Il y a plus de 10 ans, quelques mois avant la date prévue pour le désengagement d’Israël de la bande de Gaza, une dizaine d’experts israéliens et palestiniens s’étaient réunis secrètement dans une ville européenne.

Ils étaient là pour essayer de travailler sur un plan commun pour transformer ce qui a été conçu par feu le Premier ministre Ariel Sharon comme un geste purement unilatéral – évacuer les implantations et retirer Tsahal – en une initiative bien coordonnée qui permettrait aux parties de se réengager dans un processus de paix au point mort.

Malheureusement, je ne suis toujours pas autorisé à dévoiler les noms des participants – à l’exception de celui de mon regretté collègue Zeev Schiff et du mien – ni l’identité du Premier ministre européen qui a accueilli les réunions.

Mais parmi les participants, on dénombrait quelques-uns des principaux conseillers de Yasser Arafat, y compris de la bande de Gaza, ainsi que plusieurs Israéliens qui, auparavant, avaient exercé des fonctions de haut rang dans les différentes branches gouvernementales.

Les sessions avaient été axées sur l’élaboration d’un document proposant une nouvelle approche pour le retrait de Gaza.

Trois jours de vives – parfois houleuses – discussions se sont terminés avec un document de 10 pages intitulé : « Du désengagement au réengagement : Une politique de désengagement unilatéral et de responsabilités mutuelles. »

Les participants palestiniens étaient en contact fréquent avec leur direction à Ramallah. Les Israéliens – aucun d’eux proche du gouvernement – étaient censés présenter les propositions à Sharon dès leur retour.

Un membre armé du mouvement du Jihad islamique  à l'intérieur des ruines de la synagogue de Netzarim, dans la babde de Gaza, le 12 septembre, 2005 (Crédit photo: Ahmad Khateib / Flash90)

Un membre armé du mouvement du Jihad islamique à l’intérieur des ruines de la synagogue de Netzarim, dans la babde de Gaza, le 12 septembre, 2005 (Crédit photo: Ahmad Khateib / Flash90)

Voici quelques-uns des faits, publiés ici pour la première fois.

Le préambule dit :

Opportunité ou Calamité

Les Israéliens et les Palestiniens se tiennent aujourd’hui au seuil soit d’une opportunité soit d’une catastrophe.

L’initiative de désengagement du gouvernement israélien peut devenir une percée sans précédent conduisant à la relance du processus de paix ou bien il peut conduire à une série d’événements catastrophiques qui condamnera tout progrès pour une génération.

‘Nous avions des doutes graves si Arafat respecterait les clauses … Pourtant, il nous a semblé intéressant d’essayer d’obtenir des engagements palestiniens en échange de territoires qu’ils étaient sur le point de recevoir’

Qu’est-ce que le succès ?

Le succès de l’initiative doit être défini comme un désengagement complet israélien de Gaza et de la région entre Naplouse et Jénine – une zone géographique plus grande que la bande de Gaza, ci-après dénommée le nord de la Cisjordanie (NC) – en conformité avec le plan du Premier ministre Sharon. L’objectif ultime doit être un traité de paix conforme à la feuille de route.

 

Passage à l’action

Seule une politique fondée sur des actions spécifiques et certifiables par les deux parties, comme nous l’avons indiqué ci-dessous, permettra un tel succès.

Seulement après, tant les électeurs israéliens que palestiniens ainsi que la communauté internationale insisteront auprès des dirigeants politiques des deux côtés pour que le précédent soit répété en Cisjordanie. En outre, si la politique est viable, les deux camps devront faire face à leurs adversaires internes.

Puis le document suggère un plan d’action :

Si la planification de la mise en œuvre ne se fait pas maintenant, les préparatifs nécessaires ne seront pas en place le jour de retrait. Il est donc impératif que les mesures suivantes soient adoptées immédiatement. Il n’y a pas de temps à perdre.

Du côté palestinien :

1) La loi et l’ordre doivent être rétablis dans les rues palestiniennes.

2) Pour ce faire, il faudra réorganiser et réformer la structure de la sécurité palestinienne, basée sur la création de trois branches distinctes, chacune avec un mandat clairement défini, une compétence fonctionnelle explicitement définie, et une entière responsabilité.

Leurs missions sont : Lutter contre la subversion et le terrorisme et maintenir l’ordre.

Gendarmerie

Réunir et évaluer des informations sur les développements externes.

Les chefs des services de sécurité devront être des experts de sécurité professionnels sans aucune implication politique. Des renseignements précis sur les activités terroristes imminentes ainsi que des plans à long terme devraient être relayés rapidement aux services de sécurité intérieure palestiniens.

3) Toutes les milices palestiniennes et les groupes militaires doivent être totalement désarmés, et toutes les armes non autorisées doivent être confisquées. L’arrêt de toutes les activités hostiles contre Israël est nécessaire.

4) La fabrication d’armes doit cesser complètement, ainsi que la contrebande d’armes et de munitions sur le territoire palestinien.

5) L’Autorité palestinienne assumera la responsabilité de la remise de la bande de Gaza et du NC après le départ israélien. Une seule partie doit avoir la responsabilité ultime de l’évolution à l’intérieur de ces territoires.

6) L’ensemble du processus de la réforme palestinienne doit être accéléré avant d’atteindre la date butoir pour le retrait d’Israël.

