Horrifiés par l’escroquerie mondiale perpétrée par des sociétés d’options binaires frauduleuses, dont la plupart sont situées ou liées à Israël, des responsables de la répression des fraudes d’une vingtaine de pays se sont réunis aux Pays-Bas ce mois-ci pour s’accorder sur la façon de s’attaquer au problème, a appris le Times of Israël.

Le sommet, premier du genre, qui a eu lieu il y a deux semaines, a accueilli des fonctionnaires et des enquêteurs de la plupart des pays européens, ainsi que le FBI, la Commission des titres des États-Unis, les Autorités des titres canadiennes (CSA) et l’Autorité des marchés financiers (AMF) française.

La réunion était organisée par Europol, l’agence chargée de la lutte contre la criminalité de l’UE, dont l’objectif est « d’aider les 28 États membres de l’UE dans leur lutte contre la criminalité internationale et le terrorisme ».

L’industrie des options binaires, en grande partie frauduleuse, est apparue en Israël en 2008, en partie en réponse à la loi américaine sur les jeux illicites en ligne, Unlawful Internet Gambling Enforcement Act (UIGEA), qui a été votée en 2006. Elle interdit aux sociétés de jeux en ligne d’accepter des paiements de clients américains. Elle s’est épanouie avec peu ou pas d’intervention des autorités israéliennes depuis lors, en dépit de la preuve écrasante de l’escroquerie perpétrée par les entreprises israéliennes.

Les autorités israéliennes ont interdit, l’année dernière, aux entreprises d’options binaires de cibler les Israéliens, mais elles sont autorisées à continuer à cibler les victimes partout dans le monde. La police a, dans l’ensemble, refusé de s’attaquer à la centaine d’entreprises opérant en Israël, même si un bon nombre des ruses employées sont manifestement illégales.

Offre d'emploi pour Prime Sales avec une image tirée du film "Les loups de Wall Street". (Crédit : capture d'écran)

Offre d’emploi pour Prime Sales avec une image tirée du film « Les loups de Wall Street ». (Crédit : capture d’écran)

« Les gens cherchaient un moyen de transformer les marchés financiers et de présenter un casino financier simplifié aux masses », a déclaré une source au Times of Israel lorsqu’elle a évoqué les origines de l’industrie. Cependant, dès le début, une grande partie de l’industrie était frauduleuse, avec des « courtiers » adoptant de faux noms et de fausses références pour mentir aux clients sur la chance presque inexistante de gagner de l’argent.

Les entreprises frauduleuses d’options binaires attirent leurs victimes en les convainquant d’investir de l’argent, en leur faisant croire que ce sont des investissements à court terme extrêmement rentables. Elles les encourageant à « investir » de plus en plus d’argent. Mais en employant une variété de ruses, les entreprises veillent à ce que l’écrasante majorité de leurs clients perdent la totalité ou presque de leur argent.

Souvent, les victimes perdent des dizaines de milliers de dollars ou plus. L’industrie a grandi et a prospéré en Israël depuis neuf ans, arnaquant des centaines de milliers de victimes dans le monde entier qui ont perdu des milliards de dollars avec peu ou pas d’intervention des autorités israéliennes.

La plupart des courtiers d’options binaires, ainsi que la plupart des principaux fournisseurs de plateformes de transaction, sont situés en Israël, bien que certains soient en Bulgarie, en Roumanie, en Afrique du Sud et ailleurs.

« Je peux confirmer qu’il y avait une réunion sur les options binaires », a déclaré Tine Hollevoet, un porte-parole d’Europol, au Times of Israel. « Le but de la réunion était de sensibiliser à ce phénomène en Europe, d’échanger sur nos expériences et d’adopter de meilleures pratiques, et surtout d’essayer d’établir une vue d’ensemble sur le phénomène en Europe. C’était la première réunion que nous avons organisée sur ce sujet, et je suis sûr que d’autres suivront à l’avenir. »

Hollevoet a déclaré qu’ « une vingtaine d’Etats membres de l’UE, des autorités américaines et canadiennes, des autorités de réglementation et des partenaires privés se sont joints à cette réunion ». Les autorités israéliennes n’étaient pas présentes.

Au cours des derniers mois, le Times of Israël a détaillé la fraude massive des entreprises israéliennes d’options binaires, en commençant en mars par un article intitulé « Les loups de Tel Aviv », et a estimé que l’industrie représente plus de 100 entreprises en Israël, dont la plupart sont frauduleuses. Des milliers d’Israéliens travaillent dans ce domaine, qui aurait arnaqué des milliards de dollars à des victimes du monde entier pendant la dernière décennie.

Fred Turbide et son épouse Maria Chaves-Turbide (Crédit : autorisation)

Fred Turbide et son épouse Maria Chaves-Turbide (Crédit : autorisation)

La semaine dernière, le Times of Israël a annoncé que le Canadien Fred Turbide s’était suicidé après avoir perdu plus de 200 000 dollars canadiens à cause d’entre entreprise israélienne d’options binaires. Cette société a récupéré de l’argent sur la carte de crédit de Turbide même après sa mort. Sa veuve a voulu raconter la tragédie pour que « le monde sache qu’ils sont responsables de la mort de l’amour de ma vie. »

Le bureau du Premier ministre a condamné en octobre les « pratiques sans scrupule » de l’industrie, et a appelé à son interdiction dans le monde entier.

En réponse aux articles du Times of Israël, la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset a organisé une session spéciale le 2 janvier sur l’échec du gouvernement à arrêter la fraude des options binaires. La présidente de la commission, la députée Karin Elharar, du parti Yesh Atid, a demandé que la police commence à appliquer la loi contre les entreprises frauduleuses d’options binaires dès le prochain mois, et que l’Autorité des titres israélienne présente d’urgence un projet de loi permettant de fermer toute l’industrie.

La députée Karin Elharar, présidente de la commission de Contrôle de l'Etat de la Knesset, à droite, le président de l'Autorité des titres israélienne, Shmuel Hauser, troisième à droite, et d'autres participants à une session sur la répression de la fraude des options binaires, le 2 janvier 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israël)

La députée Karin Elharar, présidente de la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset, à droite, le président de l’Autorité des titres israélienne, Shmuel Hauser, troisième à droite, et d’autres participants à une session sur la répression de la fraude des options binaires, le 2 janvier 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israël)

La police a ignoré la demande d’Elharar de se présenter devant la commission. Une seconde réunion aura lieu en février, et il a été ordonné à la police d’y être présente.

En novembre, Shmuel Hauser, président de l’Autorité des titres israélienne (ATI), a déclaré au Times of Israël que des consultations avaient commencé sur la formulation de la loi qui interdirait à toutes les entreprises d’options binaires basées en Israël de cibler quiconque dans n’importe quel pays. (Il est déjà interdit aux entreprises israéliennes de cibler des Israéliens.) Les consultations ont été étendues au procureur général, Avichai Mandelblit, et au gouvernement, a-t-il déclaré.