L’armée israélienne, dans une décision qui fera date, a décidé d’adhérer partiellement à l’interprétation ultra-orthodoxe des lois gouvernant l’année sabbatique à venir pour l’agriculture, entraînant la colère des fermiers israéliens.

« Le ministère de la Défense et l’armée ont déclaré la guerre à l’agriculture israélienne », a écrit jeudi le président du Syndicat des fermiers israéliens dans un communiqué.

Le conflit se structure autour de l’interdiction biblique de labourer et de cultiver la terre durant l’année sabbatique qui a lieu tous les sept ans.

Le mandat de l’année de shemita visant à laisser la terre en jachère n’est appliquable qu’aux terrains possédés par des Juifs en Israël. Il est resté en sommeil pendant des millénaires jusqu’à l’aube du sionisme et la montée de l’agriculture en Terre sainte.

En 1889, peu après la première vague d’immigration juive en Israël, le rabbin Isaac Elhanan Spektor de Kovno a publié une heter mehira, une décision religieuse permettant aux Juifs en Israël de vendre leur terre à un non-Juif pour la durée de l’année sabbatique, tout en gardant le droit de la travailler et de récolter les fruits de la terre.

La décision a été soutenue par le premier Grand Rabbin d’Israël, le rabbin Abraham Isaac Kook, et a depuis été adoptée par l’Etat rabbinique, mais reste une source de dispute entre les camps sionistes et ultra-orthodoxes en Israël

Les dirigeants ultra-orthodoxes soulignent que le rabbin Spektor de Kovno, en autorisant pour la première fois l’exception, avait écrit, « il doit être explicitement déclaré que cette exception est seulement valable pour l’année 5649 (1889) mais pas pour les futures années de shemita… alors, une méditation supplémentaire sera nécessaire… »

A l’époque, les Juifs en Israël étaient constamment en danger de famine et de maladie.

Les dirigeants sionistes, à la fois religieux et laïcs, affirment que si le monde ultra-orthodoxe accepte sans discuter une loi vieille de 2 000 ans connue comme le prozbul, invalidant les lois de versement de dettes lors de l’année sabbatique, un commandement qui est très pertinent pour une population urbaine, il voit d’un mauvais œil l’exception pour l’agriculture.

En 2007, la Haute Cour de Justice a forcé un groupe de rabbins municipaux à adhérer à l’exemption de l’Etat rabbinique et à fournir des certificats casher aux hôtels et aux restaurants qui servaient des produits cultivés bénéficiant de cette exception.

L’armée israélienne, qui dès son origine s’est presque totalement débarassée des lois de la casherout, procède maintenant à l’extension de l’incorporation d’ultra-orthodoxes. Cela a demandé des changements dans la procédure de l’intégration mixte et dans la rigueur de la certification casher entre autres éléments.

La décision d’importer des produits de l’étranger « est une démarche sans précédent. Le ministère de la Défense et l’armée ont choisi d’aller avec les extrémistes ultra-orthodoxes et de ne pas acheter heter mehira de fermiers en Israël, comme cela a été le cas depuis le 19ème siècle », a écrit le Syndicat des fermiers d’Israël.

Zur a qualifié la décision de « populisme facile » et a souligné qu’une petite partie de la production commandée par le ministère de la Défense pouvait être importée pour plusieurs milliers de soldats ultra-orthodoxes actuellement sous les drapeaux.

Avshalom Vilan, un ancien député et l’actuel secrétaire général du Syndicat de Fermiers israéliens, a déclaré qu’en période de contraintes budgétaires majeures, l’armée allait dépenser des millions de shekels « inutilement » pour importer des fruits et des légumes.

L’armée a répondu à une demande de réaction en écrivant : « La population de l’armée est diverse, elle inclut plus de 5 000 soldats ultra-orthodoxes, que ne reconnaissent pas le heter mehira durant l’année sabbatique. Afin de préserver l’unité du camp et de permettre à tous les effectifs de l’armée de manger dans une seule cuisine et afin de parvenir à l’objectif national d’incorporer les ultra-orthodoxes dans l’armée… le rabbinat militaire a décidé d’éviter de se procurer des légumes [cultivés sous] le heter mehira pour la première moitié de l’année sabbatique, jusqu’à la fin février 2015″.

Lors de cette période, a expliqué l’armée, la plupart des produits viendront du désert Arava au Sud, une zone apparemment exemptée du commandement, et des récoltes stockées. « Seulement en cas de manque, il y aura un achat limité de marchandises non juives ou importées ».

A partir de mars 2015, l’armée achètera des légumes cultivés selon le heter mehira, a déclaré l’armée, et les soldats ultra-orthodoxes recevront des repas préparés dans des assiettes jetables, en plus des paquets de légumes frais et importés.