Les Britanniques et les Néerlandais ont commencé jeudi à voter, donnant le coup d’envoi d’élections européennes qui s’annoncent marquées par la montée des partis europhobes et populistes ainsi qu’une forte abstention.

Etalées sur quatre jours dans les 28 pays de l’Union européenne, ces élections destinées à désigner pour cinq ans les 751 députés du Parlement européen pourraient voir les partis anti-UE réaliser des scores historiques dans plusieurs pays-clés.

C’est le cas aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, où les bureaux de vote ont ouvert respectivement à 05h30 et 06h00.

Les résultats officiels seront connus en même temps dans tous les pays membres, une fois fermés les bureaux de vote italiens dimanche à 21h00, mais des sondages sortie des urnes seront publiés aux
Pays-Bas dès jeudi soir.

Dans le bureau de vote de la gare de La Haye, Marja Bijleveld, une fonctionnaire de 64 ans, a été la première à voter.

« Si vous êtes contre l’Europe, c’est que vous ne disposez pas des bonnes informations », a commenté auprès de l’AFP cette électrice, alors que le Parti pour la Liberté (PVV) du député anti-islam et eurosceptique Geert Wilders fait la course en tête dans les sondages aux Pays-Bas.

Côté britannique, le parti anti-immigration et europhobe Ukip de Nigel Farage est donné en vainqueur par les tout derniers sondages, devant l’opposition travailliste, tandis que les conservateurs au pouvoir sont relégués en troisième position.

Dans un pays en proie à un regain d’euroscepticisme, le « Parti de l’indépendance du Royaume-Uni », qui détient neuf sièges de députés européens, pourrait en gagner plus d’une dizaine supplémentaires, selon des prévisions d’analystes.

Appelés à choisir leurs 73 députés européens, les Britanniques votent également jeudi pour des scrutins locaux, qui feront aussi l’objet d’une attention particulière, à un an d’élections générales.

Si l’Ukip n’a pour l’instant aucun député à la Chambre des communes, ce parti anti-establishment représente un réel danger pour le Premier ministre David Cameron, dont il grignote l’électorat.

Accentuant de ce fait la pression eurosceptique sur M. Cameron, qui s’est engagé à organiser un référendum sur l’appartenance de son pays à l’UE d’ici la fin 2017 s’il était réélu.

Outre les conservateurs, qui risquent de perdre des sièges au Parlement européen, ces élections pourraient aussi se solder par une lourde défaite de leurs partenaires europhiles libéraux-démocrates, selon les experts de la London School of Economics (LSE).

Simon Hix, politologue à la LSE, estime que ce scrutin « est susceptible de constituer un tournant dans le sens où l’Ukip pourrait remporter des sièges dans toutes les régions du pays, et être le seul parti à le faire. »

Nigel Farage, qui s’efforce tant bien que mal de démentir les accusations de racisme portées à l’encontre de son parti, a exclu de faire alliance au sein d’un groupe parlementaire avec le Front national de la Française Marine Le Pen qu’il dénonce comme un parti « antisémite ».

A la différence du PVV néerlandais, qui s’est allié au Front national, et espère convaincre le Britannique de les rejoindre.

Face aux libéraux du Premier ministre Mark Rutte et des centristes de D66, le parti de Geerts Wilders, qui veut détruire de l’intérieur « le monstre de Bruxelles », doit cependant pour s’imposer mobiliser les électeurs.

Car le scrutin est loin de déchaîner les passions dans un pays qui n’envoie que 26 élus au Parlement européen.

Or selon l’institut de sondage Maurice de Hond, les électeurs traditionnels du PVV sont les moins enclins à se rendre aux urnes. Ce qui a poussé Geert Wilders à mener sa campagne tambour battant, même s’il ne se présente pas lui-même aux élections.

Le PVV reste toutefois isolé aux Pays-Bas, la plupart des autres partis et électeurs étant sensibles au fait que les Pays-Bas ne peuvent se passer de bons liens commerciaux avec leurs voisins.

Selon le sondage de Maurice de Hond, seuls 21 % des électeurs néerlandais veulent une sortie de l’UE. Mais ils sont toutefois globalement favorables à une réforme du rôle de l’Union après plusieurs années de coupes budgétaires imposées par Bruxelles.

Aucun résultat ne peut être officiellement diffusé avant la fin du scrutin dans l’UE, dimanche à 21H00, mais des sondages sortie des urnes seront publiés aux Pays-Bas dès jeudi soir.