La reprise des hostilités dans le sud du pays fait l’objet d’une très large couverture médiatique dans la presse israélienne ce jeudi matin.

Le Yedioth Ahronoth titrait dramatiquement « Sud rouge », et publiait une photographie kafkaïenne d’une mère tenant son bébé à l’allure d’un poussin sorti de sa coquille, réfugiés dans un abri alors que des salves de roquettes s’abattaient sur la localité.

Haaretz, de son côté, évoque davantage d’informations et reporte le nombre de 70 roquettes frappant le sud du pays (Yedioth avançait le chiffre de 48, tandis qu’Israël Hayom écrivait « plus de 60 »).

L’article en question note qu’il s’agit de la plus grande escalade de violence depuis l’opération Pilier de défense de 2012.

Le document se veut également contextuel et rapporte l’épisode qui a précédé l’agression des groupes terroristes gazaouis : l’assassinat mardi de trois vilains combattants du Jihad islamique qui s’apprêtaient à tirer des roquettes contre Israël, en représailles à la mort d’un Palestinien en Cisjordanie la veille.

Israël Hayom préférait se concentrer sur le dernier épisode en date de la série de violences, en rapportant les 29 cibles visées par l’Etat juif dans la bande de Gaza d’Israël, en guise de punition.

Si le Jihad islamique est bien derrière ces tirs de roquettes, précise l’aticle, le Hamas a également été frappé par les représailles militaires israéliennes. Le papier citait le ministre de la Défense, Moshé Yaalon : « Le Hamas est responsable de ce qui se passe dans la bande de Gaza et doit savoir que nous ne subirons pas de tirs de roquettes lancés contre nous ».

Selon l’auteur de l’article, Yoav Limor, ni Israël ni le Jihad islamique ne sont intéressés par une escalade de la violence avec Gaza.

« Difficile d’observer hier en Israël une quelconque excitation à s’aventurer dans la bande de Gaza … La situation à Gaza est bonne comparé au passé et la légitimité nationale et internationale pour justifier une action comme celle-ci serait limitée. Et plus encore, nous devons prendre en compte des limites objectives : d’une part, le mauvais temps complique le lancement d’une opération militaire de l’armée de l’air israélienne, et d’autre part, de nombreux évènements sont prévus pour la fête de Pourim et il est difficile de les annuler … Le Jihad islamique, frappé hier par la mort de trois activistes, ne semble pas non plus vouloir briser le statu quo. En dépit de ses avertissements à l’encontre d’Israël, il n’affiche pas de réelle volonté d’entrer dans un nouveau cycle de combats, au cours desquels il pourrait perdre d’importants éléments. »

Yedioth se concentre davantage sur l’impact des roquettes sur les habitants du sud, où les résidents ont été bercés d’illusion après plus d’une année d’accalmie. « J’étais assis chez moi quand tout à coup une sirène retentit, puis une autre et encore une autre, à cinq reprises, au minimum. J’ai pensé qu’il s’agissait d’une erreur avant d’entendre une énorme explosion qui a secoué ma maison », raconte un résident de Sderot à l’auteur de l’article.

L’escalade risque également de perturber la série d’événements prévue pour la fête de Pourim qui tombe dimanche même si les festivités débutent généralement quelques semaines plus tôt.

« Comment puis-je sortir dans la rue avec mon petit garçon s’il y a un risque qu’une sirène retentisse soudainement »,  affirme la mère de Sderot photographiée avec son bébé. « C’est effrayant, et malgré mon désir de célébrer Pourim, le jeu n’en vaut pas la chandelle. »

Selon Haaretz, malgré les durs propos prononcés par Yaalon à l’encontre du Hamas, les hauts responsables israéliens tentent toujours de déterminer dans quelle mesure le Hamas a effectivement pris part aux opérations dirigées contre l’Etat hébreu mais aussi quel sera le prix que ces derniers devront payer.

L’article présume également que la salve de missiles pourrait être une réponse à l’interception par Israël  du navire transportant des armes iraniennes à destination de Gaza.

Plusieurs roquettes ont été interceptées par les batteries anti-missiles du système de Dôme de fer, coqueluches de la défense israélienne. Les Etats-Unis se proposeraient de financer plusieurs nouvelles batteries, rapporte Haaretz, mais c’est sans compter sur la pénurie de soldats formés pour manipuler le système.

« L’Armée de l’air était censée achever le déploiement de la huitième batterie d’ici la fin de l’année. Mais en dépit des fortes demandes formulées par les soldats de l’armée israélienne pour être affectés à la gestion des batteries, l’armée israélienne n’a pas formé assez de recrues pour les faire fonctionner. Cela signifie que le déploiement de la huitième batterie pourrait être retardé de quelques mois, au début de l’année prochaine. L’armée israélienne avait prévu que ses réservistes fassent fonctionner ces batteries, mais cela pourrait occasionner davantage de retards car la formation de ces réservistes  occasionne des frais supplémentaires », déclare Haaretz.

Tout ce remue-ménage dans le sud a occulté la visite du Premier ministre britannique, David Cameron, traité avec la classe que les Israéliens manient avec une élégance certaine.

Assistant à une session parlementaire tenue en son honneur, il a finalement dû subir la harangue de certains de nos députés qui ont décidé de se chamailler en pleine session (heureusement, personne n’a fait de sorties tonitruantes pendant son discours, même si le Premier ministre Benjamin Netanyahu qui s’est exprimé à la tribune avant lui n’a pas eu pareille chance).

« David Cameron n’oubliera probablement pas cette session », écrit Sima Kadmon dans le Yedioth. « Pas parce qu’il n’avait jamais assisté à pareil spectacle.

Le Parlement britannique n’est pas exactement ce que l’on pourrait appeler un havre de paix. Mais là-bas, ils font preuve au moins d’une certaine sophistication, d’une certaine finesse, d’une certaine ironie.

Il ne s’agit pas simplement d’un « balagan» [cirque] comme Cameron l’a qualifié avec son fort accent britannique. Ses yeux disaient tout. Si quelqu’un a encore besoin d’une traduction, son regard disait ‘Mon Dieu, dans quel genre d’asile suis-je tombé ?’  »

Israël Hayom publiait une interview du ministre des Sciences Yaakov Peri, ancien chef du Shin Bet qui préside également le comité sur la libération des prisonniers palestiniens. Le journal citait le responsable israélien selon qui, la quatrième vague de libération prévue pour la fin du mois, pourrait ne pas se produire.

« Si Abbas refuse de poursuivre les négociations avec Israël pour une année supplémentaire, il y a une possibilité que la quatrième étape ne se produise pas », a-t-il déclaré au journaliste.

Dans les colonnes de Haaretz, Gideon Levy égratigne de sa plume acérée le chef d’état-major de l’armée israélienne Benny Gantz, qu’il accuse de diriger une armée d’assassins impitoyables : « Le décent et aimable Gantz commande l’armée qui a tué ces derniers mois avec une aisance insupportable. Goutte à goutte, à l’instar du supplice chinois de la goutte d’eau, l’armée – à Dieu ne plaise – n’a pas commis de massacres, mais pas une semaine ne s’est écoulée sans au moins un ou deux morts, parfois trois ou quatre. Ici et là, en Palestine – ici un enfant, là un juge… Seul Gantz peut mettre un terme à ce cycle. Et il ne le fait pas. Aucune enquête. Il va sans dire que personne n’est inculpé. Nous n’entendons pas de déclaration claire du chef d’état-major de cesser le feu « .