La justice française a prononcé jeudi une relaxe générale surprise pour les héritiers de la famille de marchands d’art Wildenstein et leurs conseillers, qui étaient poursuivis pour une fraude fiscale de haut vol se chiffrant en centaines de millions d’euros.

Il était reproché aux Wildenstein d’avoir dissimulé au fisc français l’essentiel d’une fortune évaluée à plusieurs milliards d’euros, en immobilier de prestige et tableaux de maîtres, à l’occasion de successions en 2001 et 2008.

Jeudi, le président du tribunal a souligné la « claire intention » de dissimulation des Wildenstein.

Il a reconnu que cette décision de justice pouvait donc être « incomprise », mais l’a expliquée par des lacunes de l’enquête et des déficiences législatives en matière de lutte contre la fraude fiscale.

Le droit doit bénéficier de la même façon « aux puissants et aux miséreux », a-t-il dit devant une salle remplie d’avocats et de journalistes, mais en l’absence des trois héritiers poursuivis : le chef de la famille Guy Wildenstein, son neveu Alec Junior et son ex-belle sœur Liouba Stoupakova, veuve d’un héritier défunt en guerre ouverte avec le reste du clan.

Herve Temime, avocat du marchand d'art franco-américain Guy Wildenstein dans un procès pour fraude fiscale, le 12 janvier 2017. (Crédit : Lionel Bonaventure/AFP)

Herve Temime, avocat du marchand d’art franco-américain Guy Wildenstein dans un procès pour fraude fiscale, le 12 janvier 2017. (Crédit : Lionel Bonaventure/AFP)

Sont aussi relaxés deux avocats, un notaire et deux gestionnaires de « trusts », ces sociétés fiduciaires anglo-saxonnes souvent accusées de servir de véhicule à la fraude fiscale.

Il s’agit d’un échec cuisant pour le parquet national financier, qui avait dénoncé la fraude fiscale « la plus sophistiquée et la plus longue » de l’histoire récente en France et qui avait pris des réquisitions lourdes, en particulier contre le Franco-Américain Guy Wildenstein, le principal héritier: quatre ans de prison avec sursis et 250 millions d’euros d’amendes.

Reproches aux enquêteurs

Pour le président du tribunal correctionnel de Paris, les montages financiers des Wildenstein, en particulier les fameux « trusts », laissent transparaître une « volonté de dissimulation », et d’une « claire intention d’évasion patrimoniale et fiscale ».

Mais, a-t-il poursuivi en prenant soin d’expliquer longuement cette décision qui pourrait faire polémique, cette « intention » ne peut suffire à condamner les héritiers de cette lignée mondialement connue de marchands d’art, en l’absence « d’éléments légaux ».

Il s’est en particulier « étonné » que les législateurs français aient attendu 2011 pour clarifier la fiscalité des « trusts », alors que la justice s’interroge depuis plus d’un siècle sur ces montages financiers de droit anglo-saxon.

Les faits reprochés aux Wildenstein remontent à 2001 et 2008, avant cette loi.

Le tribunal s’en est aussi pris aux enquêteurs, en leur reprochant de n’avoir pas suffisamment fouillé du côté des paradis fiscaux pour montrer que les trusts étaient « fictifs » – en d’autres termes que les Wildenstein s’étaient dessaisis seulement sur le papier de leur gigantesque fortune, alors qu’ils en avaient toujours gardé la jouissance et le contrôle.

Les héritiers et leurs conseillers étaient poursuivis pour avoir à l’occasion du décès de deux chefs de famille, domiciliés fiscalement en France, menti sur l’étendue de leur patrimoine estimé à plusieurs milliards d’euros en immobilier de luxes et tableaux de maître essentiellement.

Le fisc leur a adressé un redressement de plus d’un demi-milliard d’euros, qui fait encore l’objet d’un contentieux au civil.

L’avocat de Guy Wildenstein, Hervé Témime, a déclaré en sortant de l’audience que son client était « très soulagé », mais a confié « craindre la polémique » sur la « justice pour les riches ».

Pour sa défense, Guy Wildenstein avait assuré qu’il ne comprenait pas grand-chose à ces montages mis en place par son défunt père et par son frère aîné.

Ce petit homme bien mis, ancien soutien actif du parti français de droite UMP (devenu Les Républicains), s’était aussi retranché derrière sa culture financière anglo-saxonne, ainsi que sur le flou ayant entouré les sociétés-écran en droit français jusqu’en 2011.