Samuel Maoz, le réalisateur du triste « Foxtrot », une ode aux réalités et aux difficultés de la vie israélienne, a été mardi soir le grand gagnant des Ophirs, en remportant huit récompenses, dont celle du Meilleur film et celle du Meilleur réalisateur.

Le film avait déjà été primé à la Mostra de Venise et au Festival du film de Toronto, et a été vivement fustigé par la ministre de la Culture, Miri Regev, car il présente l’armée israélienne sous un jour critique.

Le film a également remporté l’Ophir du Meilleur acteur, pour Lior Ashkenazi, de la Meilleure bande son, du Meilleur montage, de la Meilleure cinématographie et de la Meilleure musique.

Samuel Maoz, surnommé Shmulik, a déclaré que le film avait pour objectif d’ouvrir la discussion et de créer un dialogue.

« Je ne suis pas né réalisateur, j’ai été soldat », a dit Maoz, qui a servi dans l’artillerie israélienne.
« ‘Foxtrot’ est un film que j’ai fait par amour pour cet endroit et pour son peuple, et pour le cinéma bien sûr. Et si vous allez voir ‘Foxtrot’, vous verrez cela. »

Cette dernière remarque semblait destiner à Regev, qui a vivement critiqué le film sans pour autant l’avoir vu.

Mosh Danon, le président de l’Académie du cinéma d’Israël, a déclaré mardi soir pendant la cérémonie que « nous racontons aussi l’histoire de l’Etat d’Israël. Aucun d’entre nous n’a le monopole de la vérité. »

Il a souligné le besoin de dialogue et de réflexion, et appelé ceux qui allaient passer sur scène à ne pas critiquer ceux qui n’étaient pas présents à la cérémonie, notamment Regev, qui n’a pas été invitée cette année.

Il a pourtant été trop tentant pour beaucoup de résister à passer leurs propres appels à la liberté artistique.

Lamis Ammar, l’une des actrices qui jouait dans « Sand Storm », drame familial bédouin récompensé l’année dernière, avait refusé de monter sur scène l’année dernière, quand Regev avait remis l’Ophir du Meilleur film.

Cette année, Ammar, actrice palestinienne, a présenté l’Ophir de la Meilleure actrice dans un second rôle, et en a profité pour dire que les acteurs palestiniens « n’arrêtent pas de créer, avec ou sans argent, depuis cette scène, et depuis les prisons. »

Mouna Hawa, qui a remporté cette récompense pour le film « In Between », réalisé par la Palestinienne Maysaloun Hamoud, et qui raconte la vie de femmes arabes à Tel Aviv, n’a pas parlé politique et a simplement remercié les producteurs pour avoir eu l’opportunité de faire un film sur la solidarité féminine et le désir de vivre comme une personne indépendante.

Hamoud, qui joue également dans le film qu’elle a réalisé, a remporté l’Ophir de la Meilleure actrice, et a paraphrasé Martin Luther King, disant qu’elle continuerait à demander la liberté et à ne jamais s’excuser d’être qui elle est.

Quand Lior Ashkenazi a remporté l’Ophir du Meilleur acteur, le troisième de sa carrière, pour « Foxtrot », il a défendu les valeurs du film, expliquant que sa fille allait bientôt s’enrôler dans l’armée, « parce qu’elle le veut, ce sont ses valeurs et c’est qui elle est », a-t-il dit.

« ‘Foxtrot’ est peut-être le film le plus israélien de ces dernières années, a dit Ashkenazi. Il ne parle pas d’Ashkénazes et de Mizrahis, de gauche et de droite, c’est un film sur nous. Aucun Israélien ne peut voir ce film sans s’y identifer. »