À première vue, la foire aux start-ups organisée dans le hall du bâtiment de la Banque Leumi à Tel Aviv ressemblait à toutes les autres, avec de jeunes entreprises désireuses de présenter leurs innovations prometteuses aux investisseurs de fonds privés et aux investisseurs privés en général.

Mais, en y regardant de plus près, quelque chose était différent.

Au lieu d’une salle pleine de jeunes entrepreneurs portant des T-shirts, des jeans et des baskets, il y avait des centaines d’hommes et de femmes ultra-orthodoxes vêtus d’habits sombres conservateurs et de chemises à boutons blancs, des kippas ou des chapeaux noirs recouvrant leurs têtes.

L’événement – organisé pour la deuxième année consécutive – est organisé par KamaTech, une organisation à but non lucratif et un accélérateur pour les entrepreneurs ultra-orthodoxes, qui vise à intégrer les hommes et les femmes Haredi dans l’industrie de la haute technologie en Israël.

Les entrepreneurs Haredi et laïcs assistant à un événement organisé par KamaTech (Crédit : Autorisation)

Les entrepreneurs Haredi et laïcs assistant à un événement organisé par KamaTech (Crédit : Autorisation)

Chaque année KamaTech étudie quelque 450 candidatures et choisit les huit meilleures idées et leurs entrepreneurs en devenir. Ils travaillent ensuite pendant un an pour développer la technologie liée à leur idée et les entreprises, établir des stratégies pour aller sur le marché et aider à cimenter des partenariats stratégiques avec des chefs d’entreprise.

Ils sont aidés dans leurs démarches par KamaTech et une cohorte de partenaires, y compris des entreprises comme Cisco, Google, Facebook et Microsoft, qui les aident à transformer leur idée en un produit.

« Cet événement annuel est le pic de notre activité, pour montrer ce qu’ils font », a expliqué Moshe Friedman, le co-fondateur de KamaTech, dans une interview. « La qualité des entreprises est meilleure cette fois-ci, avec des technologies plus matures et une meilleure orientation vers les entreprises ».

Moshe Friedman de KamaTech parle lors de l'événement 2017 du groupe à Tel Aviv (Crédit : Autorisation)

Moshe Friedman de KamaTech parle lors de l’événement 2017 du groupe à Tel Aviv (Crédit : Autorisation)

« Notre objectif est de construire et d’intégrer les Haredi dans l’industrie de la haute technologie », a déclaré Friedman. « La nation start-up est un miracle et nous voulons aussi que les Haredi de Bnei Brak, de Jérusalem et de Beit Shemesh en fassent partie ».

KamaTech a commencé avec seulement cinq entrepreneurs ultra-orthodoxes dans sa base de données en 2013 quand il a été fondé. Aujourd’hui, il y en a environ 500, et il espère que le nombre augmentera.

Les dirigeants ultra-orthodoxes insistent pour que leurs jeunes hommes servent la nation par la prière et l’étude pour préserver l’apprentissage et le patrimoine juifs. Ils considèrent que l’intégration dans l’armée laïque et dans la force de travail du pays nuira à leur mode de vie. En conséquence, les hommes ultra-orthodoxes évitent souvent de chercher un emploi et d’être recrutés dans l’armée et perçoivent des allocations pour étudier à plein temps.

Avec des taux de natalité élevés et des taux de chômage élevés, la communauté ultra-orthodoxe fait partie des groupes les plus pauvres d’Israël. Mais le gouvernement est désireux d’intégrer les ultra-orthodoxes dans le marché du travail et dans l’industrie de la haute technologie pour réduire la pauvreté et les inégalités et stimuler la croissance économique.

Un intervenant lors de la deuxième journée de l'événement 2017 de KamaTech (Crédit : Shoshanna Solomon / Times of Israel)

Un intervenant lors de la deuxième journée de l’événement 2017 de KamaTech (Crédit : Shoshanna Solomon / Times of Israel)

Selon les données de la Banque d’Israël, le taux d’emploi des hommes ultra-orthodoxes en Israël à la fin de l’année 2016 était légèrement inférieur à 50 %, un chiffre bien supérieur au chiffre de 2001 où il était à 40 %.

