Le Front national (extrême droite) a provoqué dimanche un véritable séisme en France en arrivant en tête du scrutin européen, avec un score historique de 25 % selon les estimations, devant l’opposition de droite UMP (20 %), alors que les socialistes au pouvoir subissent une nouvelle déroute avec moins de 15 %.

Le Front national quadruple son score de 2009, distançant nettement l’UMP (20 à 21 %), selon les estimations concordantes de cinq instituts de sondages. En troisième position, le PS n’obtiendrait que 14 à 15% des voix.

Le vice-président du FN Florian Philippot s’est félicité d’un « score historique » pour son parti, le qualifiant de « premier parti de France ».

Le FN de Marine Le Pen a bénéficié de l’impopularité record du pouvoir socialiste et de la division de l’opposition de droite, dans un type de scrutin qualifié d' »élection-défouloir » par les politologues.

Mais il traduit aussi la montée de l’euroscepticisme chez les Français, de plus en plus méfiants à l’égard de l’Europe, neuf ans après avoir dit « non » au traité constitutionnel européen.

Près de 46 millions d’électeurs étaient appelés à désigner les 74 députés français au Parlement européen, qui compte au total 751 membres, mais le scrutin, après une campagne fantomatique, a été marqué par une forte abstention, autour de 58 %.

En 2009, alors que le conservateur Nicolas Sarkozy était président, son parti UMP était arrivé très largement en tête du scrutin européen avec 27,8 %, loin devant le parti socialiste (16,48 %) et les écologistes qui avaient fait une poussée remarquée (16,28 %).

Le Front national n’avait obtenu que 6,3% des voix, derrière les centristes du Modem (8,4 %) et tout juste devant le Front de gauche
(6 %).

Position de force pour 2017

Avec ce succès inédit, Marine Le Pen prend date pour la présidentielle de 2017, d’autant plus que l’opposition de droite UMP est en proie à d’importantes difficultés, incapable de parler d’une seule voix sur l’Europe, mais surtout en proie à un scandale de conventions fictives, facturées à prix d’or: une réunion de son bureau politique mardi matin pourrait voir la chute de son patron Jean-François Copé.

Celui-ci a jugé dimanche soir que l’arrivée du FN en tête était « l’expression d’une gigantesque colère (…) contre la politique conduite dans notre pays par le président (François) Hollande ».

Fort de son succès, le FN a appelé à une dissolution de l’Assemblée nationale. Sur le plan européen, il souhaite former une coalition populiste avec les Autrichiens du FPÖ, les Belges du Vlaams Belang et les Néerlandais de Geert Wilders

Mme Le Pen, 45 ans, qui a porté le Front National à un niveau record à l’élection présidentielle de 2012 (17,90%), a appris la politique à la source, auprès du chef historique de l’extrême droite française, son père Jean-Marie Le Pen, coutumier de déclarations racistes ou antisémites.

La conquête de onze mairies lors d’élections municipales en mars avait marqué un succès dans la stratégie de dédiabolisation de ce parti d’extrême droite, alors que la France subit toujours d’importantes difficultés économiques, se traduisant notamment par un chiffre record du chômage (plus de 3,3 millions de personnes) et une très faible croissance.

A gauche, la nouvelle déroute des socialistes, après celle déjà subie aux municipales de mars, compliquera sérieusement la tâche du président Hollande, toujours aussi impopulaire – 82 % de Français se disent mécontents de son action – malgré un changement de Premier ministre le mois dernier avec la nomination de Manuel Valls.

Elle pourrait aussi attiser les dissensions au sein du PS, dont l’aile gauche conteste de plus en plus ouvertement la ligne sociale-démocrate assumée par M. Hollande et son chef de gouvernement Manuel Valls.

« Il y a une alerte qui est envoyée, qui pour la France dans l’Europe est un signal qui affaiblira sa position », a commenté le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll.

La ministre de l’Ecologie et de l’Energie Ségolène Royal, ex-compagne de François Hollande, a estimé que le résultat du FN constituait un « choc à l’échelle du monde ».

Les écologistes, qui ont quitté le gouvernement, ne récoltent qu’environ 10% des voix, bien loin de leur score de 2009 (16,28 %), ainsi que les centristes.

Les résultats officiels ne seront publiés qu’à 21H00 GMT, heure de clôture du scrutin en Italie, dernier pays à fermer ses bureaux.