Si la future administration Trump déplace l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) annulera sa reconnaissance d’Israël, les perspectives d’une solution à deux états seront éteintes, et tout espoir de paix israélo-palestinienne dans le futur s’évanouira, a prévenu lundi le négociateur palestinien en chef, Saeb Erekat.

Pendant une conférence téléphonique organisée par le forum politique du Centre Wilson de Washington, D.C., sur les attentes envers l’administration Trump, Erekat a énuméré une liste de ce que seraient selon lui les conséquences de la réalisation de la promesse de campagne du président américain élu Donald Trump.

Erekat a déclaré qu’il démissionnerait immédiatement en tant que négociateur palestinien, et que « l’OLP reviendra sur sa reconnaissance d’Israël », ainsi que sur tous les accords déjà signés avec Israël.

De plus, a déclaré Erekat, toutes les ambassades américaines du monde arabe devraient fermer, pas nécessairement parce que les dirigeants arabes le souhaiteraient, mais parce que la population furieuse du monde arabe ne « permettra » pas à ces ambassades de continuer à travailler.

Le consulat américain de Jérusalem, situé dans le quartier de Talpiot, adjacent au possible emplacement de l'ambassade américaine, en décembre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Le consulat américain de Jérusalem, situé dans le quartier de Talpiot, adjacent au possible emplacement de l’ambassade américaine, en décembre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Dans un communiqué publié vendredi matin par l’équipe de transition de Trump et annonçant la nomination de David Friedman comme ambassadeur en Israël, Friedman a déclaré qu’il viserait à « renforcer les relations entre nos deux pays et promouvoir la cause de la paix dans la région », et qu’il attendait « de pouvoir faire ceci depuis l’ambassade américaine dans la capitale éternelle d’Israël, Jérusalem. »

Interrogé sur la possibilité que Trump déplace l’ambassade américaine dans la capitale israélienne, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a répondu la semaine dernière que cela serait « génial ».

Pendant l’appel de lundi, Erekat a fustigé le choix de Friedman, citant le désir affiché de l’ambassadeur nommé de travailler depuis Jérusalem, et son soutien à l’extension des implantations. Déplacer l’ambassade américaine dans la ville sainte, comme l’a promis Trump, symboliserait l’acceptation américaine de ce qu’Erekat a appelé « l’annexion illégale par Israël de Jérusalem Est », et plongerait la région dans la tourmente.

« Tout espoir de paix dans le futur s’évanouira », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il ne faisait pas de menaces, mais qu’il donnait simplement une mise en garde.

David Friedman, conseiller sur Israël de Donald Trump, pendant un évènement pro-Trump à Jérusalem, le 26 ocotbre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

David Friedman, conseiller sur Israël de Donald Trump, pendant un évènement pro-Trump à Jérusalem, le 26 ocotbre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Expliquant pourquoi il quitterait immédiatement son poste de négociateur palestinien, Erekat a déclaré qu’il ne voudrait pas « tromper mon peuple » sur l’existence de perspectives de paix, et que le déplacement de l’ambassade signifierait que tout ceux, comme lui, qui ont cru à la possibilité d’une solution à deux états avaient tort.

Plutôt que d’emprunter cette voie, Erekat a appelé le futur président à déclarer que l’annexion de Jérusalem Est par Israël était « nulle et non avenue », et à raviver les négociations sur tous les sujets cruciaux, dont Jérusalem, dans le but de mettre en place un état palestinien dans les lignes de 1967, aux côtés de l’Etat d’Israël. Il a déclaré que les Palestiniens avaient accepté les échanges de territoires et la démilitarisation.

Toujours pendant la conférence téléphonique, qui était modérée par Aaron David Miller, le vice-président du Centre Wilson et où participait David Horovitz, rédacteur en chef du Times of Israel, Erekat a noté qu’il avait rencontré la semaine dernière à Washington des représentants du département d’Etat, mais n’avait pas vu voir l’équipe de Trump. « Je ne connais aucun d’entre eux », a-t-il dit du personnel de Trump.

Erekat a également déclaré que des diplomates palestiniens et arabes devaient se rencontrer lundi soir au Caire pour finaliser le texte d’une résolution anti-implantation qui sera soumise au Conseil de sécurité des Nations unies. Il a annoncé que l’objectif était de la présenter « avant la fin de l’année ».

Le négociateur en chef palestinien Saeb Erekat (à gauche) et le secrétaire d'Etat américain John Kerry avant une réunion avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à Ramallah en Cisjordanie, le 4 janvier 2014. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Le négociateur en chef palestinien Saeb Erekat (à gauche) et le secrétaire d’Etat américain John Kerry avant une réunion avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à Ramallah en Cisjordanie, le 4 janvier 2014. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Le Premier ministre israélien a publiquement exprimé son inquiétude que l’administration Obama n’appose pas son veto pour bloquer une telle résolution. Mercredi dernier, Netanyahu a déclaré qu’Israël était toujours préoccupé par le fait que Washington puisse soutenir une résolution sur le conflit au Conseil de sécurité avant le 20 janvier.

« Chaque jour qui passe rend cette possibilité moins probable, mais, pour l’instant, elle existe toujours », a déclaré Netanyahu.

Friedman, juif orthodoxe de 57 ans qui parle hébreu, est un fervent partisan du mouvement des implantations, et affirmé qu’Israël n’affronterait pas de « menace démographique » à son caractère juif s’il ne se séparait pas des Palestiniens. Friedman est le président des Amis américains des institutions de Bet El, une organisation qui soutient l’implantation proche de Ramallah.

La semaine dernière, il a été annoncé que l’équipe de Trump prévoyait déjà le déménagement de l’ambassade, et sa directrice de campagne Kellyanne Conway a déclaré qu’il s’agissait d’une « très grande priorité pour » le président élu.

Eric Cortellessa a contribué à cet article.