Le Lieutenant Général Benny Gantz, l’homme que le Premier ministre ne voulait pas voir à la tête de l’armée, achèvra un mandat de quatre ans de service en tant que commandant en chef de l’armée israélienne dimanche, en ayant conduit l’armée à travers les soulèvements arabes, la montée et la chute des Frères musulmans en Egypte, la guerre civile cyclonique en Syrie et la situation sécuritaire en constante détérioration le long des frontières terrestres d’Israël.

Son service a été marqué par sa droiture, une différence du service entaché de scandale par son prédécesseur, et d’un manque de victoires militaires totales posant aisnsi la question de savoir si de telles victoires étaient même possibles à une époque de guerre assymétrique et amorale conduite contre des civils et menées depuis des zones d’habitation.

L’héritage de Gantz peut pourtant être défini par l’inaction : il n’a pas envoyé les avions à Arak, Fordow, Natanz et Parchin.

La décision de frapper des installations nucléaires d’Iran, bien sûr, n’était pas de son ressort, mais il était excessivement difficile d’exécuter une telle mission sans son approbation claire qu’il ne semble pas avoir donné.

Evoquant les négociations internationales et le besoin potentiel de l’utilisation de la force militaire contre l’Iran, Gantz a déclaré en 2014, « il est préferable de ne pas utiliser la force, mais s’il n’y a pas d’autre choix, alors on peut [le faire] par la force ».

Il a déclaré qu’Israël avait « clairement » la capacité de frapper l’infrastructure nucléaire de l’Iran, et que « nous saurons agir le moment venu ».

Comme son prédécesseur Gabi Ashkenazi, Gantz n’a pas eu le sentiment, lors de ses quatre années de service, que l’heure fatidique était arrivée.

Il était apparemment en désaccord avec l’ancien ministre de la Défense Ehud Barak qui a affirmé en janvier que la capacité d’Israël à agir militairement contre le programme nucléaire de l’Iran était « en déclin et en danger d’érosion ».

Frapper un programme nucléaire voyou dirigé par un puissant État voyou complètement en décalage avec l’Occident depuis des décennies est difficile mais faisable, semble expliquer Barak.

Frapper l’infrastructure d’un État qui a été accueilli à nouveau dans la famille des nations, qui a accepté les demandes du gouvernement américain, qui est ostensiblement impliqué avec l’Agence Internationale d’Energie Atomique, est une toute autre question dont les hommes en uniformes militaires ne sont pas suffisamment au courant.

Gadi Eizenkot. (photo credit: Moshe Sinai/Flash90)

Gadi Eizenkot. (photo credit: Moshe Sinai/Flash90)

Le successeur de Gantz, le Lieutenant Général Gadi Eisenkot pour lequel le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’a pas trouvé d’autre compliment qu’ « expérimenté » en autorisant sa nomination, a une position similaire sur l’Iran : le moment de l’action, pense Eisenkot, n’est pas encore venu.

Gantz, un officier prudent et qualifié, est né en 1959 de parents religieux : une mère hongroise survivante de l’Holocauste et un père réfugié de Roumanie.

En 1977, après avoir été diplômé de l’école agricole et délaissé la religion, il a rejoint la Brigade de Parachutistes, participant à l’Opération Litani en 1978 et la guerre du Liban en 1982, où il a dirigé une compagnie de parachutistes à l’ouest de Beyrouth.

En 1991, il a dirigé Shaldag, l’unité des opérations spéciales de l’armée de l’air qui a joué un rôle central dans, entre autres opérations, l’évacuation de milliers de Juifs éthiopiens vers Israël.

A l’âge de 42 ans il est devenu général deux étoiles.

A la fin 2009, Barak, alors ministre de la défense et en décalage complet avec le chef de l’armée le Lieutenant Général Ashkenazi, a dû nommer un nouvel adjoint au chef de l’armée, un poste qui est perçu comme presque obligatoire sur le chemin vers le sommet.

