NEW YORK (JTA) — A la cérémonie d’au revoir d’Abe Foxman, il y a eu des accolades, il y a eu des souvenirs d’accolades et une grande variété de personnes pour faire ces accolades.

Abe aime faire des accolades, il a pris dans ses bras tous ceux qui étaient présents le 17 juin lors du gala marquant sa retraite de la Ligue Anti-Diffamation où il a milité 50 ans et qu’il a dirigé ces 28 dernières années.

Beaucoup de monde a eu le droit à une accolade d’Abe : il y avait environ 1 200 personnes présentes, il a même fallu utiliser les balcons dans la salle de bal de l’Astoria Waldorf.

Sur scène, il y a eu des hommages de juifs, de musulmans et de chrétiens, d’importants libéraux et de conservateurs, un témoignage sur le sens diplomatique de Foxman et sa capacité à dépasser les clivages.

Au tables, et entre les tables, la conversation tournait autour de… Michael Oren.

Que pense l’ancien ambassadeur israélien des Etats-Unis ? Même Abe en a parlé après m’avoir pris dans ses bras, oui !

Il s’agit d’une coïncidence : la fête de Foxman a eu lieu la semaine même où les publicitaires d’Oren faisaient la promotion de la sortie de ses mémoires, « Allié ». Le contraste était pourtant réel et prononcé : tout en disant au revoir à la carrière d’un homme qui a construit des ponts, la foule pensait aux prochaines actions d’un homme qui semblait prêt à les brûler.

Oren, né aux Etats-Unis et ambassadeur de 2009 à 2013, a été l’enfant chéri de la communauté juive américaine. Il est aujourd’hui membre de la Knesset dans la coalition du Premier ministre. Il avait publié cette semaine un éditorial dans le Wall Street Journal accusant le président Barack Obama d’avoir abandonné sciemment les principes fondamentaux de la relation entre les Etats-Unis et Israël.

Le ton véhément d’Oren et sa volonté de critiquer le président ont surpris ceux qui le connaissaient comme un diplomate qui fut capable de rester mesuré lors des tensions entre Netanyahu et Obama, comme l’homme qui a souvent dit, lorsqu’il était ambassadeur, que les deux hommes entretenaient une relation amicale d’égal à égal, comme le feraient « deux gars diplômés de Cambridge dans le Massachusetts ».

Ces remarques sont officieuses, mais elles donnent une idée générale de la manière dont une foule de disciples d’ADL a réagi à Oren 2.0 dans la déclaration que Foxman a faite après que l’ambassadeur a publié un autre article lié à la sortie de son livre :

Oren, dans un article publié dans Foreign Policy, « va dans le royaume des théories conspirationnistes et, avec un élément de psychologie amateur, il lie les politiques américaines au Moyen Orient à l’histoire personnelle du président qui avait un père musulman« , a déploré Foxman.

Ensuite, suggère Foxman, Oren « va un peu plus loin en suggérant que cette ‘vision du monde’ des musulmans et de l’islam a conduit le président à embrasser le monde musulman au détriment d’Israël et des intérêts américains en sécurité nationale. Il en résulte des stéréotypes limites et de l’insensibilité ».

Oren, dans son essai, soutient qu’Obama espérait gagner la « ummah », le terme islamique pour « une communauté de croyants qui transcende les frontières, les cultures et les nationalités ».

« J’arrive à imaginer comment un enfant élevé par une mère chrétienne peut se voir comme un pont naturel entre ses deux maris musulmans », a écrit Oren.

« Je pourrais aussi spéculer sur la façon dont l’abandon de l’enfant par ces hommes pourrait le conduire, plusieurs années plus tard, à rechercher l’acceptation de leurs coreligionnaires ».

« Il sait si bien faire des accolades », a déclaré Susan Rice, la conseillère en sécurité nationale.

« Avez-vous déjà été étreint par Abe Foxman ? », a demandé le rabbin Arthur Schneier. « Cela vient du cœur ».

« Il y a tellement d’accolades dans la salle ce soir », a déclaré Joel Klein, l’ancien Tsar des écoles de la ville de New York, qui avait un peu l’air d’avoir besoin d’un câlin après que Katie Couric, la maîtresse de cérémonie de la soirée, eut révélé qu’il ne l’avait pas rappelée après un rendez-vous dans un passé lointain.

Foxman, 75 ans, a reçu les éloges de deux haut responsables de l’administration Obama, Rice et l’émissaire à l’ONU Samantha Power.

Mais il a aussi reçu un hommage de Tom Friedman, Le chroniqueur du New York Times, qui s’est accroché avec Foxman sur la politique d’Israël. Friedman a révélé que Foxman avait été son conseiller au Camp Herzl dans le Wisconsin, où le point culminant de chaque année est la reconstitution de l’Affaire Dreyfus.

La retraite de Foxman méritait également une apparition de Roger Ailes, le chef de la chaîne Fox News qui a dû subir la colère de Foxman dans le passé pour avoir fabuler sur de possibles conspirations au sujet d’une personnalité de Fox Glenn Beck.

L’ensemble de la soirée a été un témoignage de la capacité de Foxman de se disputer et de se réconcilier – souvent dans la même conversation.

« En quelques minutes, dès notre première communication téléphonique, je me sentais comme faisant partie de la famille », a déclaré Power en décrivant leur première interaction pendant le premier mandat d’Obama, quand elle était au Conseil national de sécurité.

« Nous hurlions, s’interrompant l’un de l’autre et on jurait. Je pense que j’avais presque fini ce premier appel téléphonique en disant ‘je vous aime’. »

(Power a également raconté cet incident étrange où elle a appelé par erreur Foxman avec son derrière alors qu’elle déposait son enfant à l’école un matin, et qu’elle a entendu la voix angoissée de Foxman émergé de son derrière. Le fait que dans ce contexte, l’histoire ne semblait pas du tout bizarrement inappropriée témoigne de l’intimité de la soirée.)

Eboo Patel, un musulman qui dirige Interfaith Youth Ministries, a décrit son accrochage avec Foxman après que l’ADL a notifié ses objections à une proposition musulmane de construire un centre communautaire islamique et un monument pour les victimes des attentats du 11 septembre 2001 à proximité du World Trade Center, le site où a eu lieu l’attaque terroriste à New York.

Foxman, se remémore Patel, a fait le premier pas, et tandis qu’il est encore persuadé que Foxman a eu tort de s’opposer au centre, Patel a facilement accepté une offre de travailler ensemble pour soutenir la construction de mosquées, ailleurs aux États-Unis. Foxman, poursuit Patel, a la « capacité d’être en désaccord sur certaines choses fondamentales et de travailler ensemble sur d’autres choses fondamentales ».

Cela a été mon expérience professionnelle avec Foxman et sa tendance à dire des choses mordantes et controversées dignes des Unes. Si vous lui demandez s’il pense que, peut-être, cette fois, il a franchi une ligne, il admet qu’il a eu tort, ou il admet que vous pourriez avoir raison, ou il dit qu’il est en désaccord, mais vous savez quoi, ce n’est pas grave. Je l’ai appelé une ou deux fois au cours de ces années, et ces appels caractérisent assez bien les appels qui ont suivi.

L’influence de Foxman était évidente dans les messages vidéo d’Obama et de son prédécesseur à la Maison Blanche, George W. Bush, mais aussi avec les photos qui passait en boucle constante.

La photo la plus frappante : Abe, souriant, un bras autour de Henry Kissinger, l’autre autour du révérend Jesse Jackson. Quelle conversation le photographe a-t-il pu interrompre ?

Appelons cela le suivi Foxman. En plus de 50 ans, cela l’a aidé à atteindre des endroits intéressants.

« Oui, je suis jaloux, vous semblez avoir beaucoup plus accès au pape que je moi », a déclaré le cardinal Timothy Dolan, l’archevêque de New York.

Mais, Dolan a conclu : « Vous m’avez rendu beaucoup plus sensible, beaucoup plus conscient. »

La prochaine fois que Foxman et Oren se rencontreront, s’ils se rencontrent à nouveau, Abe pourra peut-être lui donner l’une de ces célèbres accolades.