent qu’une chose : je suis l’obstacle empêchant la montée de la gauche, donc ils doivent se débarrasser de moi. »

Les médias, a-t-il poursuivi, le considèrent « coupable jusqu’à preuve du contraire, et même coupable malgré les preuves du contraire. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, dans ses bureaux, à Jérusalem, le 9 juillet 2017. (Crédit : Ohad Zweigenberg/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, dans ses bureaux, à Jérusalem, le 9 juillet 2017. (Crédit : Ohad Zweigenberg/Flash90)

Le Premier ministre a expliqué qu’il avait accepté de parler à la Vingtième chaîne parce qu’il « veut que [s]a version soit entendue par le public. Je ne veux pas tendre l’autre joue. »

« Puisque presque tous les médias ont rejoint la campagne, ils ne me laissent pas parler », a-t-il ajouté, indiquant que d’autres chaînes lui avaient proposé des interviews, mais qu’elles ne le laissaient pas terminer sa phrase quand il répondait à leurs questions.

Quand d’autres dirigeants sont interviewés par les médias israéliens, a affirmé Netanyahu en donnant les exemples de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, et Barack Obama, ancien président des Etats-Unis, ils passent un moment plus facile, et on leur pose des questions comme « quel est le secret de votre charme ? », une référence apparente à un entretien accordé à Obama peu avant la fin de son mandat par Ilana Dayan, de la Deuxième chaîne.

Netanyahu a affirmé qu’il connaissait Shimron et Filber depuis des années, et qu’ils étaient tous deux des « personnes honnêtes et éthiques ».

« Je suis certain que rien ne tiendra, a-t-il dit. Et en dehors de toute autre considération, ce n’est pas parce que quelqu’un fait l’objet d’une enquête qu’il est coupable. »

Shaul Elovitz, propriétaire du groupe de communications Bezeq. (Crédit : capture d'écran Calcalist)

Shaul Elovitz, propriétaire du groupe de communications Bezeq. (Crédit : capture d’écran Calcalist)

Néanmoins, « il n’y a aucun lien entre leurs affaires et les miennes », a déclaré Netanyahu, qui a rappelé que le ministère de la Justice n’avait trouvé aucune malversation dans sa gestion de la fusion de Bezeq, et que le procureur général avait précisé qu’il n’était pas un suspect dans l’affaire des sous-marins.

Et pourtant, les médias ne cessent de lier son nom avec les enquêtes, a déploré Netanyahu. « Quelle hypocrisie, quelle rancœur. »

Le Premier ministre a défendu l’achat des sous-marins, un « besoin existentiel » pour Israël, et a condamné les médias « irresponsables » qui utilisent un sujet si sensible pour l’attaquer.

La Vingtième chaîne a commencé sa diffusion en août 2014, en ne traitant que de la tradition juive, avec une tendance conservatrice. Parfois appelée la Fox News israélienne pour ses programmes plutôt à droite, et sa volonté de se présenter comme une alternative aux « grands médias », elle n’a pas le droit de diffuser des informations.

Avant cette interview, la Vingtième chaîne avait déjà payé des centaines de milliers de shekels d’amendes pour d’autres infractions, notamment pour des diffusions de programmes d’informations.

Dans le cadre de son autorisation d’émission, la chaîne ne peut présenter des informations que si le conseil approuve le programme en avance. La chaîne a demandé une extension de ses droits pour pouvoir diffuser des informations.

Même si la permission a été accordée à la chaîne en décembre 2016, elle a été assortie de conditions de mise en place de certaines nominations et d’autres mesures supplémentaires, un processus qui n’a pas encore été achevé.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.