Seulement quelques heures après que l’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas ait entériné la prise de fonction d’un gouvernement soutenu par le groupe islamiste extrémiste Hamas, le Département d’Etat américain a légitimé l’accord, déclarant qu’il travaillerait avec le nouveau gouvernement car « il ne comprend pas de membres affiliés au Hamas ».

Le plus triste dans l’insistance de Washington à accepter le vernis, fin comme une feuille de papier, posé par Abbas sur la nouvelle nature du gouvernement, avec ses ministres « technocrates » tous approuvés par le Hamas, réside dans le fait qu’elle ne constitue que le dernier manquement en date de logique, de cohérence de l’administration Obama.

Tout cela se fait aux dépens d’Israël. Plutôt que de se précipiter à reconnaître un gouvernement palestinien dans lequel un Hamas pur et dur constitue l’un des éléments centraux, pourquoi les Etats-Unis n’ont-ils pas conditionné leur reconnaissance du gouvernement à une réforme du Hamas ?

Qu’est-ce qui a empêché Washington de déclarer qu’ils seraient contents de travailler avec le nouveau gouvernement d’Abbas, dès lors que les soutiens du Hamas reconnaîtraient Israël, accepteraient les précédents accords et renonceraient au terrorisme ? Ce n’est pas mettre la barre très haut.

Qu’est-ce qui empêchait les Etats-Unis d’exprimer une telle exigence aussi importante pour son allié Israël ? Seulement son incompréhensible réticence à le faire.

Malheureusement, de tels échecs et de telles erreurs ne sont pas des exceptions quand il s’agit de la longue alliance entre les Etats-Unis et Israël. Cette administration a travaillé en étroite collaboration avec Israël pour s’assurer que l’Etat juif maintienne son avantage militaire vital dans ce dangereux voisinage.

Cette administration a conclu un partenariat avec Israël pour des initiatives défensives et offensives, y compris notamment au sujet de missiles de défense. Elle s’est tenue aux côtés d’Israël dans des moments de vérité diplomatiques. Elle a largement montré son amitié, comme il était attendu, étant donné l’intérêt américain à promouvoir le bien-être de l’unique démocratie stable et fiable de la région.

Pourtant, la précipitation à reconnaître le gouvernement composé du Fatah et du Hamas n’était que la dernière aberration d’une longue série de morts et d’actes qu’il aurait mieux fallu ne pas dire ou ne pas faire. Elle s’inscrit dans une longue série de stratégies mal conçues et de petites trahisons.

Le nouveau gouvernement de consensus palestinien - 2 juin 2014 (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Le nouveau gouvernement de consensus palestinien – 2 juin 2014 (Crédit : Abbas Momani/AFP)

1. Oui, là où le Hamas est concerné, on pourrait penser qu’un allié ne légitimerait pas, en tant que membre d’un gouvernement palestinien, une organisation visant à la destruction d’Israël, une organisation qui refuse directement de changer cet objectif, une organisation qui a tué des centaines de victimes.

2. Revenant au commencement du dernier effort de paix qui a échoué, on pourrait penser qu’un allié écouterait les conseils d’experts pourvus de bonne volonté, avertissant qu’essayer de répéter les échecs du passé en croyant qu’il y aurait un résultat différent – dans ce cas de figure, deux parties fortes, hostiles pour obtenir un accord très sensible et complexe sur une courte période, correspond à la définition de la folie.

Plutôt que de fixer une limite de temps impossible de neuf mois pour négocier un accord permanent, où toutes les preuves raisonnables et les expériences du passé ont montré que cela conduisait à l’échec, il aurait été plus utile que les Etats-Unis et leurs alliés commencent à travailler de manière systématique en investissant du temps, de l’argent et de l’influence dans divers domaines comme l’éducation et les médias.

Ceci aurait permis d’établir un climat positif pour progresser. Faire la paix va demander un processus graduel, des changements par la racine. Il n’y a pas de solution miracle. N’importe quel partisan de la paix crédible sur le terrain a dit exactement cela aux Américains avant qu’ils ne se décident. En vain. Maintenant, nous devons tous nous préparer aux conséquences dangereuses d’un échec bien trop prévisible.

Faire la paix va demander un processus graduel, des changements par la racine. Il n’y a pas de solution miracle.

3. Tandis que nous évoquons des pistes pour établir un climat plus constructif, on pourrait penser qu’un allié utilise son poids et ses leviers dans la région pour travailler avec les partenaires régionaux afin de reloger les réfugiés palestiniens.

