Entre larmes et affrontements, l’avant-poste d’Amona se vide
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Entre larmes et affrontements, l’avant-poste d’Amona se vide

Plus d’une vingtaine de maisons ont été évacuées et les manifestants se sont infiltrés illégalement dans l’avant-poste, pour résister passivement, l’opération durera toute la nuit ; 20 policiers et 2 manifestants ont été blessés, 13 arrestations ont eu lieu

Jeunes de l'avant-poste d'Amona, le 31 janvier 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Jeunes de l'avant-poste d'Amona, le 31 janvier 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Après une nuit d’incertitude quant au sort d’Amona, alors qu’un convoi de véhicules remonte la colline de l’avant-poste illégal du centre de la Cisjordanie mercredi matin, il ne fait plus aucun que doute que la bataille juridique est bel et bien terminée. Les résidents vont être évacués.

À 16h00, une dizaine de logements avait déjà été évacuée. 7 personnes ont été arrêtées et près de 200 ont été simplement remerciées et raccompagnées par la police.

Neuf familles, 33 enfants au total, ont accepté de quitter l’avant-poste de leur plein gré, a indiqué la police.

Mais quand un véhicule, plein d’habitants de l’avant-poste transportant deux rouleaux de Torah, quitte l’avant poste, un officier de police ne peut s’empêcher de remarquer, que bien qu’elles ne soient pas dirigées par les forces de l’ordre, « à ce stade, plus personne ne part de son plein gré ».

Une policière a été légèrement blessée durant les affrontements, et 15 autres policiers ont subi des blessures mineures s, suite aux cohues avec les manifestants.

D’autres ont subi des lésions aux yeux et à la peau, après que des manifestants leur ont jeté de la lessive et de la peinture, et a indiqué la police.

Aucun manifestant n’a été blessé.

La police avait indiqué que dès que la nuit serait tombée, ils mettraient l’évacuation en stand-by jusqu’à jeudi matin. Mais ensuite, ils ont annoncé un changement de plan et l’opération n’a pas été interrompue.

Mardi soir, des organisateurs de manifestations ont dit aux sympathisants de compliquer et prolonger l’évacuation autant que possible.

Les forces de sécurité israéliennes affrontent les manifestants à l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)
Les forces de sécurité israéliennes affrontent les manifestants à l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)

Les centaines de manifestants, principalement des adolescents religieux, ont afflué vers l’avant-poste pour l’évacuation. Ils se sont enfermés dans les maisons et les abris. Une autre centaine s’est barricadée dans la synagogue d’Amona.

La police a encerclé les maisons et les caravanes et a défoncé les portes et les fenêtres qui avaient été verrouillées.

Un par un, les policiers ont délogé les manifestants. Certains sont sortis à pied, d’autres ont été transportés.

Durant l’évacuation à proprement parlé, il n’y a eu que peu d’incidents. En effet, les organisateurs ont encouragé les manifestants à ne pas résister ni à user de la violence à l’encontre des forces de l’ordre.

Rivka et Adar Lafair se sentent trahis. Ce couple israélien d’une vingtaine d’années fait partie des dizaines de colons évacués mercredi d’Amona, une implantation israélienne en Cisjordanie occupée jugée illégale par la Cour suprême.

Comme la plupart des quarante familles d’Amona, les Lafair avaient décidé de rester jusqu’au bout, malgré les injonctions de la Cour suprême qui a tranché que la colonie « sauvage » était construite sur des terres privées palestiniennes, et les appels du gouvernement.

Ce sont donc les policiers israéliens qui sont venus les tirer de chez eux mercredi, au sommet d’une colline de Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par l’Etat hébreu depuis 1967.

Certains résidents ont résisté, plus passivement qu’activement, puis se sont laissés convaincre de partir par les policiers. Des dizaines de jeunes de la colonie ou de celles environnantes ont tenté de faire barrage de leur corps. Un petit nombre ont lancé des pierres.

D’autres encore se sont entassés dans les maisons de plain-pied, des préfabriqués posés là il y a vingt ans et jamais déplacés ou remplacés, forçant des policiers singulièrement précautionneux à les extraire l’un après l’autre.

Les Lafair avaient préparé leurs cartons avant l’arrivée des policiers, sentant le caractère inéluctable de l’évacuation.

La veille, des amis avaient donné une petite fête pour adoucir leur départ.

« Dans l’excitation, on a jeté un sofa, des chaises (…) du toit. On voulait compliquer la tâche de la police », raconte Adar Lafair, en riant.

Rivka, sa femme âgée de 19 ans, est « triste et en colère ». Contre qui ? « Les destructeurs du peuple viennent de son sein même. Ce sont nos propres frères juifs qui vont nous évacuer et détruire nos maisons. C’est triste, énervant, écœurant », lance-t-elle.

Rivka Lafair est née ici, sur cette éminence d’où l’on a une vue spectaculaire jusqu’à la vallée du Jourdain. Ses parents ont été parmi les premiers à s’établir là. Pour les habitants, Amona et toute la Cisjordanie font partie de la terre biblique d’Israël, quoi qu’en disent les juges israéliens, les Palestiniens et l’ONU.

En 2014, la Cour suprême a ordonné l’évacuation d’Amona parce qu’elle avait été construite sur des terres privées palestiniennes. Mais les habitants ont toujours refusé de partir, livrant une longue bataille, définitivement perdue mercredi.

L’Etat israélien les a trahis, pensent les Lafair.

Uri Ariel (Crédit Abir Sultan Flash 90)
Uri Ariel (Crédit Abir Sultan Flash 90)

« Prends tes responsabilités, tu es ministre de ce gouvernement. Honte sur toi », a lancé un manifestant au ministre de l’Agriculture Uri Ariel, venu témoigner son soutien aux habitants.

Les Lafair, comme d’autres, ne savent pas où aller. Les plans de relogement près d’Amona établis par le gouvernement ont été retoqués mercredi par la Cour suprême.

Au sein du gouvernement israélien, même les plus ardents défenseurs de la colonisation, voire de l’annexion de la Cisjordanie, comme le ministre de l’Education Naftali Bennett, ont signifié aux habitants d’Amona que c’était fini pour eux.

« Nous avons perdu une bataille à Amona, mais nous allons gagner la guerre pour Eretz Israël », le « grand Israël », couvrant la Cisjordanie, a toutefois soutenu M. Bennett.

Le Parlement israélien devrait bientôt voter sur un projet de loi –soutenu par le parti de M. Bennett, HaBayit HaYehudi– qui permettrait de légaliser ce genre d’implantations.

Amona a été exclue du champ de la loi et sacrifiée pour que la loi puisse passer, selon des experts.

Dans la nuit, Israël a également annoncé 3 000 logements supplémentaires en Cisjordanie. C’était la quatrième annonce du genre en deux semaines depuis l’investiture de Donald Trump. L’avènement du nouveau président américain gonfle les espoirs des tenants du « grand Israël ».

Naftali Bennett, président du parti HaBayit HaYehudi, demande l'annexion de parties de la Cisjordanie après le vote de la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies devant le mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem, le 25 décembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Naftali Bennett, président du parti HaBayit HaYehudi, demande l’annexion de parties de la Cisjordanie après le vote de la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies devant le mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem, le 25 décembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Les Américains ont voté pour Trump car ils ne supportaient plus la politique de renoncement à leur identité et nous ressentons la même chose ici avec notre gouvernement », affirme Ely Greenberg, qui vivait à Amona depuis 13 ans.

« Le monde change, espérons que ce qui se passe ici (l’évacuation) ne se reproduira plus », espère-t-il.

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