« Je ne sais pas quand je rentrerai. Le monde entier nous a abandonnés« , se désole Abou Mohammad, un des 100 000 réfugiés syriens du camp de Zaatari en Jordanie, qui voit s’éloigner la perspective d’un retour au pays avec la possible réélection de Bashar el-Assad.

L’annonce du vote jeudi d’une loi ouvrant la voie à la réélection du président syrien a obscurci l’horizon des habitants du camp, situé tout près de la frontière et devenu en quelques mois l’équivalent de la cinquième plus grande ville jordanienne par sa population.

« Sa réélection serait comme une bombe explosant au visage de tous (les Syriens). Cela n’a aucun sens », poursuit Abou Mohammad, alors que Assad, dont le deuxième septennat expire le 17 juillet, n’a pas encore officiellement annoncé son intention de briguer un troisième mandat.

Le président syrien avait affirmé en janvier à l’AFP qu’il y avait de « fortes chances » qu’il brigue un nouveau mandat et la loi électorale votée par le Parlement syrien au moment où le conflit entrait dans sa quatrième année exclut de facto tout opposant en exil.

« Après avoir tué son propre peuple par dizaines de milliers et poussé des millions d’autres Syriens à fuir, l’idée de sa réélection est démente », estime Abou Mohammad, arrivé l’année dernière dans le camp aux conditions de vie très rudimentaires.

L’été, les températures dépassent régulièrement les 40ºC degrés dans cette zone désertique, tandis que ces derniers mois, le camp a été touché par la pire tempête hivernale de la décennie, transformant les rues en artères boueuses et détruisant quelque 500 tentes.

« Ce qui nous arrive est déchirant et Assad devient plus fort chaque jour (…). Reste-t-il seulement quelqu’un en Syrie pour voter pour lui ? », soupire Aïcha, 55 ans.

« Assad ne va pas abandonner et démissionner », estime Abou Raafat, un ancien patron de restaurant. « Je ne vois aucun espoir maintenant, on dirait que la crise va durer longtemps ».

Des pourparlers ‘absurdes’

Les réfugiés, qui s’entassent sur sept kilomètres carrés dans le camp poussiéreux et en proie aux nombreuses coupures d’électricité, ne placent pas non plus beaucoup d’espoirs dans les négociations entre des représentants du régime et de l’opposition, lancées en janvier sous l’égide de l’ONU et pour l’instant au point mort.

Pour Abou Mohammad, « le régime et l’opposition ne sont pas dignes de confiance, les pourparlers sont absurdes et ne mèneront nulle part ».

Alaa Ghouthani, ancien commerçant de 38 ans, n’est pas plus enthousiaste. « Les négociations sont un non-sens. Je n’ai aucun espoir de rentrer bientôt » en Syrie.

Comme lui, plus de 65 % des réfugiés syriens –interrogés dans trois régions différentes de Jordanie– craignent de ne jamais pouvoir rentrer chez eux, selon une enquête de l’organisation Oxfam publiée la semaine dernière.

Environ 500 000 Syriens sont réfugiés en Jordanie, et près de deux millions d’autres ont fui dans d’autres pays, tandis que 6,5 millions de Syriens sont déplacés à l’intérieur du pays, selon l’ONU. En trois ans, le conflit a fait plus de 146 000 morts, selon une ONG syrienne.

« Si Assad ne démissionne pas, ce sera une catastrophe. Il n’y aura pas de paix et aucun espoir de rentrer chez nous », renchérit Oum Mohammad, une mère de 11 enfants, coiffée d’un foulard bordeaux.

« Les négociations avec Assad sont une perte de temps. Son régime ne respecte rien, ni personne », ajoute-t-elle.