La famille sera au centre du plus gros rassemblement musulman du monde occidental, du vendredi au lundi au Bourget en région parisienne sur fond d’inquiétude chez les musulmans autour du mariage homosexuel et des débats sur le genre.

Avec 160 000 visiteurs en 2013, le rassemblement annuel de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), avec son « souk », ses conférences, son espace jeunesse et son « Pavillon Coran », est aussi une immense foire commerciale qui s’étire sur 20 000 m2.

Pour sa 31e édition, de vendredi 18 avril au lundi 21, au Parc des Expositions du Bourget, l’UOIF, réputée proche des Frères musulmans, a choisi le thème « Quelles valeurs pour un monde en mutation ? L’homme, la famille, le vivre-ensemble. »

« Les thèmes collent toujours à l’actualité », déclare Amar Lasfar, président de l’UOIF, l’une des grandes branches de l’islam de France, qui fédère 250 associations et revendique des partenariats avec un tiers des 3 000 lieux de culte.

« Le mariage pour tous, les ABCD de l’égalité…, ça heurte notre religion et ça nous inquiète », ajoute-t-il, en référence au programme d’éducation à l’égalité fille-garçon testé dans certaines académies.

Selon une rumeur, ce programme préfigure l’introduction d’une prétendue « théorie du genre » à l’école. En janvier, il a nourri des appels au boycott des classes, qui ont été surtout suivis dans les quartiers populaires où vivent de nombreux musulmans.

Malgré ses inquiétudes sur la « théorie du genre », l’UOIF a condamné ces Journées de retrait de l’école (JRE), refusant d' »utiliser les enfants dans les débats des grands ». De même, elle n’a pas voulu inviter à son grand raout l’initiatrice de ces JRE, Farida Belghoul.

« Nous sommes pour le débat mais nous ne voulons pas de polémique. Au vu de la conjoncture actuelle, c’est mieux qu’elle n’apparaisse pas avec nous », explique M. Lasfar.

‘Mauvais musulmans’

Les conférenciers invités par l’UOIF sont toujours scrutés à la loupe. En 2012, en pleine campagne présidentielle et après l’affaire Merah, le gouvernement de Nicolas Sarkozy avait interdit d’entrée sur le territoire six orateurs, accusés de radicalisme.

L’édition 2013 s’était déroulée sans publicité, même si l’égérie des manifestations d’opposants au mariage homosexuel, Frigide Barjot, s’était invitée dans les allées du Bourget.

Cette année, l’UOIF a invité 70 personnalités, dont les controversés Hani et Tariq Ramadan, petits-fils du fondateur des Frères musulmans, mais aussi le Père Christophe Roucou, chargé des relations avec l’islam à la Conférence des évêques de France, ou l’universitaire Raphaël Liogier.

L’organisation avance sur une ligne de crête, souligne une source au ministère de l’Intérieur: elle est soucieuse de ne pas redevenir la bête noire des autorités, mais elle cherche à regagner les cœurs des jeunes générations qui la jugent pas assez combative sur l’islamophobie notamment.

« Pour eux, malgré un grand conservatisme sur les questions de mœurs, la menace suprême vient des salafistes », ajoute cette source.

Ce que reconnaît aisément M. Lasfar: « une partie des nôtres sont tentés par un repli identitaire. Les premiers à en souffrir, c’est nous. »

C’est pourquoi le thème du « vivre-ensemble » a aussi été retenu pour cette rencontre. « Les conférenciers sont invités à s’exprimer sur le communautarisme », a précisé M. Lasfar.

Le secrétaire général de l’UOIF, Okacha Ben Ahmed, s’attend à croiser le fer entre les stands: « Tous les ans, il y a ceux qui viennent pour la salle de conférence, le souk, les activités jeunesse ou ludiques. Et il y a nos détracteurs qui viennent nous accuser d’être des mauvais musulmans », dit-il. « Nous gérons ça, c’est la réalité de la communauté. »