Il faudrait commencer à Gaza, où il n’y a pas de présence civile ou militaire d’Israéliens et où il n’y a aucune raison de maintenir artificiellement le pus de la blessure. C’est un travail humanitaire de premier ordre auquel aucune organisation ou individu sincèrement impliqué dans le bien-être des Palestiniens ne pourrait objecter. Cette démarche ne rencontrerait que l’opposition de ceux dont l’apparente sympathie pour la détresse palestinienne est dépassée par leur hostilité à l’égard d’Israël.

4. On pourrait penser qu’un allié aurait clairement exprimé aux Palestiniens que leur exigence, comme une précondition pour la reprise des négociations de paix, qu’Israël libère des terroristes qui ont tué bon nombre de ses citoyens était inacceptable et outrancière, surtout au début des négociations.

Peut-être que de telles libérations de prisonniers auraient pu avoir du sens pour conclure un processus réussi. Au contraire, le gel de l’expansion des implantations dans les zones qu’Israël n’envisage pas de garder sous son contrôle dans le cadre d’un accord permanent est du donnant-donnant, si l’on accepte de commencer le processus nécessaire qui consiste à expliquer clairement à Israël, à la région et à la communauté internationale les lignes rouges du territoire vital d’Israël. Mais les Américains ne l’ont pas exigé.

5. En phase d’élaboration, on pourrait penser qu’un allié voudrait distinguer les implantations isolées au cœur du territoire palestinien et dans le quartier juif de Jérusalem. En mettant toutes les « implantations » dans le même sac, et en critiquant sans relâche toutes les constructions, vous éloignez les Israéliens modérés qui veulent conserver les quartiers juifs de Jérusalem construits au-delà de la Ligne verte.

Des travailleurs palestiniens sur un site de construction à Gilo - Jérusalem-Est -12 août 2013 (Crédit : AFP/File Menahem Kahana)

Des travailleurs palestiniens sur un site de construction à Gilo – Jérusalem-Est -12 août 2013 (Crédit : AFP/File Menahem Kahana)

En outre, vous abandonnez la plupart des implantations de la Cisjordanie à cause d’un traité de paix viable. Le manque de subtilité et de nuance sur les questions des implantations complique les propres efforts américains pour progresser.

6. Piégé dans une impasse inévitable avec la date butoir des neufs mois approchant à grande vitesse, on pourrait penser qu’un président allié éviterait de donner un entretien à un média américain essentiellement pour accuser le Premier ministre de mener Israël au désastre au moment même où le dit Premier ministre était en chemin pour une rencontre à la Maison Blanche.

Premièrement, ces commentaires publics cinglants sont très peu enclins à renforcer la confiance du Premier ministre sur la solidarité et les jugements du président. Cela contribue à saper les efforts visant à établir de la confiance. Et c’est aussi absolument grossier.

7. Quand tout commence à aller mal, on pourrait penser qu’un allié respecterait ses propres règles de ne pas laisser fuiter le contenu des négociations. Le Secrétaire d’Etat John Jerry a incité à plusieurs reprises les deux parties à garder le contenu de leurs négociations confidentielles.

Martin Indyk, émissaire du département d'Etat américain au Proche-Orient (Crédit: Miriam Alster/Flash90)

Martin Indyk, émissaire du Département d’Etat américain au Proche-Orient (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

On a pourtant dit que c’est son propre envoyé spécial, Martin Indyk, qui a donné un compte-rendu détaillé au journaliste israélien Nahum Barnea, un éditorialiste respecté, mais qui apprécie très peu Netanyahu.

Le journaliste a rédigé un article qui mettait sans surprise la responsabilité de l’échec du processus de paix sur Netanyahu, en formulant des critiques injustifiées et fausses.

8. On pourrait croire qu’un allié aurait eu le courage de reconnaître sa mauvaise influence dans les frictions et dans les incompréhensions qui ont condamné les négociations à la fin mars.

« Les prisonniers n’ont pas été libérés par Israël le jour où ils devaient l’être, puis un autre jour a passé, et encore un autre. Ensuite, 700 unités ont été approuvées à Jérusalem, » a déclaré Kerry au Comité du Sénat des relations internationales au début avril pour expliquer la situation d’impasse.

En réalité, « les prisonniers n’ont pas été libérés le jour où ils devaient l’être » parce qu’Israël s’est opposé à la libération d’Israéliens arabes condamnés, dont le sort n’a raisonnablement rien à voir avec les affaires de l’Autorité palestinienne.

