La volonté du président élu Donald Trump de déplacer l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem pourrait sonner le glas des efforts de l’Amérique pour que l’Etat hébreu fasse la paix avec les Palestiniens.

Ce serait un séisme diplomatique car la plupart des pays – Etats-Unis en tête – ont leur ambassade à Tel-Aviv. Pire, une telle mesure « serait une destruction du processus de paix », a averti le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) Saëb Erekat.

C’est une promesse de campagne du candidat républicain Trump qui avait annoncé, s’il entrait à la Maison Blanche, qu’il déplacerait l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem et qu’il reconnaîtrait ainsi de facto la Ville Sainte comme capitale de l’Etat juif.

Un porte-parole du prochain président a jugé vendredi « un peu prématuré » de parler d’un calendrier de déménagement de la chancellerie, mais il a assuré que M. Trump y « restait fermement attaché ».

M. Trump a annoncé jeudi soir qu’un avocat juif américain, David Friedman, son « ami et conseiller de longue date », sera le nouvel ambassadeur des Etats-Unis en Israël si le Sénat américain confirme ce choix.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry devant le Forum Saban, à Washington, le 4 décembre 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry devant le Forum Saban, à Washington, le 4 décembre 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le secrétaire d’Etat John Kerry, qui s’était cassé les dents en 2013-2014 sur le processus de paix israélo-palestinien, quittera ses fonctions le 20 janvier plein d’amertume et il vient d’accuser la droite israélienne d’avoir saboté le projet de solution à deux Etats par la poursuite de la constrution en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Justement, l’ambassadeur américain désigné semble avoir à coeur de rompre avec la politique traditionnelle de Washington sur les implantations dans les Territoires palestiniens et sur le statut de Jérusalem.

La nomination de M. Friedman a sidéré une partie des 4,5 à 5,5 millions d’Américains juifs.

Le groupe J Street, classé à gauche et qui se décrit comme « favorable à Israël et à la paix », a dénoncé un choix « irresponsable » qui « risque d’entacher la réputation et la crédibilité de l’Amérique dans la région et dans le monde ». Washington est historiquement l’unique médiateur au Proche-Orient.

J Street a prévenu les sénateurs qui devront confirmer M. Friedman dans ses fonctions qu’il est un « ami américain du mouvement de colonisation » dans les Territoires palestiniens.

Donald Trump et l'avocat David Friedman sortent de l'immeuble fédéral à laz suite d'une apparition devant le Tribunal des Faillites, le jeudi 25 février 2010 à n Camden, New Jersey. (Crédit : Bradley C Bower/Bloomberg News, via Getty Images / JTA)

Donald Trump et l’avocat David Friedman sortent de l’immeuble fédéral à laz suite d’une apparition devant le Tribunal des Faillites, le jeudi 25 février 2010 à n Camden, New Jersey. (Crédit : Bradley C Bower/Bloomberg News, via Getty Images / JTA)

Justement, sur les implantations, l’éventuel futur ambassadeur américain a signalé un changement de pied de l’administration Trump par rapport à la position du gouvernement Obama : « Je ne crois pas qu’il (M. Trump) pense que les colonies soient illégales », a-t-il dit récemment à l’AFP, ajoutant que le 45e président des Etats-Unis « ne demandera pas à Israël de cesser de se développer » dans les Territoires.

Selon l’envoyé de Trump, la nouvelle administration ne dira pas à Israël “quelles politiques adopter”

Mais pour Jonathan Shanzer, du centre de réflexion conservateur Foundation for Defense of Democracies, il n’y aura pas de virage à 180 degrés de la diplomatie Trump à l’égard d’Israël et des Palestiniens. L’expert prévoit simplement que « toute la politique de l’administration Obama sur la colonisation s’adoucisse sous Trump ».

Quant à l’ambassade à Jérusalem, « ce serait une controverse, un symbole fort, mais pas un choc nucléaire », explique M. Shanzer à l’AFP, suggérant à David Friedman de se contenter de s’installer sans bruit au consulat américain existant à Jérusalem-Ouest.