WASHINGTON – L’Autorité palestinienne présente son cas aux instances internationales, car elle estime que le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne soutient pas une solution à deux Etats, a précisé le négociateur de longue date de l’Autorité palestinienne, Saeb Erekat, lundi après-midi, à la conférence annuelle de JStreet à Washington.

Lançant un défi à l’administration Obama, Erekat a souligné que « ceux qui disent qu’ils croient en une solution à deux Etats ne devraient pas reconnaître qu’un Etat » dans les institutions internationales. « Ils devraient reconnaître les deux Etats. »

« Nous avons réalisé que Benjamin Netanyahu n’est pas pour les deux Etats », a poursuivi Erekat. « Et c’est pourquoi nous avons réfléchi à ce que nous pourrions faire pour sauver la solution à deux Etats, et nous nous sommes présentés à l’Organisation des Nations Unies. »

Bien que les États-Unis se soient longtemps opposés à toute reconnaissance du statut d’Etat de l’Autorité palestinienne à l’ONU, Washington a signalé que les choses pourraient être en train de changer, en raison des commentaires de Netanyahu pendant la campagne des législatives.

L’administration Obama a ainsi laissé entendre que sa politique de longue date au sein de l’Organisation des Nations Unies, en faveur d’Israël, pourrait changer.

Mais un changement de la politique de l’administration serait susceptible de buter contre l’opposition à Washington.

Dimanche, le sénateur John McCain (R-AZ) a déclaré que si l’ONU soutenait une initiative visant à reconnaître un Etat palestinien, le Congrès examinerait les recours possibles pour mettre un terme au financement de l’organisation internationale.

Erekat s’est aussi plaint du fait que les Etats-Unis s’opposent à la décision des Palestiniens de présenter leur plainte à la Cour pénale internationale.

Il estime que cela revient à dire à une victime d’un crime de « ne pas aller devant les tribunaux ».

Les Etats-Unis continuent à s’opposer aux appels Palestiniens à la CPI – mais les États-Unis se méfient généralement de la compétence de la CPI. (Washington ne fait pas partie du Statut de Rome qui définit les les règles de fonctionnement élémentaire de la Cour pénale internationale.)

Erekat a rejeté les affirmations de Netanyahu selon lesquelles le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas n’était pas un partenaire viable pour la paix.

« J’entends certains Israéliens dire que nous n’avons pas de partenaire. Nous devrons attendre pour créer une nouvelle atmosphère », déplore Erekat, faisant référence aux observations faites par Netanyahu ces derniers mois.

« Pour ces gens-là, si Mère Teresa était la présidente des Palestiniens, [Charles] Montesquieu, le président du parlement et [Thomas] Jefferson le Premier ministre, et s’ils [les Israéliens] devaient négocier avec eux deux États délimités par les limites de 1967, ils seraient quand même considérés comme des terroriste. »

Erekat a affirmé qu’Abbas a « reconnu le droit de l’État d’Israël à vivre en paix et en sécurité sur les frontières de 1967 ».

Le discours d’Erekat a été accueilli avec enthousiasme par la foule (3 000 personnes) présente à la conférence nationale de JStreet.

Sa phrase : « l’occupation corrompt. Nous devons nous tenir debout pour mettre fin à cette occupation » a été accueillie par une ovation.

« Je pense qu’il était très concentré et a mis des mots sur ce que beaucoup de gens ressentent. J’ai été impressionné par le niveau d’activisme et les voix ici », a déclaré Eric Yellin du Center for Emerging Futures, un participant à la conférence.

« Il était très direct et clair dans son message qui a été étonnamment bien accepté sur le besoin urgent de résoudre la réalité insupportable pour les Palestiniens, et de parler du point de vue des Palestiniens car ce sont les Palestiniens qui souffrent le plus et qui perdront si aucune solution n’est trouvé. »

Martin Indyk, émissaire du département d'Etat américain au Proche-Orient (Crédit: Miriam Alster/Flash90)

Martin Indyk, émissaire du département d’Etat américain au Proche-Orient (Crédit: Miriam Alster/Flash90)

Prenant la parole avant Erekat, l’ambassadeur Martin Indyk, le négociateur américain en chef des récents pourparlers de paix, a déclaré que tout accord final devait comporter la reconnaissance mutuelle d’ « Israël comme la patrie du peuple juif et la Palestine comme la patrie du peuple palestinien ».

Dans un accord définitif, a-t-il poursuivi, « les Palestiniens auront le droit de retour dans leur État de Palestine, mais n’auront pas le droit de retour dans l’Etat d’Israël ».

Exhortant les participants à la conférence JStreet à ne pas perdre espoir dans la possibilité d’une solution à deux Etats, Indyk a souligné que les paramètres d’un plan de paix sont déjà clairs, citant des échanges de territoire mutuellement convenus qui pourraient permettre à environ 80% des résidents des implantations de rester où ils vivent aujourd’hui.

« Le retrait dans des frontières sûres et reconnues permettront aux Israéliens d’être plus en sécurité qu’ils ne le sont aujourd’hui », a-t-il conclu.