Étude d’un projet de loi pour que les territoires kurdes ne soient plus considérés comme territoires ennemis
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Étude d’un projet de loi pour que les territoires kurdes ne soient plus considérés comme territoires ennemis

Alors que les députés de la Knesset déclarent leur soutien au Kurdistan, l’un d’entre eux cherche à faciliter les contacts entre Kurdes et Israéliens

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Un drapeau kurde en compagnie du drapeau israélien, lors d’une manifestation devant les bureaux de l’ONU à Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan. (AFP Photo/Safin Hamed)
Un drapeau kurde en compagnie du drapeau israélien, lors d’une manifestation devant les bureaux de l’ONU à Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan. (AFP Photo/Safin Hamed)

Un projet de loi présenté à la Knesset et qui devrait être voté dans les prochaines semaines propose que les zones contrôlées par le peuple kurde au Moyen-Orient soient exclues de la liste des pays ennemis dans lesquels les Israéliens ont interdiction de voyager ou de faire affaire.

Ksenia Svetlova, député de l’Union sioniste, a dévoilé son projet de loi mercredi lors d’une rare conférence de la Knesset sur les relations entre Israël et le peuple kurde.

Selon elle, le but du projet de loi est de faciliter l’accès au territoire contrôlé par les Kurdes pour « les Israéliens qui veulent être là à des fins académiques ou commerciales, ou qui souhaitent visiter les tombes de leurs proches ».

Des dizaines de milliers de familles juives ont été contraintes d’immigrer en Israël depuis l’Irak peu après la naissance de l’État d’Israël en 1948. Aujourd’hui, on compte près de 200 000 Juifs kurdes en Israël, dont la moitié réside à Jérusalem.

Ksenia Svetlova de l’Union sioniste durant la présentation des nouveaux députés le 29 mars 2015. (Miriam Alster/Flash90)

Le projet de loi, dont une copie a été remise au Times of Israel, ne fait aucune distinction explicite entre les régions contrôlées par les Kurdes en Irak – connues sous le nom de Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) – où les Israéliens peuvent voyager en toute sécurité, et les zones kurdes du nord de la Syrie et en Iran.

Le flou est intentionnel, a expliqué l’auteur du projet de loi au Times of Israel. Si le projet se réfère en effet actuellement qu’au seul Kurdistan irakien, cela pourrait évoluer à l’avenir.

Svetlova, qui dirige le groupe pro-kurde de la Knesset, a donné une estimation prudente concernant les chances de promulgation du projet.

« Je ne dis pas à 100 % que ça ne passera pas », a-t-elle confié, ajoutant qu’elle savait que de nombreux ministres du gouvernement étaient « favorables » à son initiative.

« Mais même si la loi ne passera pas cette fois-ci, l’initiative nous aidera à mettre sur la table une question très importante : qu’est-ce que le Kurdistan irakien ? Pouvons-nous continuer à le traiter comme [le reste] de l’Irak ? »

« Il est important que les citoyens israéliens qui souhaitent se rendre au Kurdistan puissent le faire et ne soient pas interrogés par diverses agences de sécurité à leur retour – ce qui arrive malheureusement actuellement », ajoute Svetlova.

« Nous sommes heureux d’être un second Israël »

Des députés de la coalition au pouvoir comme de l’opposition ont participé à la conférence de mercredi sur les relations kurdo-israéliennes. Ils ont ainsi exprimé leur profond soutien au peuple kurde et son droit à l’auto-détermination.

Des militants pro-kurdes d’Israël, d’Europe et d’Irak ont ​​également participé à la conférence.

En septembre dernier, la majorité des électeurs du GRK ont soutenu l’indépendance lors d’un référendum, mais Bagdad et tous les États de la région – sauf Israël – ont fait connaître leur opposition et ont, pour le moment, bloqué tout espoir kurde d’établir un État dans le nord de l’Irak.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait fait pression sur les dirigeants internationaux pour qu’ils soutiennent le référendum kurde.

Ksenia Svetlova avec le leader de l’opposition Isaac Herzog lors d’une conférence à la Knesset sur les relations israélo-kurdes, le 29 novembre 2017. (Dov Lieber / Times of Israel)

Le vice-ministre de la Défense, Eli Ben-Dahan, a exprimé un sentiment partagé parmi les députés présents lors de la conférence. Selon lui, si Israël se trouve « limité » dans ce qu’il peut faire pour les Kurdes en raison de la politique régionale, « la société civile israélienne peut apporter beaucoup à la population kurde ».

« Il y a un énorme fossé sur quasiment tous les domaines » entre l’opposition et la coalition, a déclaré l’ancienne ministre Tzipi Livni, « mais quand il s’agit du peuple kurde, nous avons tous la même opinion ».

« Je suis d’accord », a renchéri Ben-Dahan.

Le vice-ministre de la Défense Eli Ben-Dahan. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Nous devons faire tout notre possible pour aider nos frères du Kurdistan irakien », a déclaré Nurit Koren, députée du Likud.

Svetlova a suggéré qu’Israël fournisse aux Kurdes une technologie agricole qui les aiderait à se débarrasser du soutien économique nécessaire de la Turquie, qui s’oppose à l’indépendance kurde.

Michael Oren, vice-ministre en charge de la diplomatie publique, a qualifié de « grande injustice » le fait que les Kurdes, qu’il qualifie de « musulmans modérés, pro-occidentaux, dignes de la liberté », ne reçoivent pas le même soutien international que les Palestiniens dans leur lutte pour un État indépendant, alors qu’ils sont bien plus nombreux que ces derniers.

Des Kurdes irakiens brandissant des drapeaux israélien et kurdes durant une manifestation pour le vote d’indépendance, le 16 septembre 2017. (AFP/Safin Hamed)

Environ quatre à cinq millions de Palestiniens vivent entre Gaza et la Cisjordanie, tandis que les Kurdes sont environ 35 millions à vivre entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran.

Les Kurdes irakiens ont exprimé publiquement et à plusieurs reprises leurs remerciements aux Israéliens pour ce soutien, agitant régulièrement le drapeau de l’État juif lors de rassemblements pour l’indépendance, incitant le Parlement irakien à criminaliser l’usage de ce drapeau.

Certains opposants au référendum kurde, y compris les dirigeants turcs et iraniens, ont prétendu que l’élection n’était qu’un stratagème d’Israël pour diviser les États arabes.

Kahraman Evsen, président de la Société européenne kurde qui est intervenu à la Knesset ce mercredi soir, a déclaré ne pas craindre les critiques concernant les liens des Kurdes avec Israël.

« C’est une idée commune pour les gens du Kurdistan de dire : « OK, vous nous reprochez d’être un deuxième Israël », mais c’est exactement ce que nous voulons ! Car Israël est une démocratie, Israël est un pays qui se base sur la primauté du droit qui protège les minorités, Israël accepte tout le monde, a-t-il déclaré. Les gens nous critiquent car nous sommes un second Israël, mais cela nous rend heureux. »

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