Mais ce chiffre est bien en deçà du taux d’emploi de plus de 80 % de la population en général. Les femmes ultra orthodoxes sont mieux intégrées, leur niveau d’emploi passant de moins de 50 % en 2001 à près de 70 %, ce qui est un chiffre au-dessus de la moyenne de l’OCDE qui est de 60 %.

La Banque d’Israël a mis en garde que les faibles taux d’emploi des hommes ultra-orthodoxes et des femmes arabes en particulier entravaient les perspectives de croissance à long terme du pays. Les Arabes représentent environ 20 % des 8 millions de citoyens d’Israël et les ultra-orthodoxes représentent environ 10 %. Les deux groupes font partie des segments de la société qui connaissent la croissance la plus rapide.

Il y a des percées. Le rapport sur l’état de la nation du Centre Taub pour 2016 indique qu’entre 2008-2014, le nombre d’Haredi inscrits dans des établissements d’enseignement universitaire a presque triplé, passant de 1 222 à 3 227. Quelque 1 600 femmes Haredi et 450 hommes Haredi ont obtenu leur diplôme universitaire en 2014, comparativement, seulement 650 femmes et 200 hommes avaient obtenus leur diplôme en 2012.

L’entrée de la communauté ultra-orthodoxe dans le secteur de la haute technologie « n’est pas anodine », a déclaré Yifat Oron, le PDG de LeumiTech, la filiale high-tech de Leumi Group. Elle a expliqué qu’Israël a atteint un « plafond de verre » en termes de recrutement de la main-d’oeuvre qualifiée dans l’industrie de la haute technologie et tirer parti de la communauté ultra-orthodoxe est considéré comme un moyen d’aller de l’avant.

Une société high-tech emploie des femmes ultra-orthodoxes à Modiin Illit, 2009 (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

Une société high-tech emploie des femmes ultra-orthodoxes à Modiin Illit, 2009 (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

L’industrie de la haute technologie israélienne, qui a été un moteur majeur de la croissance pour l’économie, est confrontée à une pénurie aiguë de travailleurs qualifiés, ce qui, selon certains experts, pourrait être résolu en employant les populations arabes et ultra-orthodoxes qui sont encore à l’écart de la bénédiction de la haute technologie.

« La haute technologie israélienne a besoin de la société Haredi pour continuer à croître », a déclaré Adi Soffer Teeni, la directrice général d’Israel Facebook, à l’événement KamaTech. La concurrence est en croissance sur la scène technologique et Israël est concurrencé par d’autres centres, en Europe par exemple, a-t-elle fait valoir.

« Pour préserver notre avantage, nous devons introduire des ressources humaines différentes et variées, qui innoveront dans l’industrie ».

Les sociétés sélectionnées par KamaTech obtiennent une subvention de 20 000 shekels – qu’elles n’ont pas à rembourser. Des start-ups qui se sont développées au sein de KamaTech, a déclaré Friedman, sept sur huit ont réussi à réunir en moyenne 1 million de dollars et emploient ensemble plus de 100 personnes.

Parmi les nouvelles start-ups présentées à l’événement 2017 Tel Aviv KamaTech, il y a Doctorpedia, un site Web qui permet aux patients qui cherchent des solutions d’interagir directement avec des spécialistes et des médecins par le biais de consultations en ligne, BotBuy, qui a développé un moteur de recherche qui met en relation les consommateurs avec ses sites Web commerciaux qui vendent des produits qui correspondent le mieux à leurs besoins.

Mais aussi Muzy, une start-up qui vise à démocratiser l’apprentissage musical. Puis, ShareRate, qui a développé une nouvelle approche de la gestion des risques sur le marché des prêts non garantis, Emerj, qui s’efforce d’aider les entreprises à conserver leurs employés issus de la génération du millénaire en proposant des opportunités de développement professionnel, et Triso, qui développe une plate-forme de pointe pour l’analyse et l’évaluation automatiques des images anatomiques.