La question est seulement devenue problématique parce que Kerry a fait croire, à tort, aux Palestiniens qu’Israël était prêt à les libérer. Par ailleurs, l’annonce de renouveler un ancien appel d’offres pour construire 700 maisons à Gilo n’était pas un facteur critique pour l’échec des négociations.

9. Quelle que soit la frustration et la position défensive de Kerry, on pourrait penser qu’un ami d’Israël saurait mieux faire que de lancer le terme toxique d’ »apartheid » dans le débat public sur l’avenir d’Israël.

La démocratie israélienne accorde des droits égaux aux 25 % de la minorité non juive du pays. Ils disposent d’une liberté religieuse, de droits de rassemblement et d’une liberté de la presse. L’arabe est une langue officielle dans ce pays. Un juge arabe israélien a envoyé notre président en prison. Ce n’est qu’une partie de l’histoire, bien sûr. Diriger un autre peuple est toujours très délicat.

La démocratie israélienne accorde des droits égaux aux 25 % de la minorité non juive du pays. Ils disposent d’une liberté religieuse, de droits de rassemblement et d’une liberté de la presse. L’arabe est une langue officielle dans ce pays. Un juge arabe israélien a envoyé notre président en prison.

Si nous ne pouvons nous séparer des Palestiniens, si nous annexons la Cisjordanie, un danger plus grave nous attend.

Avertir Israël en privé des menaces posées à l’encontre de notre démocratie reflète le devoir d’un ami préoccupé.

Pourtant, évoquer publiquement le terme si chargé de sens
d’ « apartheid » en critiquant Israël est véritablement un coup bas.

10. En outre, on pourrait penser qu’un allié garderait un silence empathique plutôt que de déclarer à plusieurs reprises au monde entier qu’Israël a frappé des cargaisons d’armes en Syrie à destination du Hezbollah. Cela à un moment où Israël essayait délibérément d’éviter d’avoir à reconnaître sa responsabilité pour de telles actions. Israël était alors préoccupé que le président Bachar Assad l’incite à effectuer une contre-attaque.

11. Dans le sud, on pourrait penser qu’un allié éviterait de soutenir des extrémistes islamistes (quelle logique ici ?) lorsqu’ils arrivent au pouvoir dans un Etat voisin. Le fait que le traité de paix entre Israël et l’Egypte ait survécu à la courte période d’anarchie des Frères musulmans au Caire est essentiel. C’est un succès insuffisamment apprécié.

Tout cela malgré la reconnaissance stupide de Washington du gouvernement de courte durée de Morsi.

12. Enfin, on pourrait penser qu’un puissant allié insisterait qu’un Etat qui appelle, et travaille, à la destruction d’Israël se verrait refuser la capacité d’atteindre son objectif.

Il n’y a aucune raison de permettre à Téhéran d’avoir des capacités d’enrichissement de l’uranium. L’Iran a menti à la communauté internationale sur son programme nucléaire. Il a construit des installations secrètes pour avancer vers la bombe atomique. L’Iran n’avait aucun « droit » à l’enrichissement.

Il peut recevoir du carburant nucléaire, de plus d’une dizaine de nations dans le monde, de puissances nucléaires légitimes pour son programme nucléaire soi disant pacifique.

L’objectif de la politique américaine à ce sujet ne devrait être simplement de refuser à l’Iran d’avoir des armes nucléaires, mais devrait empêcher l’Iran d’avoir la capacité de construire des armes nucléaires. Nous pouvons être sûr que l’Iran profitera de toute relâche à son égard.

Cela représenterait une menace conséquente pour Israël et d’autres Etats de la région. Le curieux manque de volonté de l’administration Obama d’utiliser ses leviers économiques pour obtenir un accord de démantèlement du programme nucléaire iranien laisse Israël face à un vrai danger.

Cela sape la sécurité d’autres alliés américains dans la région et il y a un risque de voir éclater une course à l’armement nucléaire au Moyen-Orient. Autrement dit, tout le contraire de la vision chérie par le président d’un possible désarmement nucléaire.

On pourrait penser que la liste ici présentée est le minimum qu’Israël pourrait raisonnablement attendre de l’administration américaine. Mais non.

Le processus de paix a échoué et Israël est critiqué de manière disproportionnée. Le Hamas, engagé selon sa propre chartre à la destruction d’Israël, fait maintenant partie d’un gouvernement reconnu internationalement.

Les nations du P5+1, dirigées par les Etats-Unis, travaillent dur pour trouver un accord qui empêcherait l’Iran d’avoir des capacités d’enrichissement d’uranium.

Israël n’est peut-être pas un allié parfait, mais nous méritons mieux que cela.