Lors d’une séquence sans précédent, l’armée a autorisé une équipe de télévision à la filmer alors qu’elle ouvre les portes de la frontière avec la Syrie, autorisant un groupe de mères et d’enfants à rentrer sur le territoire israélien – des enfants qui ont été ensuite transportés dans un hôpital où ils ont été pris en charge.

Les images, diffusées dimanche soir par la chaîne Hadashot (ancienne Deuxième chaîne) ont été accompagnées d’interviews de plusieurs mères syriennes qui ont exprimé leur profonde reconnaissance envers Israël pour les soins médicaux prodigués.

Israël, qui maintient également un hôpital de campagne sur la frontière et qui a envoyé de l’aide humanitaire en Syrie, a soigné 3 000 Syriens depuis que l’Etat juif a commencé à offrir une assistance médicale dans un contexte de guerre civile de l’autre côté de la frontière, prenant notamment en charge 1 000 enfants atteints de pathologies chroniques.

« La raison » justifiant cette initiative « est claire », a noté le reportage : « Un impératif humanitaire doublé d’une nécessité sécuritaire. Quelqu’un dont la famille ou l’ami est pris en charge au niveau médical en Israël changera probablement d’attitude envers l’ennemi ».

« C’est devenu ordinaire » pour les civils syriens de venir en Israël se faire soigner », dit une mère au journaliste. « Tout le monde veut venir là. Les adultes aussi, pas seulement les enfants ».

Aucun des visages des Syriens n’apparait dans le reportage dans la mesure où les mères et leurs enfants retourneront en Syrie dès que ce sera médicalement envisageable et qu’ils pourraient devoir faire face à des retombées meurtrières si leur présence en Israël devait être connue.

Des mères syriennes et leurs enfants traversent la frontière vers Israël pour y être soignés, au mois de novembre 2017 (Capture d’écran : Hadashot)

Le reportage explique que 21 mères et 23 enfants ont traversé la frontière, cette nuit-là, lorsque la caméra a été autorisée à filmer, et que les cas médicaux ont été sélectionnés par des médecins en Syrie. Plusieurs de ces enfants souffrent de blessures occasionnées par des éclats d’obus. L’un d’entre eux est atteint d’un asthme grave, pour lequel sa mère ne dispose d’aucun traitement en Syrie.

La séquence comprend des minutes de tensions, lors de la coordination de l’entrée en Israël de part et d’autre de la barrière. Les Syriens marchent le long de la frontière – surveillés avec attention par les militaires israéliens – puis montent à bord d’un car, escortés par une ambulance, en direction de l’hôpital Ziv, qui se situe dans la ville de Safed, au nord. Les mères portent des foulards et de longs manteaux, les enfants portent des jeans pour un grand nombre d’entre eux.

« Cela doit leur paraître très étrange », s’exclame un officier israélien, identifié sous le nom de Gil Giladi, stationné à la frontière. « Ils sont en train de pactiser avec l’ennemi ».

S’adressant au journaliste, une mère syrienne explique que, dans le passé, « on pensait à Israël comme à un ennemi… Maintenant que vous nous venez en aide, la majorité des gens [sur le côté syrien du Golan] sont avec vous. Ils adorent Israël. Ils voient son vrai visage… La réalité ».

Alors qui, selon vous, est « l’ennemi » maintenant ? interroge alors le journaliste.

« Tous : l’Etat islamique, le Hezbollah, Bashar [Assad]. Ce sont tous les mêmes », répond l’une des mères.

Aucun détail n’a été donné sur la localisation exacte des malades en Syrie mais l’une des mères a précisé que la région dont elle est originaire est sous le contrôle du groupe terroriste de l’Etat islamique et que si une femme de ce secteur quitte son domicile la tête découverte, elle risque la mort. « Ils font les exécutions à côté de la mosquée », dit-elle.

Des images prises à l’hôpital Ziv ont montré un clown israélien en train de divertir les enfants alors que Sergei Kotyakov, haut-gradé de l’armée dans l’initiative appelée « bon voisin », décrit comment les Syriens, d’abord inquiets, en viennent petit à petit à réaliser que « personne ne leur fera du mal ici. C’est complètement le contraire. Nous sommes là pour les aider et leur offrir une assistance… Et ils commencent alors à parler et à raconter ce qu’ils ont traversé ».

Le reportage montrait des images des enfants syriens en train de dessiner à l’hôpital, certains dessins désignant le drapeau israélien.

Les enfants syriens font des dessins à l’hôpital Ziv de Safed, où ils reçoivent un traitement médical au mois de novembre 2017 (Capture d’écran : Hadashot)

« J’aimerais qu’on puisse rester là pour de bon », dit une mère interrogée. Si la frontière avec Israël était ouverte, « je serais la première à la traverser », ajoute-t-elle.

Et combien de Syriens suivraient le mouvement ?, s’interroge le journaliste. « Ce serait des millions ?… »

« Toute la Syrie me suivrait », s’exclame-t-elle. « Tous les civils qui restent en Syrie viendraient ».