Les réactions du Premier ministre Benjamin Netanyahu à la dernière vague de terrorisme qui a culminé mardi matin dans un massacre dans une synagogue de Jérusalem, peuvent se diviser en trois sous-catégories : opérationnelles, politiques et diplomatiques.

Sur le terrain, il a ordonné une augmentation des forces de sécurité dans les rues et a chargé les autorités à détruire les maisons des terroristes.

Il a également lancé des initiatives législatives, comme une modification de la loi visant à permettre au ministre de l’Intérieur de révoquer la citoyenneté des Arabes israéliens qui appellent à la destruction de l’Etat.

Sur le front diplomatique, les efforts du Premier ministre consistent le plus souvent à se lamenter contre l’incitation à la haine – et à la violence – palestinienne, criant au scandale quant à l’agitation anti-israélienne permanente menée par le président de l’AP Mahmoud Abbas.

De manière atypique, Netanyahu a davantage parlé de l’incitation à la haine que de l’Iran au cours de ses derniers discours et réunions avec les leaders mondiaux.

Au cours de brefs commentaires avant sa récente rencontre avec la nouvelle chef de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini, il a utilisé, par exemple, le mot « incitation » quatre fois. Lors d’une allocution devant l’assemblée générale des Fédérations juives d’Amérique du Nord, mercredi dernier, il a prononcé ce même mot à huit reprises.

Netanyahu a de bonnes raisons de le faire.

Plus tôt ce mois-ci, Abbas a appelé les Palestiniens à empêcher les Juifs d’entrer sur le mont du Temple de Jérusalem « par tous les moyens possibles. » Quelques jours plus tard, il a mis en garde contre les juifs extrémistes qui « contaminent » ce même mont du Temple. Il a également salué la tentative d’assassinat contre Yehuda Glick comme celle d’ « un martyr qui défend les droits de notre peuple et de ses lieux saints. »

On ne peut nier que ces commentaires, ainsi que ceux d’autres hauts responsables de l’Autorité palestinienne et du Fatah, ont eu leur part dans la montée des tensions, inspirant de nombreux Palestiniens en colère à exprimer leur frustration de façon violente.

Abbas peut-il être tenu responsable de l’horrible attentat terroriste de mardi en y ayant, par sa rhétorique, semé les graines ? (Il l’a condamné rapidement, à la demande expresse des Américains.)

La réponse du gouvernement israélien est un oui sans équivoque. « Ceci est le résultat direct de l’incitation à la haine dirigée par le Hamas et par Abou Mazen [Abbas], incitation que la communauté internationale ignore de manière irresponsable » a déclaré Netanyahu jeudi matin, quelques minutes après que l’attaque ait eu lieu. Plus tard, lors d’une conférence de presse le soir, il est allé encore plus loin, en affirmant que l’incitation à la haine était au cœur du conflit israélo-palestinien.

« Il y a tous les jours, voire toutes les heures, l’incitation à la haine dans les rues de l’Autorité palestinienne » a-t-il assuré. «Là, non seulement les meurtriers les plus répréhensibles deviennent les héros de la culture palestinienne, mais c’est sans fin, l’incitation à la haine constante contre l’existence même de l’Etat d’Israël, contre la sécurité des citoyens d’Israël, dans les écoles, dans les médias, dans les mosquées, partout. Cela est à la racine du conflit : le refus de reconnaître – et d’éduquer pour – l’existence de l’Etat des Juifs. »

La responsabilité de l’attaque « repose entièrement » sur Abbas, lui a fait écho Avigdor Liberman. « L’incitation à la haine systématique qu’il mène contre les Juifs, y compris sa déclaration selon laquelle les Juifs impurs ne peuvent entrer sur le mont du Temple, donne les orientations de ces attentats odieux.» Le ministre de la Défense Moshe Yaalon et le ministre de l’Economie Naftali Bennett ont fait des déclarations similaires.

