Sept mois après qu’elle soit passé à la Knesset, la loi rendant obligatoire le service militaire (ou civil) pour les membres de la communauté haredi a reçu des éloges pour avoir permis une forte augmentation du nombre d’ultra-orthodoxes israéliens à rentrer sur le marché du travail.

Les chiffres du gouvernement présentés aux législateurs ont montré une multiplication par trois du nombre d’hommes ultra-orthodoxes qui cherchent du travail par le biais d’organismes gouvernementaux par rapport à l’année dernière, a rapporté mardi le site d’informations Walla.

Les chiffres ont été présentés au Comité Peri, le comité de la Knesset dirigé par le ministre des Sciences Yaacov Peri qui supervise la mise en œuvre de la loi sur « le service national et l’égalité » et qui pourrait représenter un tournant dans les efforts de l’Etat en vue d’accroître la participation des haredim dans le marché du travail.

Pour la première moitié de 2013, 734 hommes se sont tournés vers les centres pour l’emploi du ministère de l’Economie. La même période cette année a connu un accroissement atteignant 2 135 personnes.

Les chiffres montrent que la moitié des haredim demandeurs d’emploi masculins de cette année (de janvier à juin) sont âgés de 18 à 27 ans, l’âge des étudiants de yeshiva qui sont maintenant autorisés à travailler en vertu de la loi.

La loi, adoptée en février 2014, a cherché à mettre fin à la pratique de masse permettant aux haredim d’échapper au service. Selon les anciennes règles, les hommes ultra-orthodoxes pouvaient éviter le service militaire ou national en passant au moins huit ans dans une yeshiva à temps plein.

Le sursis du service national a été conditionné à l’étude continue en yeshiva, une mesure qui visait à empêcher la fraude, mais qui a fini par bloquer des dizaines de milliers de jeunes hommes en dehors du marché du travail.

La nouvelle loi met fin à l’obligation d’étudier à plein temps pour ne pas être enrôlé, mais a fixé des contingents d’enrôlement minimum pour les hommes qui étudient la Torah et des sanctions pénales pour ceux qui évitent l’enrôlement.

Les nouveaux chiffres apparaissent comme une victoire politique bien nécessaire pour le ministre des Finances Yair Lapid, dont le parti Yesh Atid a été l’un des architectes et des partisans les plus enthousiastes du projet de loi.

« En quelques mois, des dizaines de milliers de haredim recevront un avis disant qu’ils peuvent quitter la yeshiva et intégrer le marché du travail » s’est enthousiasmé Lapid sur Facebook au cours du mois de février.

Le projet de loi prévoit d’ajouter « des dizaines de milliers d’ultra-orthodoxes à la main-d’œuvre, qui survit actuellement grâce aux pensions de l’État, et de provoquer une augmentation spectaculaire du nombre d’ultra-orthodoxes servant dans l’armée et dans la fonction publique » avait déclaré à l’époque le député Ofer Shelah du parti Yesh Atid.

Les députés de ce parti ont fait ces prédictions alors que de nombreux analystes et commentateurs ont critiqué le projet de loi pour avoir inclus des sanctions pénales contre ceux qui ne voulaient pas se soumettre, ainsi que la mise en œuvre tardive des dispositions pénales jusqu’en 2017.

Les chiffres peuvent ne représenter que le sommet de l’iceberg. Ils ne représentent en effet que ceux qui ont cherché via les agences de l’Etat. Beaucoup d’autres étudiants de yeshiva ont sans doute cherché du travail par un autre biais.

Les centres d’emploi offrent une formation professionnelle, un facteur essentiel pour améliorer les perspectives des haredim. En effet, beaucoup de ceux qui n’ont connu que les bancs de la yeshiva n’ont pas les compétences de base requises en informatique ou en anglais.

« Ces chiffres sont spectaculaires pour la communauté haredi, mais encore plus pour l’Etat d’Israël » a déclaré le ministre de l’Economie Naftali Bennett, qui préside Habayit Hayehudi et qui a collaboré avec Yesh Atid dans la promotion de la nouvelle loi sur l’enrôlement.

« En d’autres termes, nous parlons d’une baisse du nombre d’Israéliens qui ne travaillent pas et de l’ajout d’une excellente main d’oeuvre à l’économie » a-t-il déclaré à Walla.

« Quand il s’agit de la communauté haredi, bien sûr, nous parlons [également] d’une autre étape vers l’intégration dans la société israélienne. Il s’agit d’une communauté d’excellence, et il est dans notre intérêt à tous qu’elle puisse contribuer au pays tout en préservant son identité unique » a résumé Bennett.