Lors d’une soirée du début du mois de décembre, dans une auberge de jeunesse du sud de Tel Aviv, un groupe d’environ 20 activistes s’est réuni avec l’espoir de lancer un nouveau mouvement.

Agés de 20 ans pour les plus jeunes et de 50 ans pour leurs aînés, il se sont rencontrés dans le groupe “Stop à la fraude des options binaires en Israël” sur Facebook, unis dans leur dégoût de voir le gouvernement israélien dans l’incapacité de mettre un terme à l’industrie massive et frauduleuse commercialisant ce type d’option qui rapporte depuis des centaines de millions jusqu’à 5 milliards par an.

Saisis de remords et des citoyens simplement curieux d’en savoir plus.

“Je suis là parce que je travaille dans le domaine du capital-risque pour des start-ups israéliennes et que je vois les préjudices que cette industrie entraîne pour la réputation du pays à l’étranger », explique un homme en polo.

“J’ai travaillé dans une entreprise d’options binaires. Il m’a fallu deux semaines et demi pour réaliser que cette activité était une arnaque et un fléau », ajoute un homme, la trentaine, qui a voyagé à l‘étranger pour venir en aide aux victimes des options binaires.

Illustration: Une plateforme en ligne de trading consacrée aux options binaires, publicité YouTube (Capture d'écran YouTube)

Illustration: Une plateforme en ligne de trading consacrée aux options binaires, publicité YouTube (Capture d’écran YouTube)

Les activistes ont réfléchi aux moyens permettant d’attirer l’attention du public israélien. Une personne a suggéré de faire du lobby auprès des membres de la Knesset, une autre que le groupe entier se rende dans un commissariat local et porte une plainte collective. Même si les fraudes aux options binaires ont été évoquées dans des médias majeurs, ce sujet n’est pas devenu brûlant aux yeux du public, ont constaté plusieurs militants.

“Pourquoi le public israélien devrait-il s’en préoccuper alors que la majorité des victimes se trouvent à l’étranger ?” demande une jeune femme. « Pourquoi une partie quelle qu’elle soit aurait-elle intérêt à faire des histoires à ce sujet-là ?”

“Parce que cela nuit à la réputation d’Israël dans les autres pays”, répond le trentenaire, et “cela attise les flammes de l’antisémitisme”.

Et pourtant, déclarent plusieurs personnes présentes, la réputation d’Israël ne représente pas une question fondamentale aux yeux de l’Israélien moyen. Ce n’est pas quelque chose qui le préoccupe au quotidien. Et, en même temps, cette fraude fait entrer une belle quantité de revenus fiscaux sur le territoire.

“Mais en fin de compte, nous devons mettre un terme à cette fraude parce qu’elle est tout simplement inacceptable », rétorque l’homme.

Le Times of Israel a exposé dans une série d’articles le problème soulevé par l’industrie frauduleuse des options binaires depuis le mois de mars, commençant par un article intitulé “Le loups de Tel Aviv,” et a estimé que l’industrie, ici, est composée de plus de 100 entreprises dont la majorité sont frauduleuses et emploient diverses ruses pour voler l’argent de sa clientèle.

Ces firmes trompent leurs victimes en leur faisant croire qu’elles pourront réaliser des investissements profitables à court-terme, mais dans la majorité écrasante des cas, les clients finissent par perdre tous leurs fonds ou presque. Des milliers d’Israéliens travaillent dans ce secteur, dont on estime qu’il a floué des milliards de dollars ses victimes partout dans le monde au cours de la dernière décennie.

Le Bureau du Premier ministre au mois d’octobre a condamné les « pratiques sans scrupules » de l’industrie, appelant à ce qu’elle soit mise hors-la-loi dans le monde entier.