« Même si nous faisons un effort pour appeler au calme, l’incitation brutale des dirigeants de l’Autorité palestinienne continue et s’aggrave, » a déclaré le président de la Knesset Yuli Edelstein. « Cela suffit visiblement pour que des gens assassinent des fidèles priant à l’intérieur d’une synagogue. »

Le président de la Knesset Yuli Edelstein lors d'une session plénière, en mars 2014 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président de la Knesset Yuli Edelstein lors d’une session plénière, en mars 2014 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président Reuven Rivlin a félicité Abbas pour avoir condamné l’attaque. « Toutefois, cela ne suffit pas, il faut agir vigoureusement contre cette incitation à la haine, » a-t-il ajouté. « Nous continuons d’entendre cette même incitation à la violence contre Israël. Ce sont des choses qui ne devraient pas se produire. »

Beaucoup dans la communauté internationale semblent être d’accord avec le gouvernement israélien, alors que les condamnations de l’attentat ont afflué mardi, se référant souvent à ce thème de l’incitation. Mogherini, par exemple, n’a pas mentionné Abbas par son nom, mais l’avait probablement à l’esprit quand elle a appelé les parties à « éviter toute action qui pourrait aggraver la situation par le biais de l’incitation à la haine. »

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a déclaré, étonnamment, que l’attaque était un « pur résultat de l’incitation à la haine et des appels à la violence » faisant alors appel à la direction palestinienne pour condamner cet acte.

Le ministre canadien des Affaires étrangères John Baird a déclaré que « les déclarations d’incitation à la haine sont complètement irresponsables. Ces chefs qui donnent régulièrement leur caution à cela ne peuvent pas plaider l’ignorance lorsqu’un attentat terroriste comme celui d’aujourd’hui se produit. »

Le ministre des Affaires étrangères canadien John Baird (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)

Le ministre des Affaires étrangères canadien John Baird (Crédit : Miriam Alster/Flash 90)

Le sénateur américain Rand Paul, un républicain, a déclaré : « Ceci est un acte de violence horrible qui doit être universellement condamné. Nous devons exiger que les dirigeants palestiniens arrêtent l’incitation à la haine, qu’ils commettent en paroles et en actes. »

Et la liste est longue.

« L’incitation à la haine est le ferment du terrorisme» : cela semble être le diagnostic unanime de la crise qui se joue actuellement. Avec Abbas dans le rôle du coupable.

Mais, à contrecourant, le chef du Shin Bet, Yoram Cohen, a déclaré : « Abou Mazen [Abbas] n’est pas intéressé par la terrorisme et ne cherche pas l’incitation à la haine» a-t-il déclaré mardi lors d’une audition à la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset. « Il ne fait pas ça non plus en dehors des caméras. »

Abbas n’appelle pas à la violence ; ses hommes ne participent pas non plus à attiser les tensions entre Palestiniens à Jérusalem-Est, a déclaré Cohen. Au contraire, Abbas est opposé à une troisième Intifada, a-t-il assuré.

Cohen a dit que les mots d’Abbas – en particulier ses appels à «protéger» la mosquée al-Aqsa sur le Mont du Temple – pourraient être interprétés par certains comme un appel aux armes. « Il y a des Palestiniens qui sont susceptibles de prendre les critiques d’Abbas comme une légitimation de l’action. » Son témoignage à la Knesset semble contredire clairement le récit de la direction politique du pays, et qui commence à s’imposer à l’international.

Netanyahu rejette l’idée que Cohen le contredise. « Il n’y a pas de fossé entre moi et le chef du Shin Bet, » a-t-il insisté lors de sa conférence de presse du jeudi soir. Il est vrai que M. Abbas n’envoie pas des terroristes ou promeut directement les attaques terroristes, a-t-il assuré. Mais, l’Autorité palestinienne que dirige Abbas, a continué Netanyahu, et lui-même, prononcent parfois des mots qui «entraînent le terrorisme dans le sens où, pour les gens qui les entendent, ils incitent à la violence. »

Le ministre de la Science Yaakov Peri, un ancien chef du Shin Bet, a convenu que Cohen et Netanyahu ne se contredisent pas nécessairement l’un l’autre, mais il penche plutôt vers le jugement de Netanyahu.

« Abbas incite à la haine, » a-t-il affirmé. En tenant des discours provocateurs et en louant certains terroristes, a ajouté Peri, Abbas a certainement contribué à une atmosphère hostile dans lequel de plus en plus de Palestiniens se sentent encouragés à attaquer les Israéliens. Même si ce n’est pas la même chose, a-t-il précisé, que d’encourager activement la violence physique contre les Israéliens.

En d’autres termes : en utilisant un langage qui peut mettre le feu aux poudres, il est possible qu’Abbas attise les flammes de la rue palestinienne qui porte déjà en elle son lot de haine. Mais il ne peut pas être tenu directement pour responsable de l’exécution d’attentats terroristes meurtriers.