Maj. Gen. (ret. ) Yoav Galant (photo credit: Yossi Zamir/Flash90/File)

Yoav Galant (Crédit : Yossi Zamir/Flash90/File)

Askenazi voulait le major général Gadi Eizenkot. Barak, à la recherche d’un officier voulant prêt à risquer une frappe contre l’Iran, voulait le major général Yoav Galant. Les deux ont trouvé un compromis avec Gantz.

En septembre 2010, même si Galant n’avait jamais servi comme officier de l’État-major – ni en tant qu’adjoint au chef d’État-major ni comme chef de la direction des opérations, les fonctions primordiales vers le sommet de la hiérarchie militaire – Barak l’avait choisi pour être chef d’État-major.

Le journaliste militaire chevronné, Amir Oren, avait alors comparé dans le quotidien Haaretz, Galant – un officier personnellement courageux et prétendument stratégiquement malléable – à Rafael « Raful » Eitan, le chef d’État-major qui a permis la guerre du Liban en 1982. Gantz s’est retiré, partant avec un goût amer à la bouche.

En février, deux semaines avant que Galant ne prenne le commandement de l’armée israélienne, le procureur général a déclaré, suite à un scandale entourant des violations de construction et son témoignage problématique signé devant la justice autour de ces violations, qu’il lui serait juridiquement difficile de représenter la décision du gouvernement devant la Cour suprême.

Quelques jours plus tard, Netanyahu et Barak ont été contraints de réduire leurs
pertes : Gantz, l’officier qui avait été exclu, celui qui avait été appelé « le prince » par ses détracteurs, un homme connu pour son bien-fondé et sa prudence, a prêté serment.

Le nouveau chef réaligna la position de l’armée sur deux frontières pivots : le désert du Sinaï et le Golan.

Reconnaissant que la colline le long du plateau du Golan n’était plus la dernière ligne de défense contre les colonnes de chars syriens, mais plutôt une frontière qui serait vraisemblablement attaquée par l’une des deux parties en conflit dans la guerre civile syrienne – les sunnites affiliés à Al-Qaïda et les chiites affiliés au Hezbollah – il libéra la Division 36 de son rôle à la fois comme gardien du Golan et comme force de combat, pour fonder la nouvelle Division 210, consacrée à, et équipée pour, la sécurité du périmètre.

Il a aussi renforcé la Division 80 dans le Sud, lui ajoutant de plusieurs nouvelles brigades régionales et une unité d’élite de reconnaissance dans le désert pour aider à arrêter le flux de la contrebande en Israël et interdire l’infiltration de terroristes du djihad basés dans le désert du Sinaï.

Des centaines de kilomètres et des milliers de tonnes de clôture métallique épaisse ont été placés le long des deux frontières, et Israël, qui a des entités terroristes retranchées le long de ses quatre fronts – l’Égypte, Gaza, le Liban et la Syrie – a vécu le tumulte régional, pendant le mandat de Gantz, dans une relative sécurité.

En outre, la boussole morale de Gantz est restée fidèle tout au long de son mandat.

Il a évincé le courageux et talentueux commandant du Bataillon Tzabar, après qu’il soit devenu clair qu’il avait mal géré une plainte d’agression sexuelle déposée par deux de ses soldats et avait eu lui-même une relation sexuelle inappropriée avec une subordonnée.

De plus, il a demandé aux patrouilles de l’armée et aux médecins de fournir une aide médicale aux civils et aux militants syriens blessés. Depuis le début de la guerre, en mars 2011, l’armée a soigné et évacué vers un hôpital plus de 1 400 combattants syriens et aidé des milliers d’autres sur le terrain.

En termes de religion, il a montré au début de son mandat que, comme c’est le cas partout dans le monde orthodoxe, l’astuce est souvent de savoir, face à une énigme, quelle autorité rabbinique approcher.

