Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a empêché le président Shimon Peres de se rendre en Jordanie en 2011 pour finaliser l’accord de paix conclu en secret avec les Palestiniens, a déclaré jeudi le négociateur en chef palestinien Saeb Erekat.

La déclaration d’Erekat fait suite aux dires de Peres et d’autres selon lesquels il avait manqué de conclure un accord historique avec Abbas il y a trois ans, avant d’être contrecarré par Netanyahu.

« Je ne veux pas entrer dans les détails [de l’accord], mais la version [de Peres] est vraie. Il devait se rendre à Amman et Netanyahu l’a empêché de rencontrer le président [Abbas], » a déclaré le négociateur palestinien à la station de radio de Nazareth, A-Shams.

Abbas et Peres s’étaient déjà rencontrés à plusieurs reprises, à Londres et ailleurs, a ajouté Erekat, mais quand Netanyahu a compris que la réunion d’Amman – sous les auspices du roi Abdullah – « avait un caractère politique », il l’a annulée.

« Je ne pense pas que Peres avait un problème avec [les frontières] de 1967 », a déclaré Erekat, dans son unique référence aux détails de l’accord.

« Le seul qui avait un problème avec cela était le Premier ministre israélien Netanyahu. Il y avait une réunion prévue à Amman, j’étais là, et ils [l’équipe du président] nous ont appelés à la dernière minute et ont dit : ‘Netanyahu nous empêche d’y assister.’

« Il s’agit d’un témoignage du président israélien, adressé au monde entier, sur la nature de son Premier ministre », a soutenu Erekat.

En août 2011, Abbas avait révéle, lors d’une réunion de son mouvement Fatah, avoir assisté à quatre séries de négociations avec le président israélien, l’un des architectes des accords d’Oslo de 1993 qui ont permis la création de l’Autorité palestinienne.

« Après les quatre premières rencontres, une cinquième était prévue à Amman, mais Shimon Peres s’est excusé et m’a dit : ‘Je regrette, mais le gouvernement rejette les sujets que nous avons négociés et je ne peux rien faire de plus’ », avait alors confié Abbas.

Le bureau du Premier ministre, qui a refusé de réagir aux accusations selon lesquelles Netanyahu aurait mis le holà à un accord, a nié qu’Abbas et Peres aient jamais été proches d’une entente.

« [Abbas] n’a rien accepté. Cette fois aussi, tout ce qu’il voulait était recevoir sans rien donner en retour », a confié une source au bureau du Premier ministre au Times of Israel mardi. « C’est une de ses fameuses tactiques, adopter une position ambiguë jusqu’à ce qu’il soit coincé, puis fuir. »

Les pourparlers avec les Palestiniens ont échoué fin avril, au terme du délai de neuf mois fixé par les Américains, chaque camp accusant l’autre de saper les négociations par des actions unilatérales.

Mais selon Erekat, les négociations pourraient reprendre si Israël acceptait de reconnaître un Etat palestinien dans les frontières de 1967, définissant ainsi ses propres frontières.

« Israël est le seul Etat au monde qui n’a pas de frontières reconnues après 66 ans d’existence », a avancé Erekat. « Il fait régner un régime d’apartheid en Cisjordanie, pire que celui d’Afrique du Sud. »

Le conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Yossi Cohen, a révélé dans une lettre aux ambassadeurs occidentaux le 22 avril qu’Erekat a rédigé un document politique en mars, en prévision d’un rejet palestinien des efforts de médiation américains et israéliens.

Mais Erekat a répliqué que les Palestiniens étaient prêts à poursuivre les négociations au-delà du 29 avril, tandis qu’Israël a décidé de cesser tout contact avec eux après leur candidature pour rejoindre 15 conventions et traités internationaux.

« Aucune partie ne bénéficie des efforts du [secrétaire d’Etat américain John] Kerry plus que nous, et ne souffre de leur échec plus que nous », a-t-il émis, répétant une phrase souvent utilisée par le passé.

« A chaque rencontre, [le négociateur israélien Itzhak] Molcho me disait : ‘qu’en est-il de Gaza, qu’en est-il de Gaza ?’ Il utilisait la bande de Gaza et le coup d’Etat [contre le Fatah] comme une épée de Damoclès au-dessus de ma tête à chaque instant. »

Erekat a défendu l’accord de réconciliation avec le Hamas conclu le 23 avril, alléguant que le mouvement islamique est « un parti politique palestinien, non un mouvement terroriste. »

« Quand nous sommes en désaccord, revenons donc aux scrutins plutôt qu’aux balles », a-t-il souhaité.

Le responsable du Fatah Mohammed Al-Madani a confirmé au Times of Israel mercredi que Peres « avait dit la vérité » sur l’intransigeance de Netanyahu en 2011.

Raphaël Ahren et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.