Du côté israélien :

1) Il est essentiel qu’Israël mette en œuvre les engagements qu’il a assumés par écrit dans ses accords d’avril 2004 avec les États-Unis. Israël compromettra la crédibilité de sa stratégie de désengagement unilatéral s’il ne procède pas à ces actions promises.

Comme indiqué dans l’échange de lettres, ces accords incluent un engagement à ce qui suit :

Établir des restrictions sur la croissance des implantations, en collaboration avec les États-Unis. Le démantelement des avant-postes non autorisés. La levée des restrictions de mobilité en Cisjordanie et à Gaza (en particulier les barrages routiers).

2) En plus des engagements ci-dessus, Israël doit prendre les mesures suivantes pour encourager et faciliter un fonctionnement palestinien positif des mesures prises par les Palestiniens pour changer les conditions sur le terrain à Gaza et en Cisjordanie. Ces mesures possibles comprennent :

Sous réserve de la mise en œuvre de tous les engagements palestiniens, Israël doit mettre fin à toutes les éliminations ciblées et autres incursions militaires dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Ce sera particulièrement important avec la présence de fonctionnaires égyptiens, américains et / ou d’autres pays apportant une assistance à Gaza et dans le NC.

‘De retour en Israël, trois d’entre nous sommes allés présenter nos idées à Sharon. Autant que je me souvienne, nous avons passé 2-3 heures à débattre des avantages et des inconvénients du document’

Israël devrait rouvrir le passage sécurisé entre Gaza et la Cisjordanie.

Si le désengagement réussit, alors le projet de construction d’ue voie ferrée entre la Cisjordanie et la bande de Gaza devrait être mis en œuvre sous réserve de la conclusion d’une étude de faisabilité et d’arrangements financiers.

L’aéroport devrait être rouvert en considération d’arrangements de sécurité mutuellement convenus. La reconstruction d’un port maritime à Gaza doit commencer en conformité avec les accords signés et les arrangements de sécurité mutuellement convenus. Tant que ce port n’est pas pleinement opérationnel, une alternative doit être envisagée, probablement à Ashdod.

Un rôle spécial a été attribué à des tierces parties :

Il devrait y avoir une équipe dirigée par les Américains pour coordonner et aider à la réforme de la sécurité.

Elle devrait inclure la participation de plusieurs pays, notamment arabes et européens, dans une variété de rôles de formation et de supervision.

Une équipe restreinte d’observateurs internationaux, comme le demande la feuille de route, devrait être nommée pour vérifier les realisations palestiniennes et les retraits israéliens.

Elle devrait se limiter à la vérification, mais ne devrait pas jouer un rôle militaire, un rôle de « maintien de la paix », ou toute autre forme d’une solution imposée. Les observateurs doivent être nommés par le Quartet à qui ils doivent rendre compte. Bien que le Quartet definira leurs règles d’engagement, ils ne devraient être déployés qu’avec l’accord tant des Israéliens que des Palestiniens.

Il doit être clair pour Israël, le Quartet, la Banque mondiale et pour la population de Gaza de ce qui va arriver immédiatement après les retraits israéliens, y compris la dispersion des terres agricoles, de nouveaux plans de logement et de répartiton des biens des résidents des implantations evacuées.

Les observateurs doivent également veiller au respect palestinien de tous les engagements qu’ils ont faits à la communauté internationale, en ce qui concerne un comportement destructeur à la fois pendant et après les retraits israéliens.

Compte tenue de l’importance cruciale de l’amélioration économique dans la société palestinienne, la communauté internationale doit élaborer à travers le CLAH (Comité de liaison ad hoc des donateurs) un plan pour la réhabilitation de l’économie palestinienne (voir la section économique ci-dessous).

Seuls les bailleurs de fonds par le biais de la Banque mondiale doivent gérer toutes les questions non-sécuritaires et non-politiques, y compris les équipes communes pour traiter les questions de transfert et de développement.

Puis le document présente en détail un plan économique fondé sur une étroite coopération israélo-palestinienne avec l’aide occidentale et arabe.

Il se conclut par une déclaration:

« De toute évidence, les défis économiques et de sécurité à un désengagement sont énormes, mais les bénéfices potentiels sont d’égale grandeur. Si la planification israélienne, palestinienne et internationale concertée commence immédiatement, les chances de succès seront accrues bien que nullement garanties. Le succès lui-même n’aura lieu qu’après une vigilance constante, un effort déterminé, et un engagement prolongé de toutes les parties. Il n’y a pas de temps à perdre ».

En plus du document lui-même un des participants palestiniens, un haut responsable des services de sécurité de l’AP, a présenté un plan détaillé pour arrêter la contrebande d’armes à travers les tunnels le long de la frontière entre Gaza et l’Egypte.

Bien sûr, nous avions de sérieux doutes si Arafat respecterait les clauses de l’effort de coordination proposé.

Le texte a été entièrement traduit en arabe pour qu’il l’examine. Il nous avait semblé important d’essayer d’obtenir des engagements palestiniens en échange de territoires qu’ils étaient sur le point de recevoir. Il y avait un avantage évident à offrir au moins une telle coordination avec une série d’obligations mutuelles.

De retour en Israël, trois d’entre nous sommes allés présenter nos idées à Sharon. Autant que je me souvienne, nous avons passé 2-3 heures à débattre des avantages et des inconvénients du document.

A la fin, Sharon – toujours attentif et poli – nous a informés qu’il préférait l’unilatéralisme. Il n’a pas changé d’avis quand Mahmoud Abbas a succédeé à Arafat.

En deux ans, le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza.