Les sept candidats à la primaire de la gauche française pour l’élection présidentielle vont tenter de marquer des points jeudi soir lors de leur premier débat télévisé, à dix jours d’un scrutin sur lequel pèse l’incertitude de la mobilisation des électeurs.

Cette primaire est censée asseoir une candidature socialiste, mais aucun sondage depuis deux ans et demi ne donne un représentant de ce parti au second tour de la présidentielle en mai. Selon les sondages actuels, cette élection s’annonce comme un duel serré entre la droite et l’extrême droite.

La gauche française sort fragmentée de cinq ans de mandat de François Hollande, marqué par une impopularité record. La maire socialiste de Paris Anne Hidalgo a ainsi dénoncé jeudi, dans un entretien au journal Le Monde, « l’immense gâchis du quinquennat qui se termine ».

Au-delà de ses adversaires de droite (François Fillon) et du Front national (Marine Le Pen), le vainqueur de la primaire sera confronté à deux challengers de son propre camp ayant décidé de faire cavalier seul: le chef de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, et l’ex-ministre de l’Economie Emmanuel Macron, 38 ans, dont les réunions publiques attirent les foules.

Emmanuel Macron (Crédit : Facebook)

Emmanuel Macron (Crédit : Facebook)

Cinq anciens ministres du gouvernement de François Hollande sont en concurrence pour la primaire : l’ex-Premier ministre Manuel Valls, étiqueté favori mais fragilisé par des revirements, Arnaud Montebourg (Economie), Benoît Hamon et Vincent Peillon (Education), et Sylvia Pinel (Artisanat, Logement), la seule femme candidate.

‘Enjeu de mobilisation’

Jean-Luc Bennahmias, centriste de gauche, et François de Rugy, écologiste, complètent le bal des prétendants au scrutin organisé les 22 et 29 janvier.

Trois thématiques seront abordées pendant le premier débat jeudi soir: les questions économiques et sociales ; le terrorisme ; et enfin les valeurs de la République, la laïcité et la place de l’islam en France. Deux autres débats sont prévus d’ici le premier tour, dimanche et le 19 janvier.

François Fillon, dans un bureau de vote à Paris, le 20 novembre 2016. (Crédit : Martin Bureau/AFP)

François Fillon, dans un bureau de vote à Paris, le 20 novembre 2016. (Crédit : Martin Bureau/AFP)

A droite, les bonnes prestations de François Fillon lors des débats avaient été suivies d’un spectaculaire bond dans les sondages, puis de sa victoire à la primaire de novembre.

Le défi pour le PS, selon le responsable de l’institut de sondage Ifop Frédéric Dabi, est « un enjeu de mobilisation » et de « crédibilisation » face à des électeurs déçus de la gauche.

Les chiffres de la participation seront particulièrement observés. La droite, qui organisait pour la première fois une primaire pour désigner son candidat, a attiré 4,4 millions d’électeurs en novembre, mais le PS serait satisfait de renouveler sa performance de 2011 (2,9 millions d’électeurs).

Célèbre pour sa défense de la « démondialisation » et du protectionnisme, l’ex-ministre de l’Economie Arnaud Montebourg, 54 ans, remercié en août 2014 pour avoir critiqué le virage libéral du président Hollande, est son principal challenger.

Benoît Hamon à La Fête de la Rose du PS 44, à Préfailles le 15 septembre 2009 (Crédit : Pleclown/Wikimedia commons/CC SA 3.0)

Benoît Hamon à La Fête de la Rose du PS 44, à Préfailles le 15 septembre 2009 (Crédit : Pleclown/Wikimedia commons/CC SA 3.0)

Plus à gauche, Benoît Hamon est celui qui bénéficie aujourd’hui de la meilleure dynamique, au point de talonner Arnaud Montebourg dans les dernières enquêtes.

‘Clarification’

Parmi les sujets qui divisent les candidats, il y la récente loi sur une réforme du droit du travail, emblématique du gouvernement Valls, dont Hamon et Montebourg réclament l’abrogation pure et simple.

La proposition choc de Benoît Hamon d’instaurer un revenu universel (environ 700 euros) suscite aussi la controverse.

Si son promoteur y voit une réponse à la « raréfaction du travail », Manuel Valls s’est dit « opposé à une société de l’assistanat et du farniente », tout comme Arnaud Montebourg, pour qui cette mesure aurait « pour conséquence d’augmenter de 50 % la totalité des impôts ».

Le président français François Hollande (à gauche) et son Premier ministre Manuel Valls après le conseil des ministres, au Palais de l'Elysée, à Paris, le 23 novembre 2016. (Crédit : AFP/Stéphane de Sakutin)

Le président français François Hollande (à gauche) et son Premier ministre Manuel Valls après le conseil des ministres, au Palais de l’Elysée, à Paris, le 23 novembre 2016. (Crédit : AFP/Stéphane de Sakutin)

Sur l’Europe, si les candidats partagent le même diagnostic d’une UE en « crise », ils divergent radicalement sur la stratégie pour entamer les réformes, comme sur le respect ou non des engagements de la France en matière de déficit budgétaire.

Lors du débat, les candidats devront réussir à marquer leurs différences sans se déchirer, pour pouvoir se rassembler derrière le vainqueur de la primaire.

Franchir le cap du premier tour de la présidentielle en avril exigerait cependant d’élargir le rassemblement. « Le problème qui est posé pour l’ensemble des candidats progressistes : c’est qu’il y en a un de trop », a souligné le patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, en appelant à une « clarification » après la primaire, dans un appel du pied à Macron.