Le président de la coalition David Bitan a indiqué samedi être « très déçu » par le chef de la police Roni Alsheich et le procureur général Avichai Mandelblit sur leur gestion des enquêtes impliquant le Premier ministre Benjamin Netanyahu mais il a ajouté qu’il « ne cherchait pas à les faire remplacer ».

Bitan et d’autres alliés de Netanyahu ont dénoncé les enquêtes – et la couverture médiatique extensive dont elles bénéficient – comme une tentative de la part de la gauche politique de destituer le Premier ministre par des moyens illégitimes.

Alsheich et Mandelblit, à la tête des investigations, sont deux personnalités qui ont été nommées par Netanyahu.

Dans un contexte d’attaques qui ne cessent de s’intensifier de la part des responsables du gouvernement contre la police et les procureurs de l’Etat au sujet des enquêtes en cours, Bitan a annoncé qu’il ne soutiendrait pas un projet de loi qui est actuellement avancé par le législateur du Likud David Amsalem de réduire les salaires du chef de la police tout en augmentant celui du Premier ministre.

David Amsalem, député du Likud, à la Knesset, le 12 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Bitan, prenant la parole lors d’un événement culturel à Holon, a affirmé que l’annonce de ce projet de loi était « un mensonge », disant qu’Amsalem n’a pas, en fait, présenté une telle législation. Il a ajouté qu’il ne « la soutiendrait pas » si Amsalem se décidait à le faire.

Netanyahu lui-même a rejeté une telle proposition, disant qu’il « ne pense pas qu’il y ait une nécessité de changer les salaires du Premier ministre ou des autres responsables ».

Mercredi, les législateurs ont fait avancer un autre projet de loi d’Amsalem qui interdirait à la police de recommander des mises en examen aux procureurs de l’état à la fin d’une enquête.

Cette proposition controversée – à laquelle la police, le procureur de l’Etat et le procureur général s’opposent – a été adoptée en première lecture à la Knesset par 52 voix contre 42.

Cette législation est considérée comme entrant dans un contexte d’initiatives législatives récemment prises par les politiciens de la coalition pour rendre plus difficile une mise en accusation de responsables publics. Elle est survenue alors que Netanyahu lui-même se trouve au coeur de deux enquêtes pour corruption.

Bitan a expliqué samedi que le projet de loi voulait défendre les droits des accusés. « Défendre ceux qui font l’objet d’une enquête fait partie de l’état de droit », a-t-il déclaré. « Les choses sont allées trop loin ».

Même si la police ne recommande pas spécifiquement les inculpations, elle transmet aux Procureurs un rapport qui note la présence d’éventuelles preuves suffisantes attestant d’un délit commis. Le projet de loi est largement considéré comme voulant empêcher les agents de police d’influencer les décisions prises par les procureurs concernant une éventuelle inculpation.

La législation proposée, qui devrait subir des révisions significatives avant de devenir loi, imposerait une peine de prison d’un an aux enquêteurs qui contreviendraient à cette directive.

Bitan a expliqué qu’il n’avait pas l’intention de faire de ce projet de loi final une interdiction catégorique. « Il dit que dans des cas où un procureur de l’Etat accompagne l’enquête, une recommandation policière n’est pas nécessaire. Si ce n’est pas le cas, alors une recommandation peut être faite ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le député David Bitan à la Knesset, le 24 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu a été interrogé par la police une cinquième fois jeudi dans le cadre d’enquêtes portant sur des accusations de corruption à son encontre.

Le Premier ministre a nié tout méfait.

Les enquêteurs de l’unité anti-corruption Lahav 433 l’ont interrogé à la résidence du Premier ministre à Jérusalem. C’est son premier interrogatoire depuis le mois de mars.

Netanyahu est impliqué dans deux affaires de corruption séparées, connues sous le nom d’Affaire 1000 et d’Affaire 2000.

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et son épouse sont soupçonnés d’avoir reçu des cadeaux illégaux de la part de milliardaires, notamment des centaines de milliers de shekels de cigares et de champagne offerts par Arnon Milchan, producteur hollywoodien né en Israël.

Netanyahu et son épouse Sara ont nié le caractère délictueux de ces cadeaux, affirmant que leur valeur a été significativement moindre que ce qui a été annoncé et qu’il ne s’agissait que de « broutilles » échangées entre amis proches.

Ron Dermer, ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, pendant la conférence annuelle de Christians United for Israël, au centre de convention de Washington, le 17 juillet 2017. (Crédit : capture d’écran)

Au début de la semaine, l’ambassadeur israélien aux Etats-Unis Ron Dermer aurait été interrogé par la police dans le cadre de l’enquête.

Dermer, considéré comme un proche de Netanyahu, a confirmé à la police que sous la direction du Premier ministre, il avait demandé au secrétaire d’Etat américain de l’époque, John Kerry, d’aider à obtenir un visa pour Milchan, selon la chaîne Hadashot.

La chaîne de télévision a également fait savoir que le département d’Etat américain empêche les enquêteurs israéliens d’obtenir le témoignage de l’ancien ambassadeur américain en Israël Dan Shapiro concernant cette demande de visa.

L’Affaire 2000 porte sur un accord de contrepartie présumé entre Netanyahu et le propriétaire du quotidien Yedioth Ahronoth, Arnon « noni » Moses, dans lequel le Premier ministre aurait entravé un quotidien rival, Israël Hayom, qui appartient à Sheldon Adelson, en faisant adopter une loi par la Knesset, en échange d’une couverture plus favorable du Yedioth.

Les enquêteurs de police devraient également fixer une date pour que Netanyahu offre son témoignage dans l’Affaire 3000, qui implique des cas de corruption présumée de la part de hauts-responsables, notamment plusieurs proches du Premier ministre, dans la décision prise par Israël d’acheter des sous-marins allemands.

Tentant apparemment de bloquer une potentielle décision policière de faire de Netanyahu un suspect dans l’Affaire 3000, et essayant éventuellement de mettre un terme aux Affaires 1 000 et 2 000, Amsalem a aussi proposé un projet de législation qui offrirait aux Premiers ministres en service l’immunité dans des enquêtes de corruption.

Malgré des menaces des législateurs du Likud – notamment celles, notables, de Bitan – de renverser le gouvernement si ce projet de loi n’était pas avancé, la proposition a dorénavant été mise en suspens dans un contexte de divisions au sein de la coalition.

Marissa Newman et Raoul Wootliff ont contribué à cet article.