Le professeur Shmuel Hauser, président de l'Autorité des titres israélienne, à une commission des Finances de la Knesset. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le professeur Shmuel Hauser, président de l’Autorité des titres israélienne, à une commission des Finances de la Knesset. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le mois dernier, le président de l’ISA, Shmuel Hauser, avait indiqué au Times of Israel que des consultations avaient débuté concernant le cadre d’une législation qui interdirait aux opérations portant sur des options binaires à partir d’Israël de viser qui que ce soit, n’importe où. (Les firmes israéliennes ont déjà l’interdiction de démarcher les Israéliens). Ces consultations se sont étendues au Procureur Général Avichai Mandelblit et au gouvernement, a-t-il annoncé.

Le Times of Israel s’est entretenu avec plusieurs activistes rassemblés lors de la réunion du groupe “Stop à la fraude aux options binaires en IsraëlI”. Aucun d’entre eux n’a accepté d’être identifié par son nom.

“Nous avons reçu des menaces”, explique un des activistes, âgé d’une vingtaine d’années. Ce propos fait écho au scénario décrit à ce journaliste par plusieurs juristes et militants qui s’étaient déjà exprimés au sujet de la fraude aux options binaires.

“Tu ferais mieux d’être prudent, untel et untel savent où tu vis, où tes enfants vont à l’école”, avait-t-il été dit à l’un deux. La menace a été rapportée à la police mais la police n’a rien fait, avait-t-il affirmé.

Plusieurs activistes présents ont indiqué qu’ils avaient personnellement – ou des gens qu’ils connaissaient – pris contact avec la police pour rapporter des cas de fraudes aux options binaires au cours des dernières années, donnant même des preuves et une documentation détaillée pour prouver leurs dires. A cette date, la police n’a arrêté qu’une poignée de suspects parmi les milliers de personnes qui travaillent dans cette industrie.

Une plainte contre le gouvernement israélien ?

Un activiste, lors de la réunion, a évoqué la possibilité de faire une pétition devant la Haute-Cour de Justice dans le but d’essayer d’obliger le gouvernement à faire disparaître les options binaires.

En effet, dans un autre développement, Yossy Haezrahi, avocat au sein du cabinet juridique Friedman-Haezrahi qui représente une douzaine de victimes présumées de fraudes aux options binaires, a adressé un courrier à l’ISA (Israel Securities Authority) affirmant que la position actuelle de l’instance face aux options binaires était illégale.

Dans la lettre, il évoquait un avis rendu le 15 mars 2015 par une équipe juridique de l’ISA qui attestait qu’un amendement apporté à la loi sur les valeurs – qui vient réguler les plate-formes de trading en ligne – ne s’appliquait pas à ces compagnies qui ne sollicitent que les consommateurs vivant à l’étranger.

Haezrahi expliquait que ce point de vue n’était pas valide parce que plusieurs mois plus tard, l’ISA avait considéré que les options binaires s’apparentaient au marché du jeu clandestin. Dans la mesure où le jeu est illégal en Israël alors les options binaires doivent aussi être considérées comme contrevenant à la loi, que le consommateur soit ou non israélien.

La Haute-Cour de Justice en session, en juillet 2013 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

La Haute-Cour de Justice en session, en juillet 2013 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

L’ISA insistait sur le fait qu’elle avait besoin d’une nouvelle législation pour mettre un terme aux activités de l’industrie massive des options binaires dans le pays mais Haezrahi estimait pour sa part que le régulateur du gouvernement disposait en fait de l’autorité de mettre immédiatement un terme à ses activités. Haezrahi indiquait être prêt à recourir à la Haute-Cour de Justice si l’ISA devait ne pas apporter de réponse.

« Notre cabinet juridique représente un très grand nombre de résidents à l’étranger qui ont perdu des sommes astronomiques, dont des retraités qui ont perdu leurs économies entières et ont passé de nombreux mois à tenter de comprendre qui se cachait derrière cette fraude et comment elle était arrivée », dit-il au Times of Israel.

“Nous avons décidé en plus de simplement représenter chacun de nos clients contre la compagnie qui a entraîné sa perte, de prendre une position plus large contre les sociétés d’options binaires dans leur totalité et contre leur activité en Israël. L’ISA doit décider si les options binaires représentent une forme de « jeu d’argent et si c’est le cas, il faut appliquer la loi sur les jeux d’argent aux résidents étrangers aussi ».