Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pourrait bien admirer Winston Churchil, mais les deux dirigeants sont des exacts opposés, déclare Ephraim Halevy, l’ancien chef du Mossad.

Si Netanyahu devait gagner les élections à venir et continuer ses politiques actuelles envers les Palestiniens, une troisième Intifada est inévitable, indique Halevy.

Dans un entretien cinglant, il a également accusé le Premier ministre de propager la peur au lieu de l’espoir, déplorant les mentions constantes de l’Holocauste par Netanyahu et regrettant ses comparaisons des Juifs d’aujourd’hui en France avec les Juifs espagnols avant l’Inquisition.

Halevy a été à la tête du Mossad de 1998 à 2002, nommé à ce poste par Netanyahu.

Un an avant de prendre ce poste, il a joué un rôle central, comme envoyé spécial de Netanyahu, en sauvegardant les relations d’Israël avec la Jordanie après une opération ratée du Mossad qui visait à assassiner le chef du Hamas Khaled Meshaal en plein jour dans les rues d’Amman.

« Le Premier ministre voit le Premier ministre britannique en temps de guerre [Churchill] comme son modèle, il présente ostensiblement une photographie du chef britannique dans son bureau, a déclaré Halevy à la revue Fathom dans un récent entretien qui était publié en intégralité mardi soir. Mais en vérité, il est l’antithèse absolue de Churchill ; tandis que Churchil projetait de la puissance, de la confiance, de la stratégie et une croyance absolue dans la victoire finale britannique, Netanyahu mentionne tout le temps l’Holocauste, l’Inquisition espagnole, la terreur, l’antisémitisme, l’isolement et le désespoir et fait fréquemment allusion à la « menace existentielle ».

Le président américain à l’époque de la guerre, Franklin Roosevelt, disait qu’il n’y avait rien à craindre si ce n’est la peur, ajoute Halevy. « J’ai peur de la ‘peur’ que le Premier ministre d’Israël propage. »

Halevy est né à Londres avant le début de la Seconde Guerre mondiale. « J’ai une mémoire précise de cette époque, explique-t-il, en ajoutant qu’il se souvient avoir écouté Churchill à la radio. A aucun moment, même au plus fort du Blitz, Churchill n’a déclaré qu’il y avait un danger mortel pour l’existence de la Grande-Bretagne. »

Au contraire, Churchill avait dit que même si les Allemands débarquaient en Grande-Bretagne, le pays continuerait à combattre et finalement triompherait, a poursuivi Halevy.

« Et cela a conservé le moral de la population britannique. Vous ne dites pas à vos propres citoyens qu’il y a une menace existentielle », se référant aux sévères avertissements de Netanyahu au sujet du programme nucléaire iranien.

« Vous leur dites qu’il y a une menace, peut-être une menace des plus graves, mais que nous sommes en mesure d’y répondre. Nous avons beaucoup de moyens à notre disposition, dont certains sont bien connus, et d’autres moins connus. Nous ne sommes pas des cibles faciles en attente de notre destruction un beau matin. »

Netanyahu commet une « terrible erreur » en définissant les ambitions nucléaires de l’Iran comme une question de vie ou de mort, explique Halevy, « parce que je ne crois pas qu’il y ait une menace existentielle pour Israël. Je pense que les Iraniens peuvent nous causer beaucoup de nuisances s’ils réussissent d’une façon ou d’une autre à lancer un engin nucléaire qui atteindrait effectivement le sol israélien. Mais en soi, cela ne mènerait pas l’Etat d’Israël à sa fin. »

Parler du programme nucléaire de l’Iran en  termes existentiels envoie aux Iraniens le message que les Israéliens croient que Téhéran a effectivement le pouvoir de détruire l’Etat juif, explique Halevy, qui a passé la plus grande partie d sa carrière dans le Mossad, mais a aussi servi comme ambassadeur d’Israël à l’UE et a été le conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre Ariel Sharon.

