Donald Trump a-t-il adopté le narratif palestinien sur la source du conflit israélo-arabe ?

Dans son discours de mardi au musée d’Israël, le président américain a couvert l’Etat juif de compliments, et a promis d’être « toujours aux côtés d’Israël ». Il n’a pas soutenu l’état palestinien. Mais il a affirmé que « les Palestiniens sont prêts à faire la paix » et, dans une phrase peu remarquée, a semblé suggérer que le conflit pourrait s’arrêter dès qu’Israël se retirerait de Cisjordanie.

« Nous savons, par exemple, qu’Israéliens et Palestiniens veulent une vie d’espoir pour leurs enfants, a dit Trump. Et nous savons que la paix est possible si nous mettons de côté la douleur et les désaccords du passé et nous engageons ensemble à résoudre enfin cette crise, qui s’étire depuis un demi-siècle ou plus. »

Ce dernier terme, une référence claire à la guerre des Six Jours de 1967, dont le 50e anniversaire aura lieu le mois prochain, peut être interprété comme sous-entendant que le conflit israélo-palestinien a commencé avec « l’occupation » par Israël de la Cisjordanie.

Le président américain Donald Trump au musée d'Israël, le 23 mai 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le président américain Donald Trump au musée d’Israël, le 23 mai 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Les dirigeants israéliens font remonter le conflit à près de 100 ans, avec les émeutes anti-juives des années 1920, et l’ajout de « ou plus » par Trump, qui n’est pas présent dans la version préparée de son discours, était probablement un geste envers eux.

Mais « près d’un demi-siècle » inscrit dans le discours écrit semblerait impliquer que la Maison Blanche pense qu’un retrait des territoires conquis il y a 50 ans pourrait être la clef pour mettre fin au conflit.

C’est exactement la description du monde arabe sur ce sujet : dès qu’Israël évacuera le territoire occupé pendant la guerre des Six Jours, le conflit prendra fin, promettent-ils. Une normalisation totale avec presque tout le monde arabe et musulman en échange d’un retrait israélien de Cisjordanie, de Jérusalem Est et du plateau du Golan, c’est le concept central de l’Initiative de paix arabe, dont Trump a probablement longuement entendu parler pendant ses réunions en Arabie saoudite pendant le week-end.

« Notre problème fondamental, c’est l’occupation et les colonies », a dit Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, pendant sa rencontre avec Trump à Bethléem. « Le problème n’est pas entre nous et le judaïsme. Il est entre nous et l’occupation. »

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au centre, au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (Crédit: Thomas Coex/AFP)

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au centre, au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (Crédit: Thomas Coex/AFP)

Les responsables israéliens ont hésité à critiquer Trump, qui n’a fait aucune mention explicite d’un état palestinien, des lignes de 1967 ou de la construction dans les implantations, ce qui a été vu comme beaucoup à droite comme une confirmation du changement de la politique américaine, très attachée à une solution à deux états basée sur un retrait de la Cisjordanie.

Mais dans les mois qui ont suivi l’investiture de Trump, la Maison Blanche s’est difficilement frayé un chemin sur le champ de mines sensible de la politique israélo-palestinienne, laissant les analystes se tirer les cheveux sur l’importance à accorder aux déclarations parfois contradictoires de Trump et des responsables de son administration.

« Il serait une erreur d’en lire trop dans le discours du président », a déclaré Michael Oren, ancien historien, ancien ambassadeur aux Etats-Unis qui est actuellement le vice-ministre en charge de la diplomatie auprès du bureau du Premier ministre.

Mais Oren, qui a écrit une histoire très réputée de la guerre de 1967, a indiqué que la notion de troubles entre Israël et les Palestiniens ayant commencé il y a 50 ans est erronée.

Michael Oren, député de Koulanou, à la Knesset, le 20 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Michael Oren, député de Koulanou, à la Knesset, le 20 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Clairement, le conflit précède 1967 de plusieurs décennies », a-t-il dit mercredi au Times of Israël. « La cause du conflit, cependant, reste la même : l’absence de volonté des Palestiniens à accepter un Etat juif, dans quelques frontières que ce soit. »

Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu n’a pas répondu à la demande de commentaire sur le sujet du Times of Israël.

Ce n’est cependant pas un secret que Netanyahu s’oppose profondément à toute tentative de décrire le conflit israélo-palestinien comme un conflit territorial qui pourrait être résolu par un retrait israélien des lignes de 1967.

« La raison pour laquelle nous n’avons pas la paix depuis une centaine d’années, ce n’est pas les implantations, mais le refus [palestinien] persistant de reconnaître un état nation pour le peuple juif dans n’importe quelles frontières », a-t-il dit en début d’année au secrétaire britannique aux Affaires étrangères, Boris Johnson. « Je pense que si vous voulez résoudre un problème, il faut aller au cœur du problème. »

En 2015, Netanyahu avait déjà fait remonter le conflit à près d’un siècle quand il a parlé de sa propre histoire familiale.

« Mon grand-père est arrivé à Jaffa en 1920, avait-il dit. Plusieurs mois après [en mai 1921], les émeutiers arabes ont brûlé le bureau de l’immigration juive où il était arrivé. Ils y ont assassiné plusieurs Juifs, dont le célèbre auteur Yosef Chaim Brenner. Je considère cette année comme le début de la lutte armée contre le sionisme, nous approchons des 100 ans. »

Et il y a un mois seulement, le président Reuven Rivlin avait dit aux diplomates du Danemark et du Costa Rica que « nous avons perdu 100 ans » quand il a parlé de la résolution du conflit avec les Palestiniens.