En juin 2011, un tollé a éclaté à propos de la prière traditionnelle du souvenir pour les soldats tombés: devrait-elle être : « Dieu se souviendra des fils courageux et fidèles des filles d’Israël qui sont tombés au service du pays », comme l’avait écrit le rabbin Shlomo Goren dans les années 1970, ou bien l’armée devait-elle s’en tenir au texte original « Le Peuple d’Israël se souviendra… »

Gantz nomma le Général de Brigade (de réserve) Yishai Beer à la tête d’une commission pour résoudre la question.

Beer, un général religieux des blindés qui se trouve être également un professeur de droit et un ancien président de la cour d’appel de l’armée, a constaté que le texte original était le plus approprié, restant en harmonie avec d’autres textes qui mentionnent explicitement Dieu.

La guerre en Syrie, qui a coûté la vie à 200 000 victimes, a frappé à la porte d’Israël à plusieurs reprises. L’Iran et la Syrie ont tenté de transférer des armes de pointe au Hezbollah en échange de ses services en Syrie. Israël aurait répliqué en plus de six occasions ; chacune portant en elle un risque léger, mais non négligeable, de dégénérer en une guerre. Gantz, comme son prédécesseur, aurait été capable de marcher sur corde étroite avec la Syrie tout en maintenant la dissuasion israélienne vis-à-vis du Hezbollah.

Il a également mené deux opérations contre le Hamas à Gaza.

La première a été particulièrement bien gérée : L’opération Pilier de Défense a duré tout juste huit jours et a commencé avec l’élimination ciblée du chef militaire du Hamas, Ahmad Jabari.

Hamas military leader Ahmed Jabari, who was assassinated in an Israeli Air Force strike on Wednesday (photo credit: YouTube screen capture)

Ahmad Jabari, (Crédit : capture d’écran YouTube)

La seconde, l’opération Bordure protectrice de l’été dernier, a pris fin de manière ambiguë. Il a fallu 50 jours. Des milliers de roquettes ont été tirées sur les citoyens d’Israël.

Et le Hamas, une organisation terroriste qui apprend vite de ses erreurs, n’a ni été repoussée lors de sa campagne contre la puissante armée israélienne, ni surprise. Sa machine militaire, opérant à quelques kilomètres d’Israël, n’a jamais été mise en danger.

Si Israël est contraint de retourner au combat à Gaza dans les deux à trois prochaines années, l’opération sera considérée comme un échec. Si le calme tient pendant 10 ans, comme pour la Seconde guerre du Liban, elle sera considérée comme un succès.

Le successeur de Gantz, Eisenkot, qui a servi comme son adjoint, a examiné de près les événements.

Comme commandant en chef des opérations et commandant de la Région Nord, on a vu Ashkenazi, le fantassin bourru ramené à l’armée après le mandat du général de l’armée de l’air Dan Halutz et la débâcle de la Seconde guerre du Liban, mettre l’accent sur les principes de la guerre au sol et le leadership du terrain sur le front – deux éléments qui ont manqué pendant la guerre et qui ont été améliorés depuis.

Comme adjoint au chef d’État-major, on a vu Gantz, après la période de scandales de son prédécesseur, prêcher par l’exemple en toute droiture, et s’adapter à l’évolution des circonstances.

En ce qui concerne Gaza, par conséquent, il est certainement conscient que, si l’armée est obligée de reprendre la main, les Israéliens exigeront une resultat plus clair dans un court laps de temps.

En ce qui concerne l’Iran, la décision de ne pas prendre une décision est principalement du ressort du gouvernement d’Israël et de son Premier ministre.

Les discours, semble-t-il, n’ont pas arrêté la progression iranienne franchement brillante. Mais Gantz et Ashkenazi, qui ont dirigé l’armée au cours des sept dernières années, porteront une grande part de responsabilité si l’accord audacieux du président américain Barack Obama avec Téhéran s’avère être inefficace, et qu’Israël, après avoir attendu, se trouvait confronté devant un fait accompli.

Eisenkot, dont on dit qi’il serait opposé à une attaque, devra alors reconsidérer sa position et, pour emprunter un terme d’Obama, tendre l’arc de l’héritage de son prédécesseur.