« Cela revient presque à les inviter à le faire, parce qu’ils vont se dire : ‘Si les Israéliens eux-mêmes croient qu’ils sont vulnérables et peuvent être détruits alors c’est une base suffisante pour le faire’».

Halevy a affirmé que l’approche de la vie de Netanyahu était influencée par son défunt père, Benzion Netanyahu, un historien de l’Inquisition espagnole qui a écrit sur Don Yitzhak Abrabanel, un érudit juif qui a été ministre à la cour du roi Ferdinand d’Aragon et de la reine Isabelle de Castille.

« Il a été dit qu'[Abrabanel] avait omis d’avertir les Juifs de leur sort imminent et qu’il s’était montré incapable de contrecarrer l’inquisition ultime et l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492. Le Premier ministre a dit aux Juifs français,à Paris [lors de sa visite le mois dernier], qu’ils sont aujourd’hui dans une situation parallèle à la situation des Juifs espagnols à la veille de l’Inquisition, et qu’ils devraient être conscients de ce à quoi ils sont confrontés. Je pense que cela revient vraiment à prêcher le désespoir comme motif d’alyah en Israël et que c’est odieux. »

S’adressant au redacteur en chef de Fathom, Alan Johnson, l’ancien maître espion a également critiqué la politique du gouvernement actuel vis-à-vis des Palestiniens, se référant en particulier aux partis Likud de Netanyahu et la liste nationaliste HaBayit HaYehudi du ministre de l’Economie Naftali Bennett.

Economics and Trade Minister Naftali Bennett with Prime Minister Benjamin Netanyahu in the Knesset plenum, April 22, 2013 (photo credit: Miriam Alster/Flash90)

Naftali Bennett et Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 22 avril 2013 (photo credit: Miriam Alster/Flash90)

Un vote pour l’un de ces partis aux prochaines élections signifie qu’il n’y aura pas de négociations de paix, « et que nous allons continuer à contrôler indéfiniment les territoires », a déclaré Halevy.

De l’autre côté, une coalition dirigée par le Camp sioniste de centre-gauche promet une tentative de négociations visant à la création d’un Etat palestinien. « Je pense que le choix n’a jamais été aussi clair que maintenant. »

Si Netanyahu reste Premier ministre, il ne pourra pas garder le conflit israélo-palestinien dans un « circuit d’attente » prédit Halevy, qui siège au comité éditorial du Times of Israel.

« Le Premier ministre ne sera pas en mesure de tenir, parce qu’il n’a pas d’alternative. L’alternative d’être simplement dans un circuit d’attente s’est épuisée, je pense. Elle n’est plus tenable… ni pour les Palestiniens, ni pour le monde arabe, ni pour la communauté internationale. »

Par conséquent, il y aura une « confrontation claire entre nous et les Palestiniens, ce qui pourrait conduire finalement à la dissolution de l’Autorité palestinienne », a-t-il prédit, et la situation va dégénérer en une troisième Intifada. »

Et d’accuser : les déclarations du Premier ministre après la guerre de Gaza l’été dernier – dans lequel il se vantait que le Hamas avait été durement touché  – ont révélé d’après lui une stratégie profondément viciée.

« Vous devez avoir une capacité militaire et sécuritaire pour atteindre le maximum de résultats. Après cela, il doit y avoir une politique, l’aspect politique de l’équation. Mais si vous décrivez votre objectif de la politique comme empêchant l’autre côté d’obtenir un avantage politique, il n’y a pas de politique positive dans ce domaine. Juste le maintien de la situation actuelle pour une année ou deux – ce n’est pas une politique. »

« Que voulez-vous atteindre ? Quels sont vos objectifs politiques pour la bande de Gaza ? Juste qu’ils ne tirent pas sur vous ? Mais il y a deux millions de personnes là-bas et ils doivent avoir les moyens de vivre. Vous ne pouvez pas simplement dire ‘mon objectif est qu’ils n’obtiennent aucun avantage’, ce n’est pas une politique. »