Les Européens votaient dimanche pour élire le prochain Parlement européen lors d’un scrutin où une poussée des extrêmes était attendue après des années de crise et d’austérité, et cette poussée semblait confirmée par les premiers sondages sortie des urnes en Grèce, en Allemagne et en Autriche.

Les citoyens de 21 pays de l’UE étaient appelés aux urnes dimanche pour désigner près de 600 eurodéputés sur un total de 751. Les élections avaient commencé jeudi par le Royaume-Uni et les Pays-Bas, avant cinq autre pays vendredi et samedi.

Selon des sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote en Allemagne, le parti anti-euro AFD, créé au printemps 2013, réaliserait un score de 6,5 % qui lui permettrait de faire son entrée au parlement européen.

Mais les conservateurs de la CDU/CSU restent largement en tête, crédités de 36 % des voix, devant les sociaux démocrates qui amélioreraient leur score à 27,5 % (contre 20,8 % en 2009).

Avec 96 sièges, l’Allemagne envoie le premier contingent d’élus au Parlement européen.

En Grèce, pays très durement touché par l’austérité, le parti de la gauche radicale Syriza d’Alexis Tsipras semblait arriver en tête, légèrement en avance sur la Nouvelle-Démocratie (droite, au pouvoir). Le parti néonazi Aube dorée espérait également avoir des élus et obtiendrait entre 8 et 10 % des voix .

En Autriche, le parti d’extrême droite FPÖ progresserait nettement et arriverait en troisième position, avec 19,9% des suffrages, en hausse de plus de cinq points par rapport à 2009, derrière les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates au pouvoir.

Ce parti espère constituer un groupe notamment avec le Front national, qui faisait la course en tête en France selon les derniers sondages. Le FN a accusé dimanche le gouvernement de vouloir « empêcher sa victoire » et dénoncé des « dysfonctionnements » pour « truquer » le vote des Français.

L’Ukip europhobe britannique semble elle aussi en passe de réaliser un score historique, si l’on en juge par ses résultats aux élections locales qui se déroulaient également jeudi.

Si le parti anti-islam PVV a subi un échec aux Pays-Bas, en n’obtenant que 12 % des voix contre près de 18 % il y a cinq ans, la défiance vis-à-vis de l’Europe pourrait aussi s’exprimer à travers le populiste Beppe Grillo en Italie.

« Indignée »

L’euroscepticisme ambiant va être « renforcé par le vote contestataire contre les partis de gouvernement », souligne Jean-Dominique Giuliani, le président de la Fondation Robert Schuman.

« Tout va mal, je vote pour tenter d’en finir avec les deux grands partis (conservateur et socialiste) et surtout contre la corruption en Espagne, je suis indignée », déclarait ainsi dans un bureau de vote madrilène Cristina Perez, 36 ans.

L’Espagne et le Portugal, fortement marqués par la crise, semblaient toutefois maintenir globalement leur vote, sinon leur confiance, aux partis traditionnels.

Autre surprise: la participation, annoncée depuis des semaines en baisse, était en progression dimanche dans plusieurs grands pays, notamment la France et l’Allemagne.

En France (74 élus), elle était de 35,07 % à 15H00 GMT contre 33,18 % en 2009 à la même heure. En Allemagne, à 12H00 GMT, elle atteignait 25,6%, soit un bond de plus de cinq points. Le taux n’était qu’en légère baisse en Espagne et en Italie.

Au total, les forces anti-européennes pourraient décrocher une centaine de sièges. Pas assez pour bloquer la construction européenne, mais suffisamment pour donner de la voix et bousculer les partis traditionnels.

« Grosse pagaille »

Cela « ne va pas changer la façon dont le Parlement travaille », mais il y aura des conséquences « sur les scènes politiques nationales et la façon dont les dirigeants nationaux agiront au sein de l’UE » estime Jan Techau, directeur du groupe de réflexion Carnegie Europe.

Les trois groupes centraux du prochain Parlement devraient encore peser environ 60 % des sièges, contre plus de 70 % dans le Parlement sortant.

Une autre bataille se profile déjà entre eux pour la présidence de la Commission européenne.

Pour tenter de motiver les électeurs, les principaux partis ont présenté des candidats à cette présidence, qui devra être approuvée par le Parlement européen. Sur le bâtiment de la Commission à Bruxelles, une grande bannière proclame: « Cette fois, c’est différent, votre vote compte ».

Mais plusieurs dirigeants, à commencer par l’allemande Angela Merkel et le britannique David Cameron, refusent cette logique parlementaire et d’adouber par avance les postulants, que ce soit le chrétien-démocrate Jean-Claude Juncker, le social-démocrate Martin Schulz ou le centriste Guy Verhofstadt.

Un Parlement plus fragmenté que jamais inciterait les chefs d’Etat et de gouvernement à tenter de trouver une autre personnalité acceptable par les députés. Ils se réuniront dès mardi soir à Bruxelles.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a rappelé que le candidat devra disposer, certes « d’une majorité au Parlement européen », mais aussi d’une « large majorité au Conseil » et prévenu que les négociations allaient durer « des semaines ».

A l’issue du scrutin européen, a insisté une source européenne, « il n’y aura pas de fumée blanche » sur la future Commission.

Aucun résultat ne pourra être officiellement révélé avant la fermeture des derniers bureaux de vote en Italie à 21H00 GMT. Le Parlement européen doit diffuser vers 20H00 GMT une première projection basée sur des sondages sortie des urnes.

Le scrutin se déroule le même jour que l’élection présidentielle en Ukraine, en proie à une insurrection pro-russe dans l’Est du pays contre le gouvernement pro-européen.

Et au lendemain de la fusillade meurtrière dans le musée juif de Belgique, à Bruxelles, qualifiée par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, « d’attaque contre les valeurs mêmes de l’Europe ».