Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erodogan, a déclaré dimanche qu’il avait été « naïf » de croire en la sincérité du prédicateur musulman Fethullah Gulen, son ancien allié qu’il accuse aujourd’hui d’avoir orchestré les enquêtes anticorruption qui éclaboussent le pouvoir islamo-conservateur.

« J’étais naïf. J’ai fait tout mon possible pour le soutenir », a déclaré Erdogan devant des partisans de son parti au cours d’un meeting électoral à Isparta (sud-ouest de la Turquie).

Erdogan a accusé son ex-allié, qui vit actuellement aux Etats-Unis, de s’ingérer dans la vie politique turque. Il lui a aussi reproché une rencontre qu’il a eue en 1998 avec le pape Jean Paul II au Vatican.

Il a par ailleurs appelé Gulen à rentrer en Turquie. « Il y a deux ans, je lui ai demandé de rentrer en Turquie. Il ne l’a pas fait. Je le lui ai demandé de nouveau. Si tu es honnête et sincère, arrête d’agiter ce pays ! », s’est exclamé le Premier ministre.

Jeudi dernier, Erdogan avait, lors d’une réunion électorale à Burdur (dans l’ouest du pays), pressé le prédicateur de revenir en Turquie, le mettant au défi de l’affronter au scrutin municipal du 30 mars prochain.

L’influente confrérie de Gulen a apporté un soutien crucial au Parti de la Justice et du Développement (AKP) d’Erdogan lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 2002.

Les deux alliés ont notamment fait équipe pour contrer l’influence historique de l’armée turque, qui se considère comme le gardien de l’Etat laïc.

Mais les deux alliés sont devenus de féroces adversaires depuis le coup de filet qui a visé le 17 décembre des proches du chef du gouvernement, appartenant à la classe politique et au monde des affaires, et soupçonnés de corruption.

Erdogan accuse Gulen, dont la confrérie est très inflente dans la police et la justice, d’avoir manipulé les enquêtes anticorruption afin de déstabiliser son gouvernement avant les élections municipales et l’élection présidentielle prévue en août.

Le Premier ministre a répliqué en procédant à des purges au sein de la haute magistrature et de la hiérarchie policière.

Dernier épisode de ce bras de fer, le Parlement turc a décidé vendredi de fermer des milliers d’écoles privées gérées par le mouvement islamiste de Gulen. La nouvelle loi prévoit la fermeture de ces écoles d’ici au 1er septembre 2015.

« Ils vont perdre un milliard de dollars de revenus par an (avec la fermeture des écoles). C’est pourquoi ils deviennent fous », a affirmé Erdogan, en parlant du mouvement de Gulen.