Le réalisateur franco-libanais Ziad Doueiri a été remis en liberté lundi après avoir été entendu par un tribunal militaire au Liban, en raison d’un déplacement en Israël contrevenant à la législation du pays.

Récemment récompensé à la Mostra de Venise, M. Doueiri, 54 ans, avait été brièvement interpellé dimanche soir à son arrivée à l’aéroport de Beyrouth. Ses deux passeports français et libanais avaient été confisqués et il avait été sommé de comparaître lundi devant un tribunal militaire.

L’affaire concerne son avant-dernier film, « L’Attentat », déjà interdit au Liban à sa sortie en 2013 car il avait été tourné partiellement en Israël avec quelques acteurs israéliens.

Le Liban, qui est officiellement toujours en guerre avec Israël, interdit à ses ressortissants de se rendre dans ce pays voisin, avec qui il a longtemps été en conflit.

Ziad Doueiri, au centre, avec les acteurs Ali Suliman, à droite, et Raymond Amsalem, à gauche, sur le plateau de "L'Attentat". (Crédit : autorisation de  Ziad Doueiri)

Ziad Doueiri, au centre, avec les acteurs Ali Suliman, à droite, et Raymond Amsalem, à gauche, sur le plateau de « L’Attentat ». (Crédit : autorisation de Ziad Doueiri)

Après sa comparution de plusieurs heures, M. Doueiri a brandi devant la presse ses deux passeports récupérés.

« Mon client a été remis en liberté, aucune accusation ne lui a été adressée », a assuré aux journalistes son avocat Me Najib Lyan, affirmant que le dossier était « définitivement clos ».

M. Doueiri est au Liban pour assister mardi à la première dans le pays de son nouveau film, « L’insulte », tout juste récompensé à Venise: le jury a décerné samedi la coupe Volpi du meilleur acteur au Palestinien Kamel El Basha.

« L’insulte » a en outre été sélectionné par le Liban pour représenter le pays aux Oscars.

Un responsable judiciaire a assuré à l’AFP que M. Doueiri avait été remis en liberté « à condition qu’il indique sa domiciliation aux autorités ».

Il a par ailleurs jugé « possible que l’affaire soit déférée devant un tribunal militaire, pour un délit d’entrée sur le territoire d’un pays ennemi sans autorisation préalable », délit passible d’une peine d’emprisonnement d’au moins un an au regard du droit libanais.

Adapté du best-seller de Yasmina Khadra, « L’Attentat » est l’histoire d’un chirurgien israélien d’origine arabe dont la femme est l’auteure d’un attentat suicide. Le médecin à la carrière exemplaire part enquêter dans les territoires palestiniens pour tenter de comprendre qui a pu « laver le cerveau » de son épouse.

« Pour les faits qu’ils lui sont reprochés, le délai de prescription de trois ans est passé, puisque le tournage a eu lieu en 2012 », a encore commenté Me Lyan.

D’après lui, à l’époque du tournage, M. Doueiri avait par ailleurs « adressé une requête aux autorités libanaises expliquant qu’il voulait filmer sur le terrain, pour défendre la cause palestinienne (…) sans jamais recevoir de réponse ».

De son côté, M. Doueiri a déclaré avoir été remis en liberté car il n’y avait « pas d’intention criminelle ».