Le président turc Recep Tayyip Erdogan devrait rencontrer les dirigeants juifs et arméniens à New York en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

Au cours de son voyage à New York, Erdogan doit rencontrer entre autres le comité du Congrès juif mondial dirigé par Ron Lauder, a rapporté dimanche le quotidien Sabah, ainsi que l’archevêque Khajag Barsamian, Primat du Diocèse de l’Eglise arménienne d’Amérique.

Le parti Justice et Développement d’Erdogan (AKP), qui est au pouvoir depuis les 12 dernières années, est largement perçu comme étant anti-israélien. Erdogan lui-même a été critiqué pour avoir fait des déclarations au cours des années qui ont été perçues comme étant antisémites.

Le président turc a été fortement critiqué cet été pour une série de remarques qu’il a faites au sujet d’Israël, affirmant que « [les Israéliens] n’ont aucune conscience, aucun honneur, aucune fierté. Ceux qui condamnent jour et nuit Hitler ont dépassé Hitler dans la barbarie ».

En juillet, un groupe juif américain a demandé à Erdogan de restituer un prix qu’il lui avait remis en 2004, accusant le dirigeant turc de «rhétorique dangereuse » et d’« incitation à la violence contre le peuple juif ».

Il y a environ 20 000 Juifs en Turquie. Récemment, un couple juif a été assassiné en août dans ce qui a été considéré comme un crime de haine, dans une société en proie à un antisémitisme rampant.

La Turquie et Israël étaient autrefois des alliés forts. Cependant, les relations diplomatiques se sont refroidies de façon spectaculaire après le conflit de Gaza en 2009 (connue sous le nom d’opération Plomb durci) et l’incident de la flottille de Gaza en 2010, après que le Mavi Marmara ait été arraisonné par des commandos israéliens alors qu’il tentait de briser le blocus naval de Gaza.

Dans la mêlée qui a suivi, après que les soldats israéliens aient été attaqués avec des barres de fer et des battes en bois, les troupes ont ouvert le feu et 9 militants turcs ont été tués ; 10 soldats israéliens ont été blessés.

Erdogan a régulièrement cité l’incident comme une béquille entre les deux Etats et critique fréquemment Jérusalem pour ses relations avec les Palestiniens.

Les relations étaient sur la voie de la normalisation récemment, mais cela a été stoppé net par l’opération Bordure protectrice. Pendant le conflit, le président turc a d’ailleurs menacé d’annuler la normalisation des relations entre les deux pays. Cependant, il a rencontré publiquement un responsable israélien le mois dernier pour la première fois en six ans.

Plus tôt ce mois-ci, quelques jours seulement après qu’un cessez-le-feu ait été convenu entre Israël et Gaza, au terme de 50 jours de combats, un groupe d’intellectuels turcs juifs ont écrit dans une lettre ouverte que les Juifs de Turquie n’avaient aucune obligation de commenter l’opération israélienne à Gaza.

Elle venait en réponse à des appels à la communauté juive pour dénoncer l’opération, ainsi qu’à une campagne revendiquant le fait que les Juifs de Turquie étaient aussi responsables des actions d’Israël à Gaza. « C’est du racisme, pouvait-on lire dans la lettre, que de tenir tout un peuple responsable des actions d’un Etat et nous tenons à déclarer que nous sommes opposés à cela ».

La lettre a également souligné qu’il n’est pas possible pour une communauté de 20 000 personnes d’avoir une opinion unifiée.

Fin juillet, Erdogan s’est engagé à assurer la sécurité de la communauté juive de Turquie, mais a exhorté cette même communauté juive à dénoncer Israël.

Justin Jalil a contribué à cet article.