Dans l’opposition de droite française, la guerre est désormais ouverte entre trois chefs pour apparaître comme le candidat le plus apte à remporter la présidentielle de 2017 : Nicolas Sarkozy, 59 ans, Alain Juppé, 69 ans et François Fillon, 60 ans.

« Aujourd’hui le match a commencé », a résumé dimanche Alain Juppé, entre un entretien donné au Journal du Dimanche par l’ex-président Sarkozy et sa première apparition publique attendue dans la soirée sur la chaîne de télévision France 2, depuis l’annonce vendredi de son retour en politique.

Depuis trois jours, les Français, dont une majorité n’approuve pas qu’il revienne sur l’avant-scène politique, assistent médusés à un déferlement médiatique tous azimuts de Nicolas Sarkozy.

« Je n’ai pas le culte des sauveurs, mais le culte des idées », a renchéri François Fillon devant des militants, en se moquant implicitement de la volonté de « sauver » la France attribuée à Nicolas Sarkozy, auprès duquel il a servi comme Premier ministre pendant cinq ans entre 2007 et 2012.

Tactiquement, l’ancien chef d’Etat a décidé de revenir par la petite porte en reprenant les rênes du parti UMP, dont la présidence est à pourvoir le 29 novembre. S’il réussit à redorer le blason de cette formation, en grave crise financière et morale, il pourra s’en servir, face à ses rivaux, comme d’un outil de poids au service de son ambition présidentielle réitérée.

« Je vais changer le nom du parti, mettre en place une nouvelle organisation, installer une relève et faire revenir les adhérents et donateurs pour redresser les comptes », a expliqué Nicolas Sarkozy au Journal du Dimanche.

‘Tout le monde’ peut battre Hollande

Tant Alain Juppé que François Fillon, candidats déclarés à la prochaine présidentielle, sont décidés à aller coûte que coûte jusqu’à une primaire programmée en 2016.

« Je vais aller jusqu’au bout » et « vous le verrez en 2016 et 2017 », a assuré Alain Juppé aux médias Europe 1/Le Monde/iTélé.

L’ex-Premier ministre de Jacques Chirac et ex-ministre de Sarkozy (Défense et Affaires étrangères) s’est engagé à n’exercer qu’un seul mandat s’il est élu dans trois ans, en balayant les questions sur son âge et en faisant valoir son expérience.

Après le congrès de l’UMP en novembre, « j’agirai en homme libre, parce que notre mouvement a besoin de débats pour se réinventer », a plaidé de son côté François Fillon, en soulignant préparer « un projet pour la France ».

Face à Nicolas Sarkozy, les deux hommes peuvent arguer qu’ils ne sont pas cités dans une demi-douzaine d’affaires judiciaires.

Le dossier le plus grave pour l’ex-chef d’Etat est une mise en examen (inculpation) en juillet pour corruption active d’un magistrat.

La justice s’intéresse aussi aux comptes de l’UMP, notamment à des factures litigieuses réglées lors de sa campagne présidentielle fin 2011-début 2012.

L’ex-président assure être « une victime » dans ce dossier.

« En matière d’ennuis judiciaires, vaut mieux pas se livrer à un match, hein ! », a ironisé dimanche Alain Juppé, condamné en 2004 à 14 mois de prison avec sursis et une année d’inéligibilité dans une affaire d’emplois fictifs.

Il dispose aujourd’hui d’une grande longueur d’avance sur François Fillon en étant la « Personnalité politique préférée des Français ».

Si Nicolas Sarkozy reste plébiscité par les militants UMP, les Français mettent en tête Alain Juppé lorsqu’il leur est demandé qui ils voudraient voir représenter l’opposition à la prochaine présidentielle.

« La question n’est pas de savoir qui peut battre François Hollande », à 13 % dans les sondages de popularité – le plus bas jamais enregistré pour un président français – et dont la gestion politique est discréditée. « A priori, tout le monde », a noté dimanche François Fillon.

Un constat qui peut inclure implicitement la patronne du parti d’extrême droite Front national, grand vainqueur des dernières européennes de mai.

Selon plusieurs sondages, Marine Le Pen pourrait figurer parmi les deux finalistes du prochain scrutin présidentiel à deux tours de 2017.

Pour les trois rivaux de droite comme pour le parti socialiste au pouvoir, au-delà des querelles de personnes, l’enjeu principal est donc d’être aussi au deuxième tour.