Plusieurs dizaines de personnes ont participé mercredi au cimetière juif de Varsovie à l’enterrement de Torahs, livres saints du judaïsme, lors d’une cérémonie célébrée pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, témoignant de la vitalité de la communauté juive en Pologne.

Selon la tradition judaïque, une Torah qui est abimée et qui ne peut plus être réparée « doit être enterrée comme un être humain. Avec un grand respect », a déclaré à l’AFP le grand rabbin de Pologne Michael Schudrich.

« Les nazis allemands voulaient mettre fin à la présence juive à Varsovie. A la fin de l’insurrection, le commandant allemand Jürgen Stroop avait déclaré qu’il n’y avait plus de quartier juif à Varsovie. Cette cérémonie montre que c’est exactement le contraire qui se passe. C’est une communauté vivante qui enterre la Torah, et qui étudie la Torah tous les jours », a souligné le rabbin.

Lors de la cérémonie, des rouleaux de plusieurs Torah abimées, tous d’avant-guerre, ont été mis dans deux énormes jarres en terre cuite enterrées verticalement au cimetière juif de Varsovie.

Des rouleaux de Torah abîmées avant les funérailles au cimetière juif de Varsovie, le 19 avril 2017. (Crédit : Wojtek Radwanski/AFP)

Des rouleaux de Torah abîmées avant les funérailles au cimetière juif de Varsovie, le 19 avril 2017. (Crédit : Wojtek Radwanski/AFP)

Avant la guerre, la Pologne accueillait la plus grande communauté juive en Europe d’environ 3,5 millions de personnes, quasiment exterminée par les nazis allemands lors de l’Holocauste.

L’enterrement de Torahs s’est déroulé le jour du 74e anniversaire du déclenchement de l’insurrection du ghetto de Varsovie, marqué dans la matinée par une cérémonie officielle avec la participation de la Première ministre polonaise Beata Szydlo.

Le grand rabbin de Pologne, Michael Schudrich, prépare les rouleaux de Torah abîmés avant les funérailles au cimetière juif de Varsovie, le 19 avril 2017. (Crédit : Wojtek Radwanski/AFP)

Le grand rabbin de Pologne, Michael Schudrich, prépare les rouleaux de Torah abîmés avant les funérailles au cimetière juif de Varsovie, le 19 avril 2017. (Crédit : Wojtek Radwanski/AFP)

Un an après avoir envahi la Pologne en septembre 1939, les Allemands avaient créé à Varsovie un quartier spécial pour les Juifs, enfermant derrière les murs de ce ghetto quelque 480 000 personnes pour les exterminer par la faim, les maladies et d’en déporter 300 000 vers les chambres à gaz du camp de Treblinka, à 100 kilomètres à l’est de Varsovie.

Le 19 avril 1943, les Allemands ont lancé l’opération de liquidation du ghetto où quelque 60 000 Juifs vivaient encore, cachés dans des caves et des greniers.

Une poignée de combattants juifs attaquèrent alors les nazis, préférant mourir l’arme à la main plutôt que dans les camps d’extermination nazi.

Pendant trois semaines de combats, 7 000 Juifs ont été tués, la majorité brûlés vifs, et 50 000 ont été déportés vers les camps d’extermination. Le quartier fut complètement rasé.

Aujourd’hui, la communauté juive compte en Pologne quelque 10 000 personnes.