La France devra « prendre ses responsabilités » si les négociations de paix au Proche-Orient n’aboutissent pas, a jugé samedi le quai d’Orsay alors que la chef de la diplomatie européenne a plaidé pour la reconnaissance d’un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale.

« La France est profondément attachée à la solution des deux Etats », a rappelé le ministre français des Affaires étrangères, interrogé par l’AFP sur la pression qui monte en France pour que l’exécutif socialiste reconnaisse l’Etat palestinien.

Il y aura « à un moment – c’est une évidence – reconnaissance de l’Etat palestinien par la France ». « La question, c’est quand et comment ? Car il faut que cette reconnaissance soit utile aux efforts pour sortir de l’impasse et contribuer à un règlement définitif du conflit », a-t-il souligné.

« Jusqu’à présent l’idée qui a prévalu, c’est que la reconnaissance devait être liée à la négociation. Mais si la négociation ne se produit pas, ou si elle n’aboutit pas, alors la France doit prendre ses responsabilités », a ajouté Laurent Fabius.

Un haut responsable français sous couvert d’anonymat souligne de son côté que « la reconnaissance, c’est un coup unique ». « Il faut l’utiliser plutôt dans un cadre européen », fait-il valoir.

Samedi, alors que le processus de paix, au point mort depuis 2000, semble au plus mal, la nouvelle chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a estimé qu’il fallait un Etat palestinien. Elle a affirmé qu’elle discuterait avec chacun des pays membres de l’Union européenne d’une possible reconnaissance.

« Il faut un Etat palestinien, c’est l’objectif, et cette position est partagée par toute l’Union européenne », a affirmé à la presse la responsable européenne, en jugeant que « le monde ne supportera pas une quatrième guerre » après les conflits de ces dernières années.

Seuls huit pays de l’Union européenne ont reconnu jusqu’à présent la Palestine, dont le dernier en date est la Suède. Le Parlement britannique a récemment aussi approuvé un texte.

En France, des documents non contraignants pour l’Etat ont commencé à circuler à l’Assemblée nationale et au Sénat pour pousser le président François Hollande à reconnaître l’Etat palestinien.

Porté par la présidente socialiste de la commission des Affaires étrangères, Elisabeth Guigou, un texte de résolution invitant le gouvernement à suivre cette démarche devrait être approuvé dans les jours prochains par le groupe socialiste majoritaire. Il pourrait faire l’objet d’une discussion et être soumis à l’approbation des députés dans leur ensemble dans les semaines suivantes.

Un vote est de son côté déjà prévu pour le 11 décembre au Sénat sur une proposition de résolution, à l’initiative de parlementaires communistes, demandant à la France de reconnaître l’Etat palestinien.