Les intentions de l’Inde visant à annuler un accord pour un demi-milliard de dollars avec Israël pour des missiles anti-tank auront des répercussions négatives, non seulement sur les contrats de défense entre les deux pays, mais aussi sur l’ensemble du commerce en général, selon l’organisation du commerce indo-israélien.

L’énorme vente avait été saluée par des officiels israéliens comme une étape majeure dans le commerce et les relations militaires avec l’Inde, ce qui donne à cette annulation annoncée une signification encore plus importante, a déclaré David Keynan, vice-président de la Fédération des Chambres du Commerce indo-israélien.

« C’est un accord important. Cela aura un impact non seulement sur le commerce de la défense, mais sur tout le commerce en général », a déclaré Keynan au Times of Israël mardi, s’exprimant au téléphone depuis Bangalor en Inde.

Il a noté que les exportations de la défense agissent souvent comme un catalyseur pour d’autres formes de commerce.
Lundi, des médias indiens ont annoncé que le ministère de la Défense du pays avait décidé d’annuler un accord à hauteur de 500 millions de dollars pour acheter des missiles guidés anti-tank Spike de Systèmes Avancés de Défense Rafael d’Israël afin de développer ses propres missiles dans le pays.

L’annulation de l’accord n’a pas encore été officiellement confirmée. Un porte-parole de Rafael a dit que la compagnie continuait son travail comme d’habitude, jusqu’à ce que l’annulation lui soit notifiée.

L’accord Spike n’était pas seulement des mots sur du papier. On en était arrivé à des étapes plus avancées de la mise en pratique. Rafael avait commencé les préparations pour la livraison du missile, en ouvrant en août une installation de production en Inde avec son partenaire local, un géant industriel, le Groupe Kalyani.

L’ouverture de l’installation de production de missiles cet été est intervenue des semaines après une visite en Israël du Premier ministre indien Narendra Modi – la première visite officielle en Israël d’un Premier ministre indien en fonction.

De droite à gauche : Baba Kalyani, chef du groupe indien Kalyani, Yoav Har Even, PDG de Rafael, et Daniel Carmon, ambassadeur d’Israël en Inde, lors de l’inauguration d’une usine de missiles antichar Rafael Spike le 3 août 2017. (Crédit : Rafael Advanced Defense Systems)

Dans un discours à son inauguration, le PDG de Rafael, le général de réserve Yoav Har Even, a déclaré que l’usine « est une autre expression de la forte coopération entre Israël et l’Inde en général et de Rafael comme un allié stratégique de l’Inde en particulier ».

Selon Keynan, dont l’organisation facilite le commerce entre l’Inde et Israël, les annonces que l’énorme accord sera annulé ont soulevé de la préoccupation auprès des hommes d’affaires des deux pays.

« J’ai déjà reçu des dizaines d’appels à ce sujet », a-t-il dit.

Israël a exprimé sa préoccupation que le contrat pourrait indiquer que les accords avec les entreprises indiennes ne sont pas aussi solides qu’ils n’y paraissent. Et les Indiens sont inquiets des conséquences, les Israéliens pourraient bien, en effet, avoir peur et pourraient être moins intéressés par faire des affaires en Inde.

Keynan, qui vit en Inde depuis 2003, a noté que son groupe commercial n’est pas associé au gouvernement et qu’il n’était pas impliqué dans l’accord Spike ou tout autre accord de défense.

Alors que les exportations vers l’Inde ont augmenté au cours des années – New Dehli est actuellement le 10e partenaire le plus important d’Israël – elles n’ont pas augmenté au même rythme que les exportations d’Israël en général, selon Keynan.

De 2015 à 2016, le commerce bilatéral a augmenté de 0,85 %, selon l’ambassade indienne en Israël.

« Cela va plus lentement que nous le voudrions », a-t-il dit.

La valeur exacte des exportations israéliennes en Inde est difficile à calculer dans la mesure où tous les chiffres ne sont pas publiquement disponibles, notamment les exportations en défense, qui représentent un pourcentage significatif du total. Pourtant, Keynan a estimé qu’au cours de l’année passée, Israël a exporté approximativement 5 milliards en Inde en produits et en services, dont environ 1,5 milliard en commerce d’armement.

Selon le Bureau Central des Statistiques d’Israël, Israël envoie aussi approximativement pour 1 milliard de dollars de diamants en Inde chaque année, avec environ 1 milliard de dollars en produits chimiques. Le reste provient de produits agricoles, de la technologie non militaire, des produits industriels et d’autres produits et services associés.

Selon le média Indian Express, l’annulation de l’accord Spike a été opérée afin de protéger l’Organisation de Recherche et de Développement de Défense (ORDD) du gouvernement, qui travaille à la mise au point de son propre système de missile guidé anti-tank.

Des sources militaires indiennes ont déclaré au site internet que l’ORDD avait déjà produit plusieurs variétés de missiles guidés anti-tank et qu’il était « confiant » qu’ils pourraient en produire un équivalent au Spike israélien.

L’armée indienne, qui utilise actuellement un missile anti-tank de qualité inférieure qui ne fonctionne pas bien la nuit, aurait exprimé ses préoccupations sur le fait que l’annulation de l’accord Spike affecterait négativement sa préparation, et qu’il y avait une « urgence opérationnelle » à obtenir le missile israélien.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son homologue indien Narendra Modi en Israël, le 6 juillet 2017. (Crédit : GPO)

Un porte-parole de Rafael a noté que le « missile Spkie, qui est utilisé dans 26 pays, a été choisi par l’Inde après un long processus, au cours duquel le système a été inspecté et utilisé avec succès dans une grande diversité de scénarios ».

Cette année a été importante pour la coopération en matière de défense entre Israël et l’Inde. En mai et en avril, Israel Aerospace Industries, (IAI) avait annoncé deux accords avec New Dehli pour des systèmes de défense de missiles, qui, à eux deux, représentaient 2,5 milliards de dollars.

Plus tôt ce mois, l’Armée de l’Air indienne et des forces spéciales indiennes ont aussi pris part à l’exercice aérien israélien Blue Flag, dans ce qui a été perçu comme un signe de renforcement des liens entre New Dehli et Jérusalem. En juin, un mois avant la visite de Modi, l’Inde a aidé à sponsoriser la célèbre Expo de Défense israélienne à Tel Aviv.

Et en mai, trois navires de la Marine indienne sont restés à quai à Haïfa pour une visite officielle, célébrant les 25 ans des relations diplomatiques entre les deux pays.